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Chroniques

Trois époques


Trois époques.


100 paysans dans le champ de blé pour la moisson ont posé la faux et la gerbe pour faire la pause ensemble venus des champ voisins à l’ombre de la haie parmi des chants d’oiseaux, fauvettes, hirondelles, pinsons, roitelets. Le maître de ferme est content.

10 agriculteurs dans le grand champ de céréales pour la moisson de blé dur ont arrêté le tracteur pour prendre un petit en-cas, les voisins sont trop loin et de toute façon ils parlent une autre langue, seuls des pigeons glanent des grains échappés de la batteuse. Le patron surveille l’heure.

1 exploitant agricole dans la zone céréales Monsanto XK47 stope un instant sa batteuse climatisée pour vérifier le cours du blé sur son iphone afin de savoir s’il doit finir sa récolte à tout prix ce soir pour espérer bien vendre, il n’y a plus d’oiseaux. Le patron c’est lui.

100 canuts ont lancé la navette sur leur métier à tisser manuel, et patiemment voient croitre peu à peu la pièce de drap qu’ils espèrent finir et plier avant la fin de la journée. Blaguant à travers la ruelle ou claquent les sabots des chevaux et les grincements des charettes.

10 tisserands ont lancé les moteurs de leurs métiers à tisser mécanisés et ajustent le correct enroulement des toiles que le camion viendra chercher ce soir, la radio couvre à peine les cliquettis rythmés des machines.

1 ingénieur parcourt l’immense hall et surveille les machines industrielles crachant des kilomètres de tissus variés que des manœuvres empilent en containers obligés de se parler par signes vu le vacarme.

100 secrétaires dans le hall de la banque tapent avec virtuosité et force bavardages sur leurs machines à écrire les centaines de lettres qu’une armée de facteur va distribuer deux fois par jour aux quatre coins de la ville.

10 secrétaires pianotent sur leur clavier d’ordinateur les milliers de lettres standardisés que la poste ira distribuer chaque jour aux différentes zones industrielles.

1 secrétaire de direction surveille les millions de lettres du mailing personnalisé qui partiront par email chaque seconde directement aux intéressés du monde entier.

100 patrons se rencontrent au grand pèlerinage de la Saint Machin, ils se paient mensuellement chacun 3 ans de salaire de leurs ouvriers les moins payés.

10 chefs d’entreprises se rencontrent en congrès professionnels, ils se virent tous les mois chacun 30 ans de salaire de leurs salariés les moins payés.

1 président directeur général de multinationale visiophone avec ses confrères depuis son bureau, il encaisse chaque mois 300 ans de salaire de ses « ressources humaines » les moins payés.

1 clochard chante dans la rue après avoir trop bu et fait rire les ouvriers

10 mendiants boivent dans la rue après avoir mal dormi et gênent les clients

100 chômeurs trainent dans la rue désœuvrés et inquiètent les actionnaires qui décident que :

1 000 000 soldats partent à la guerre contre 1 000 000 d'ennemis aussi convaincus qu'eux de se battre pour la juste cause.

1 000 aviateurs s’envolent pour détruire 1 000 usines, toujours convaincus de se battre pour la liberté

1 président décide d'appuyer pour sa cause, sur le bouton nucléaire qui va détr…

… Zéro secrétaire, tisserand, paysan, il n’y a plus de mendiant, clochard, chômeur, patron, ni même de président.
Il n’y a plus de liberté, ni de juste cause...

Mais quand reviendront les fauvettes ?

Wednesday, September 25, 2013
11:48 PM

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Poèmes

Chanson pour Marseille


Marseille

Arrête de faire la pute et la soumise,
T’es pas gamine qu’un parisien sodomise
Entre mer et ciel, tanquée, telle une calanque,
Jouant La tchatche, corsée, comme une pétanque
Tu es femme, mère de méditerranée
Ardente de toutes ces langues fusionnées
Solide et nerveuse comme un mistral d’hiver
Populaire et simple comme une bonne mère.

