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MON MÉTIER: L’AVENTURE

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domi - 417343lui écrire blog Publié le 21/05/2007 à 10:23 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
UN Henry de MONFREID DE L’AMERIQUE DU SUD

Préface:

C'EST en octobre dernier, à la suite d'une conférence au Cercle interallié, qu'une éminente personnalité de la société parisienne me dit: « Depuis des années un garçon qui me fut présenté jadis, Fernand Fournier-Aubry, m'envoie des cartes aux timbres exotiques les plus variés ... Chacun de ses messages respire la grande aventure et correspond au souvenir que j'avais gardé de notre courte entrevue. Or, il vient d'arriver à Paris « au repos» : Me permettez-vous de vous l'envoyer? Je ne doute pas qu'il vous intéresse.»

Et un beau jour, je vis entrer chez moi un géant au teint hâlé dont la carrure, l'élégance légère malgré les points de force, les gestes et le verbe nets me plurent d'emblée. Peu à peu, il raconta sa vie. De ses mots pleins d'images jaillissaient la mer, la forêt, les Indiens ... J'écoutais, charmé par la Poésie contenue dans cette manière à la fois simple, et pourtant si personnelle, de s'exprimer.

Pour nous autres, explorateurs, qui délimitons nos voyages dans l'espace et le temps, il y a un intérêt puissant à rencontrer de tels hommes, pour lesquels l'expédition est, si j’ose dire, l'état permanent. L'aventure est leur vie, non un épisode. Le risque est leur pain quotidien. Nous ne sommes que des spécialistes momentanés, tandis que sur ces terres lointaines ils sont établis à demeure.

Une similitude de passions est susceptible d'unir nos cœurs. L'inconnu, que nous allons chercher pour quelques mois, ils y baignent durant des ans: mais nous 1'aimons également. Nous sommes capables des mêmes actes. Nos différences résident dans les buts, seulement.

ils ne s'attachent pas, eux, aux découvertes ni aux butins scientifiques, tout en sachant fort bien voir et s'instruire à l'occasion. Leur objectif, c'est celui des vieux corsaire… l'aubaine ... Mais ne sont-ce pas les corsaires qui ouvrirent la voie aux navigateurs d'antan?

D'ailleurs, il arrive à nos routes de se croiser. Et en Fournier-Aubry revivent pour moi les rares compagnons de son type, recrutés' aux points 'de départ de mes expéditions, et ralliés à mes plans pour un temps. Ils m'ont apporté la force et l'expérience, dans une indéfectible loyauté.

Une préface ne prétend pas, et ne doit pas, déflorer un récit d'aventurier. Huit années de forêt vierge au Gabon, aux. temps héroïques du Docteur Schweitzer. Encore huit ans en Amazonie, au bord des eaux perfides, parmi les Indiens avec lesquels l'auteur travailla, en chef et en allié. Et puiss, l'évasion de la prison des arbres, le débouché sur la côte, la pêche au requin, le succès: Dix nouvelles années, avec six voiliers battant son pavillon ... Un corsaire, pourquoi pas? Et le miracle de l'eau aidant, celle de l'Océan comme celle de la forêt lacustre, je songe'à un nouvel Henry de Monfreid: un Monfreid du Sud-Amérique.

Je le revis à cinq ou six reprises. Je lui conseillai d'écrire:

Ce ne sont pas les secrets de la Mer Rouge qu'il pouvait raconter, mais ceux de la forêt, du balsa dont on construit les bateaux, ceux de l'océan chaud, des ,îles, des aventuriers perdus aux antipodes, ses amis. Pour l'influencer, je me pris à lui citer les plus belles images de se.s histoires: Aya, la jolie métisse au' corps brûlant, Rosita, la civilisée perverse, soudain acquise à sa cause, ses équipiers si vigoureusement campés, et même son chien, perdu, et tous les animaux du grand monde vierge, toute la bataille contre les éléments ...

Il réfléchit, comme s'il se trouvait devant un marché d'acajou, de peaux de caïmans, ou de foies de requins, à conclure ou à refuser. Enfin, ayant hoché la tête, il acquiesça.
Je me fis l'effet de Kessel amenant Monfreid à narrer ses souvenirs, qui ont exalté tant de jeunes gens, et décidé de bien des vocations!

L'éditeur auquel je l'adressai, fut conquis sur le champ, et lui demanda de prendre la plume sans délai ... Avec un Fourrnier-Aubry, même pour rédiger un livre - travail qui lui est 'cependant peu coutumier! - Deux mois ne s'écoulent pas entre l'idée et la réalisation. Et c'est ainsi que déjà l'on me demande une préface à son intention ...

Avec quel plaisir je donne ces premières pages à un volume qui n'est qu'un début, car plusieurs suites seront nécessaires pour nous faire revivre trente années de péripéties variées.
Trente années! Quand on voit l'homme, on se dit que l'audace prolonge la jeunesse miraculeusement ...