Marseille

Toi qui rêve, le regard et le pied marin,
Arrête de lécher le cul de tes parrains
Gaudin et Guérini titillent tes points G
Pendant qu’ils bercent, arrosent leurs protégés
Ils t’entrainent dans leurs dettes et la galère
Redevient femme fière comme Canebière
Ne te brade plus à l’encan pour des promesses
Ou des tours clinquantes comme feintes caresses

Marseille

Tes riches ne trouvent plus de place au vieux port
Tes pauvres s’entassent loin dans les quartiers nord
Ta rocade dort depuis longtemps dans sa gangue
Et toutes tes associations sont exsangues
A cause des coquins tes euros se gaspillent
A travers des opérations de prestige
Qu’aucun vrai marseillais n’a jamais demandées
Mais pourtant tes élus n’en font qu’à leur idée

Marseille

Redevient port libre, jette ceux qui t’enivre
Réapprend à tes pitchouns comment il faut vivre
De leur travail et non aux frais de leurs copains
Le plus beau est ce qui sortira de leurs mains
Qu’ils laissent la combine aux cons trop paresseux
Qu’ils laissent les pouvoirs aux pédants prétentieux
Ce n’est pas ce que tu consommes qui séduit
Mais ce que tu fabriques, ce que tu produis

Marseille

Désinfecte ton minou de tous ces morpions
Qui t’irritent le poil et te sucent le fion
Ne garde que des dockers réglos, baraqués
Car ton sexe est ton port, nul ne peut le maquer
A toi de vouloir le rendre enfin respecté
Parfumé, lumineux, ouvert, expérimenté
Pour qu’une palanqué de vaisseaux le fécondent
Tolérant, passionné, pour accueillir le monde

Marseille

Ne te contente pas de muscles et de buts
Arrête de ramper, de vivre de rebus,
Tu crains degun, testard, choisi ton futur
Enrichie de presque trois mille ans de culture
Raffinée, autrefois, tu savais publier !
Opéras, théâtre, chant, l’as-tu oublié ?
Rappelle-toi que tu as appris aux françaises
A aimer chanter tous en chœur la Marseillaise

Marseille

Toi pour qui la belote est une chose sérieuse
Et la bourse une imbécilité prétentieuse
Tu sais te montrer plus belle que tes misères
De Longchamp au Pharo jusqu’à la Bonne Mère
Ne joue plus la bordille à faire le trottoir
Ne confie plus ta destinée contre un pourboire
Parmi Barcelone, Gène, avec Rotterdam
Reviens t’attabler au banquet des grandes dames

Marseille

Canebière grimée, porte d’Aix étouffée
Ton radoub bousillé, tes usines bradées
Des calus ont cassé ton vieux tram, malveillance !
Qui roulait de pointe rouge à Aix en Provence
Des plages de l’Estaque aux maraichers d’Aubagne
Pour t’affubler d’une parure de cocagne
Un métro rabougri qui tourne en rond exprès
Et ce tram qui ne fait que lui courir après.

Marseille

Quand Samir, Angelo, Juan, Nicos, Abou,
David, Doumé, Kim et Marcel, font tous les fous
C’est toutes les filles qui jouent un peu cagoles !
Rient de vos galégeades, mais ne sont pas folles
Quand ils ont des rires des projets des idées
Tout le monde se fout de leurs identités
Quand ils font des couillonnades ou vilenies
Alors les fadas stigmatisent leurs ethnies !

Marseille

Synagogue, Mosquées, Eglises, mélangées
Entre troquets, librairies, théatres, musées,
Du thé, du pastis, chacun offre ce qu’il aime,
Qui son vin, son khébab, qui son hash, ou ses nems,
Ta force est ton rire, ne soit plus abusée
Par ceux qui ne pensent qu’à pouvoir te baiser.
Qui se croient compétent, t’imaginent putain.
Tu mérites mieux que des Guérini – Gaudin.

Monday, May 09, 2011
6:19 PM

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Poèmes

Lettre au service d’ordre de Syrie et d’ailleurs…


Toi le gardien, le policier, le militaire
On te paye pour protéger des frontières
Savoir combattre, pour la paix de ta patrie
Avec courage tu sauras risquer ta vie
L’honneur à l’esprit et le fusil à la main
Ta vocation, la sureté des lendemains
Des ordres pour l’ordre, il te faut obéir
Mais tu ne dois pas oublier de réfléchir.

Regarde qui te paient, observe ce qu’ils veulent
le chef ne te solde qu’avec l’argent du peuple
C’est donc au peuple que tu dois de rendre comptes
Entre toi qui te risque pour remplir tes fontes
Et celui qui donne sa vie pour tous ses frères
A ton avis lequel des deux est plus sincère ?
Ne vois tu pas qui ment qui triche qui profite ?
Nul ne devient riche s’il n’est pas égoïste

Il est facile de te parquer en casernes
Pour te désigner où est le mal on te berne
Le bien n’est guère du coté de qui régale
Mais plutôt avec qui souffre de la fringale
Du faible qu’on te dit criminel, délinquant,
Le grand chef dans ton dos, te désigne une cible !
Quel besoin a-t-il de te pousser à haïr,
Te fringuer conforme, soumis pour obéir

Ils te font mépriser qui tu ne connais pas
Parce qu’il n’est pas né au même endroit que toi
Ils te font oublier ta famille et ta place
La médaille militaire a toujours deux faces
Coté face, des couleurs crues tracent l’honneur
Coté pile, la douleur crie, stressée d’horreur
A toi de choisir pion sur l’échiquier d’un chef.
Ou devenir acteur dans l’histoire des tiens.



Monday, May 09, 2011
6:18 PM

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Poèmes

Les deux puits (conte)


(Ce n'est pas un poème mais un conte:)

LES DEUX PUITS

Il était une fois, ou plutôt deux fois une ferme. C'était à la croisée des chemins, quelque part dans la plaine, deux frères avaient chacun leur bâtisse aux deux cotés du vallon ou passaient des colporteurs révélant leurs trésors, des ouvriers en quête de quelques travaux, des étrangers pleins d'histoires, des princes et leurs carrosses rarement, des inconnus souvent.

Deux belles fermes bruyantes du chant des basses cours, où le parfum des étables et des greniers se mêlait à celui des fleurs et des fruits. Solides constructions de pierres, accueillantes protégeant une grande cour ou chacun avait son puits.


Qui peut connaître les chemins de l'eau sous la terre ?

Ils s'entendaient bien, partageant le pain et la sueur, accueillant le passager, profitant des saisons et du bon temps qui leur offrait récoltes et fruits à foison. Offrant aux visiteurs qui venaient leur demander un peu d'eau, le gîte et le couvert avec le sourire en plus. Et chaque soir la veillée renvoyait des échos de rires et de chansons…

Le ciel est bleu, le ciel est gris, tantôt le gel tantôt soleil. Le monde chante un jour, pleure le lendemain. Comme le temps vient, les malheurs aussi.

En cette année là, le malheur pris d'abord un masque de beau visage, un beau ciel bleu de printemps et une douce chaleur, puis il montra son œil, soleil de canicule, puis il ouvrit son manteau de sécheresse dans un grand vent de poussière, et là il se coucha sur la plaine de tout son long temps. Les deux frères commencèrent à comprendre que ce malheur là, n'avait pas envie de repartir.

Les chansons n'étaient plus au coin du feu, le travail devenait plus dur et c'est à corps et à cris que chacun essayait de survivre. C'est quand le malheur les déshabille, que les caractères se révèlent et chacun des frères commença à aider l'autre, mais lorsqu'il n'y eut presque plus de grain à manger, chacun resta chez lui et réfléchit comment s'en sortir.

Fallait-il quitter le pays ? Aucun des deux ne s'y résolu d'autant que les voyageurs racontaient que partout la canicule faisait rage et désolation.

Dans les vibrations de l'air brûlant, où même les cigales s'arrêtaient de chanter, le plus jeune des frères continua comme avant son travail, et garda ses habitudes. Il puisait l'eau rare de son puits chaque jour plus souvent, pour essayer de sauver quelques-unes unes de ses plantations brûlées de soleil. Il s'épuisait à en tirer la moindre goutte pour abreuver ses bêtes et les gens de passage.

Le frère aîné, le plus sage, choisit d'économiser son eau. Il ne tirait que le minimum afin de garder une réserve, pour avoir le lendemain un espoir de survie des siens. Lorsque l'étranger frappait à sa porte, il expliquait qu'il ne pouvait plus rien offrir, et s'excusait en disant qu'il se devait de penser d'abord à sa famille.

Qui peut connaître les chemins de l'eau sous la terre ?

Plus les jours passaient plus les gens fuyaient la sécheresse, et sur la route, des familles entières erraient en quête d'une meilleure contrée épargnée de celle chaleur et de cette misère.

Frappant à la première ferme, ils n'eurent bientôt plus de réponse, sur la porte était écrit : "Passez votre chemin, nous ne pouvons rien pour vous, nous n'avons même plus assez pour nous même". Derrière les murs, chaque jour le frère sage puisait un peu d'eau, même pas assez pour sa famille, et sa femme le disputait en ces termes :
- "Regarde ton frère, lui ne laisse pas les siens mourir de soif !"

Mais dans l'autre ferme le frère cadet les accueillait tout couvert de poussière. Il lançait encore son seau dans le puits pour eux, et remontait beaucoup de sable jaune d'où suintait une toute petite cuillerée d'eau comme si elle devait être la toute dernière. Mais sa femme le lui reprochait en ces termes amers :
- " Pauvre fou qui donne sans compter, écoute plutôt les sages conseils de ton frère, il sait économiser son bien pour survivre, lui !"

Qui peut connaître les chemins de l'eau sous la terre ?

Les semaines sans pluies continuaient, et souffrant de la soif, celui qui donnait sans compter vint vers son frère sage et lui demanda :
- "Toi qui as su économiser, peux-tu me donner un peu de ton eau ?"
- "Non répondit l'économe, puisque tu la gaspilles même pour abreuver des étrangers de passage, je ne vois pas pourquoi je t'en donnerais, retourne chez toi."

Mais peu à peu, seau après seau, le premier puits donnait encore de l'eau mais de plus en plus verte, de moins en moins bonne, avec un goût de vase…

Le second puits raclé jusqu'à la dernière goutte, jusqu'au sable, donnait toujours aussi peu à chaque fois, mais c'était une eau claire et vivante.

Peu à peu, le premier puits devint tellement envasé, qu'il ne remonta bientôt que de la boue, et un jour arriva ou le seau ne remonta qu'une pierre. Alors le frère aîné si sage vint chez son frère et lui demanda :
- "Toi qui continue de donner à tous, peux-tu me donner de ton eau ?"
- "Non, répondit le fou, puisque tu l'économises même quand tu en as besoin, je ne vois pas pourquoi je t'en donnerais."
- "Aujourd'hui mon puits est sec, tu ne peux refuser à ton frère ce que tu accorde à l'étranger ?"
- "Tu viens me demander ce que tu m'as refusé ? Qu'as-tu fais de ton eau, tu as voulu la conserver ? La vie peut-elle être conservée ?"
- "C'est la sécheresse qui est la cause de nos malheurs !"
- "Non, c'est la sécheresse de ton cœur !"
- "Les miens meurent, que faut-il que je fasse ?"
- "J'accepte de te donner l'eau qui me reste à une condition : Que tu l'offres toute au premier voyageur qui passe."
- "A quoi bon, je n'en aurais plus ?"
- "Qui peut savoir ? Peut-être qu'en grattant encore mon puits nous en redonnera si tu l'as mérité."

L'aîné accepta, il prit les quelques gouttes d'eau dans une tasse et lorsque le premier passant vint sur la route il les lui offrit. Mais en faisant ce geste une grande joie lui vint : Comme s'il avait posé un lourd fardeau, il se libera de tout le manteau de sagesse qui l'empêchait de vivre.

Au retour, les deux frères durent travailler dur et lancer dix fois, vingt fois le seau dans le puits, remonter dix fois, vingt fois un peu de sable jaune avant de pouvoir enfin remonter de quoi remplir un petit verre d'eau plus délicieuse que la plus grande fête.

Aujourd'hui, si vous passez sur cette route il n'y a qu'une ferme à la croisée des chemins au lieu dit "l'eau du fou" : Elle s'appelle "les deux puits", et l'étranger qui n'a pas entendu cette histoire s'étonne de n'y voir qu'un seul puits qui est ma foi fort profond. Une légende raconte même que les jours de grandes sécheresses, le seau y plongerait si profond qu'il peut remonter de l'or.

Qui peut connaître les chemins de l'eau sous la terre ?

Mais tous ces bavardages
Ne sont que des histoires,
Vous êtes bien trop sage,
Pour y croire.

Monday, May 09, 2011
6:16 PM

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Contes

Passer le bac ou faire le pont ?


- Holà Passeur ! Hé ho tu dors ? vingt bondiou vient-y m’chercher ! Ho passeur, y-a du monde qu’attend ! Hooouou !»

Dans la nuit des cris d’ivrognes résonnaient par delà le fleuve réveillant les voisins et leurs chiens.
- Vas-y passeur sinon il va gueuler toute la nuit !
- C’est pas l’heure et j’suis même pas sûr qu’il lui reste de quoi payer son passage !
- Ho passeur ! repris la voix de plus belle, si tu continue à dormir on finira par se faire un pont et tu resteras le bec dans l’eau ! » La voix hurlait de plus belle « Vivement un pont ! »

Bientôt de lassitude ont entendit grincer la poulie du bac qui lentement traversait le courant le long de son câble. Dans la brume des cris de colère révélèrent une négociation difficile sur le montant du passage, mais la fatigue aidant les grincements se rapprochèrent et tout redevint silencieux, les grenouilles purent de nouveau rythmer la marche des étoiles …

Bien que ce village soit connu pour son calme proverbial, une excitation nouvelle germait.


- Qu’est ce que c’est que cette histoire ?, Interrogeait la lavandière à l’épicier, il parait qu’ils veulent faire un pont ?
- Ben v’là du nouveau je voudrais bien voir ça !

Chacun dans le village s’étonnait de ce bruit lancé par l’ivrogne de la nuit ! Faire un pont sur le fleuve pour remplacer le bac mais personne ne pouvait croire en une telle aventure. Le batelier éclatait de rire :
- Quel monde de fou ils écoutent des paroles d’ivrognes !
Même le maire voulant couper court à toute initiative qui ne serait pas de son fait, et qui plus est pouvait provoquer des changements qui ne pouvaient être que préjudiciable à sa place de premier homme du village, cru bon de faire un discours annonçant « la nullité des propos véhéments d’un homme pris de boisson et délirant d’incompétence. »

Toute la journée les esprits se moquaient !
- Cette idée est complètement loufoque. Cela ne marchera jamais !

Le lendemain à la terrasse de l’auberge les joueurs de cartes avaient enfin des sujets de conversation !
- Bof ça n'a rien de nouveau. Il parait qu’ils ont déjà essayé au village de St Lucas, mais ça ne marche pas, il faut savoir que ca coute un paquet d’écus ! Sans compter que vu la largeur du fleuve c’est techniquement impossible. »

Le samedi au marché un paysan se fit remarquer :
- Ca n'a rien d'original, tout le monde avait compris depuis toujours qu'il faudra le faire.

L’idée fit son chemin au point que le batelier s’en inquiétait sérieusement, il convainquit même ses voisins commerçants !
- Imaginez la concurrence, ceux d’en face vont vous prendre vos client s’il y a un pont, sans compter qu’il ne sera certainement pas construit là ou le courant est le plus calme pour le passage du bac mais là ou le fleuve et le plus étroit, vous devrez déménager !

Le curé lui-même pris parti pour le bac, faut dire qu’il n’était jamais pressé, et qu’il avait convaincu le batelier que chaque passage gratuit lui assurerait une journée de paradis ! Il ne se voyait guère non plus obligé un jour de prolonger les processions jusque sur l’autre rive, déjà qu’il fallait se couvrir à chaque fois de lourdes chasubles et cela en général en plein été ! Sermon aidant il convainquit une grosse moitié du village de ne pas tenter le diable du changement dont on avait tout à redouter pour la paix du village.

D’un autre coté las de ne récolter que des chantiers de réparation sans intérêts les tailleurs de pierres flairaient enfin un chantier digne de leurs compétences ils poussaient à l’idée d’être payé pour réaliser ce fameux pont. Cette réputation leur donnerait du travail noble et assuré pour le reste de leur vie et même leurs enfants !

Le meunier aussi était pour, faut voir ce que lui prenait le bac pour chaque passage de sac de grains ou de farine, il hurlait au voleur, mais n’avait pas le choix !

Les menuisiers étaient divisés, d’un coté on pouvait faire un pont en bois, technique à la mode en ces temps, mais l’entretien du bac donnait un travail facile et régulier surtout qu’à chaque crue, il se trouvait qu’un câble cassait comme par hasard et que le bac perdu devait être refait à neuf !

Le châtelain local, à l’affut de respectabilité, soutint le camp majoritaire du batelier, et des commerçants, dame il avait besoin des uns comme des autres, comme il ne sortait guère, le bac ne lui servait pas, et trop de passage risquerait d’amener des étrangers et qui sait s’ils ne s’en prendraient pas à lui par jalousie.

Les réunions du village devinrent de plus en plus houleuses, chacun défendant sa paroisse, et alignant des arguments parfois délirants !
- Avec le bac vous tenez vos femmes et vos filles à l’œil, attendez le pont vous les verrez filler conter fleurette sans vous en rendre compte loin de votre surveillance !
Cet argument massue fit paradoxalement changer d’avis d’un coup le boulanger, de farouche défenseur du bac il se prit à envisager le pont sous un autre œil, faut dire qu’il s'était découvert une jolie soubrette lors d’une livraison sur l’autre rive, qui savaient lui donner du paradis pour un bon prix, mais sa dame fréquentait les lavandières et surveillait trop le bac pendant ses bavardages.

Le chef du village choisi le camp des défenseurs du bac qui se virent affublé du sobriquet de Bacaleaux, uniquement parce qu’ils étaient les plus nombreux, il ne manquait jamais de rappeler les coûts délirant d’un pont, projet absurde, quitte à perdre quelques voix des préteurs qui espéraient financer grassement cette entreprise.

Evidement le maréchal ferrant qui revendiquait prendre la place du chef du village choisi donc par opposition le camp des "pro-pont" qu’on nomma vite par dérision les Pontifous ! Seulement voilà comme ce camp était minoritaire et qu’apparemment tout conduisait à un vote contre eux, il offrit des promesses de compensations aux commerçants éloignés du bac qui avaient au fond peut-être plus à gagner qu’à perdre dans ce projet, ce qui augmentait ses chances.

La tension coupait le village en deux camps qui en venaient même aux insultes sous le regard goguenard de l’ivrogne qui s’amusait fort de ce qu’il avait involontairement provoqué.

Voyant leur nombre diminuer les Bacaleaux trouvèrent la parade : Diviser le camp des Pontifous : « Ah vous voulez faire un pont mais comment en bois ou en pierre ? »

Les charpentiers sautèrent sur l’occasion :
- En bois il sera fait en moins d’une année ! quelle économie !
Les tailleurs de pierre rigolèrent :
- Oui et au bout de 10 ans faudra tout reconstruire !
- Avec vos pierres, vos petits enfant pourront peut-être enfin le traverser s’ils arrivent à payer vos dettes ! »
- Avec vos planches, ils pourraient même pas se chauffer, les crues les auront volées avant »

La division régnait dorénavant dans le camp des Pontifous, c'est vrai que quand on construit du neuf toutes les voies sont possibles alors que conserver l’existant ne présente qu’une voie royale forcément unitaire !

Mais le comble de la débâcle vint quand un des Pontifous un expert en technique, affirma pour défendre son camp, que si le pont était construit à l’emplacement du grand rocher noir, il serait vite réalisé car les pierres seraient sur place extraites du rocher et le fleuve particulièrement étroit.

- Mais ca va pas, c’est en dehors du village, dit le chef du village
- Là ou les enfants se baignent, confirmaient les mères de familles
- Là où il y les plus belles truites, renchérirent les pécheurs.
- C’est le symbole même de notre village que vous détruisez, dirent des anciens.

C’est à l’amont du village qu’un grand rocher noir resserait le fleuve et cela en faisait un lieu de baignade et de pèche idéal, il était aisé d’aller en haut du rocher pour rêver en contempler la plaine et le village. La tradition voulait qu’aucun couple local ne se soit déclaré ailleurs qu’en ce lieu symbolique.

Bref la logique technique se heurtait à toute la qualité de vie des habitants.

Coup de théâtre, le châtelain déclara, je vais aider à payer le pont, ainsi vous serez tous satisfait ! Sur le coup ce fut l’étonnement, comment lui qui était pour le bac a-t-il changé d’avis ?

Le camp des Bacaleaux perdait un membre éminent ! Ce furent des cris de victoire du camp adverse alors les Bacaleaux répliquèrent que le service du bac pourrait facilement être amélioré.
- Comment ! Je n'fais pas mon travail moi !» gueulait le batelier vexé ! Les Bacaleaux se divisaient eux aussi !

Au fait pourquoi le châtelain avait-il changé d’avis ? Simple il se rendait compte qu’un jour ou l’autre cette idée se réaliserait alors tant qu’à faire autant renforcer la considération de ses concitoyens avec ce cadeau, quoi de mieux pour redorer son blason !

Tout semblait enfin réalisable, tant que personne ne demandait « Ou va-t-il être construit ce pont ? » Ce fut le batelier qui inquiet pour son avenir posa la question fatidique et le châtelain décrit le lieu idéal à son avis, c'est-à-dire sur ses terres, face à son château ! Il pensait: Plus besoin de se mélanger aux gens du peuple pour passer le fleuve en paix ! Pour amadouer le batelier il ajouta maladroitement : il serait même facile d’y mettre un péage de même que vous payer le bac, cela permettrait de compenser la perte de revenu du batelier pour qu’il accepte ce choix !

Alors presque unanimement chacun trouva à critiquer ce pont loin de tous au milieu des terres.
- C’est absurde, on ne gagnera pas de temps
- Va falloir construire des chemins sur chaque rive pour y aller !
- Malin le châtelain ! il nous l’offre mais nous le fait payer...
Le batelier lui-même doutait de la sincérité d’une telle promesse.

Donc ce coup d’éclat fut un coup d’épée dans l’eau.

Tout le village criait sa solution, chacun se mettait à détester son voisin, chacun se prétendant détenteur de la meilleure solution et traitant l'autre d'utopiste ou de rétrograde.

Les notables cherchaient en vain une stratégie pour prendre enfin une décision, mais aucun vote ne semblait permettre une majorité suffisante pour être acceptable par tous. Chaque solution faisait beaucoup plus de mécontents que de satisfaits. Leur autorité elle-même vacillait.

Trahisons, combines, arguments fallacieux, promesses, tout y passa, il y eu même une tentative de coup de force du batelier associé aux ferronniers pour proposer un pont si cher qu’aucun espoir de le voir réaliser un jour lui permettrait de vivre encore longtemps de son travail de batelier.

La situation devenait catastrophique, plus rien ne fonctionnait normalement…

Sur la rive en face une silhouette s’approchait d’un pas large lent et rythmé habitué aux très longues marches. Il passait rarement, pourtant chacun reconnu le long manteau noir du colporteur.

- V'là le messie, murmura quelqu’un lassé des conflits à propos du pont.

Un silence se fit qui permit d’entendre la voix hélant le batelier pour le passage…

Après avoir halé le bac d'un aller-retour sur le fleuve, le batelier débarqua son client.

- Tiens toi qui n’est pas d’ici et qui a vu le monde, que ferais-tu de notre problème ?

- Mais de quoi parlez vous ? Je ne suis pas juge mais contez moi votre soucis.

Après un grand brouhaha où chacun voulu décrire ce qui lui était évident de faire et le convaincre de sa bonne foi, il finit par entendre peu à peu les arguments des uns et des autres.

- Je vais y réfléchir cette nuit et demain vous aurez ma réponse.
- Malin il va dormir à l’œil comme cela, persifla une voix, chacun voudra l'inviter pour le convaincre !
- Non je paye ma nuit à l’auberge normalement et laisser moi en paix.

Dès le petit matin l’impatience régnait, dès le peitt matin la place du village se remplissait plus qu'un jour de marché, que va dire le colporteur ?

Le colporteur pris son temps, déjeuna tranquillement, puis se dirigea calmement vers la place du village, choisi avec soin l’endroit où se jucher pour parler et attendit patiemment le silence complet :

- Mes amis, avez-vous remarqué que chacun cherche la solution qui lui apporte le meilleur à lui-même aujourd’hui ? Regardez-vous, vous vivez ensemble depuis toujours, il vous faut chercher la solution qui soit la meilleure pour tous et pour vos enfants, même si elle n'est pour chacun de vous à ce jour la plus mauvaise des solutions !

- C’est tout ? C’était bien la peine d’attendre une nuit pour cela ! Dit l’ivrogne qui n’avait rien compris.

Perplexe chacun rentra chez soi, dans la nuit les discussions continuèrent tard.

Le lendemain chaque habitant avait réfléchi et cherchait à donner plus qu’à ne recevoir, tous les problèmes se résolurent l’un après l’autre, l’emplacement devint évident, comme par enchantement, même l’avare décida à la surprise de tous de faire un don. Les charpentiers aidèrent les tailleurs de pierre, les ferroniers proposèrent les outils, le batelier révéla les fonds du fleuve et les bancs de sable qu’il connaissait si bien, le châtelain proposa une décoration à ses armes bien sûr, mais contre une importante subvention. Tous apportèrent, qui ses charettes, qui ses cordes, un autre ses chevaux, le chantier rassembla toutes les compétences. Le meunier donnait la farine au boulanger qui offrait le pain. Le curé lui-même vint apporter de son vin aux ouvriers qui n’ont jamais travaillé aussi vite et aussi bien et même trinqué avec l’ivrogne pour qu’il chante, dans une ambiance festive et solidaire. Chacun cherchait à donner le meilleur de lui-même au lieu de vouloir le meilleur pour lui-même.

Aujourd’hui si vous passez par là, vous entendrez les cris des enfants qui crient une antienne « Pontifousbacaleauxplouf ! Pontifousbacaleauxplouf ! » pour se donner du courage et sauter du haut du rocher noir dès que les pécheurs matinaux ont quitté la berge cachant dans leurs besaces leurs plus belles truites, au loin, solide comme un roc, se découpe la belle silhouette du fameux « pont neuf » construit pourtant il y a fort longtemps dans le prolongement de la plus belle avenue de la ville. Vous y verrez passer tout le trafic commercial de la région car c’est jour de marché, devenu le plus important du conté.

Une légende raconte que parfois le soir il parait qu’on entend un ivrogne appeler dans la nuit sur la plage, mais personne ne sait qui il appelle en vain…

Sunday, July 25, 2010
12:58 PM

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Blog mis à jour le 25/11/2017 à 04:56:05



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