Ce n'est pas de la « théorie» qu'il faut chercher dans ces lignes, ni en ethnographie, ni en zoologie, ni en géographie : C'est la couleur des décors, l'allure des scènes, la valeur des détails, l'imprévu des décisions. Créer l'atmosphère n'est pas le propre de n'importe qui.
C'est un don inné, qui s'enrichit à l'action. Il l'a, lui.

FRANÇOIS BALSAN Président de la Société des Explorateurs français.


Notes personnelles de Domi

Je préviens tout de suite les lecteurs, que ce texte ORIGINAL date de 1950, il relate une vie passée en 1933 (date de déposition légal 3eme trimestre 1953.)

Certaines expressions peuvent choquer.

A l’époque, parler d’un “Nègre” n’avait RIEN de péjoratif, les revues "nègres" et les expositions d’art "nègre" en témoignent.

En Amérique du Sud cela voulait juste dire, NOIR! A présent on dit “Black” c’est plus branché. Les mots changent mais les problèmes restent les même.

N’en retenez que la diversité et l’aventure. La réalité c’est le texte et non sa forme.
A cette époque, la langue de bois n’existait pas encore et le Blanc n’avait aucun complexe à vivre ce qu’il est.

Bonne lecture à ceux qui aiment l’aventure, la vraie, pas celle inventée par Hollywood…

domi - 417343lui écrire blog Publié le 28/05/2007 à 19:19 supprimer cette contribution
Nous avions à peine marché pendant une demi-heure que je vis apparaître un peuplement de cèdres énormes, et qui étaient exactement de la variété que je recherchais! Je ne saurais comment décrire les sentiments que j'éprouve en pareil cas. J'imagine que le savant qui finit par trouver la solution d'un problème qu'il a longtemps cherché, ou que l'archéologue qui extrait de terre une statue antique, doit ressentir le même genre d'ivresse.

Je marchais à grands pas, j'entaillais avec ma machette l'écorce des arbres (de mes arbres) pour en faire apparaître le bois, je comptais les troncs comme un avare aurait compté ses pièces d'or. Plus de trois cents cèdres magnifiques, quinze cents tonnes au bas mot - c'est-à-dire près de vingt millions de francs.

Je m'assis sur un vieux tronc à demi pourri, et je réfléchis. Si, dans un rayon de deux journées de marche, je trouvais encore trois fois l'équivalent du peuplement que je venais de découvrir, il y aurait la possibilité, sans chercher plus loin, d'ouvrir dans ce secteur une très importante exploitation. Mais il fallait que je m'assure qu'il y avait encore dans cette même zone d'autres essences de la même variété.

Il faisait presque nuit lorsque nous rentrâmes, Kenou et moi, au campement où mes deux seringueros nous avaient préparé un énorme repas de riz bouilli agrémenté de piments,de viande de pécari et c'est de bon appétit que je mangeai.

Kenou était décidément un homme précieux.
Il m'avait mené tout droit vers ce que je cherchais, comme s'il avait deviné quelle était ma préoccupation. Il était visible qu’il connaissait admirablement bien la forêt. Et bien que nous n’eussions, et pour cause, que des conversations très limitées, nous nous entendions fort bien. Je suis convaincu qu'il avait reconnu en moi un «forestier» averti, et que c'était là, la cause la sympathie évidente qu'il me témoignait sans toutefois se départir un seul instant de sa fierté naturelle.

Pablo et Pedro virent que j'étais d'excellente humeur. En pareil cas, ils en profitaient toujours pour me demander un petit supplément d'aguardiente. Et ce soir-là j'aurais eu mauvaise grâce à le leur refuser.

Le lendemain matin, alors que les premières lueurs de l'aube se reflétaient dans la “cocha” près de laquelle nous avions campé, nous repartîmes en pirogue, remontant le cours du rio Ucayali, du rio PachUea et du rio Pichis. De loin en loin, je faisais des «sondages» dans la forêt. Deux jours plus tard ce fut une nouvelle «prise»: Huit cents énormes cèdres en un seul peuplement très dense. Au moins quatre mille tonnes de bois - soit quarante-huit millions de francs.

J'aurais pu faire demi-tour. Ce que j'avais vu était Largement suffisant pour mon édification. Mais je suis têtu. Je m’étais mis dans la tête qu'il me fallait une troisième «prise », et je ne voulais pas y renoncer.

Nous reprîmes donc la pirogue. Mais un obstacle imprévu faillit nous retarder: Il avait dû tomber en amont une forte pluie tropicale, car bientôt nous nous heurtâmes à une énorme barrière de puissants remous. Il était assez dangereux de tenter de la franchir. Tel fut du moins l'avis de Pablo et de Pedro, qui me conseillèrent d'attendre un jour ou deux. Mais le temps pressait. Je consultai Kenou. Il examina un instant la rivière. Puis il nous fit comprendre que l'opération était possible si la manœuvre était bien menée, et il conseilla aux deux seringueros de se coucher au fond de l'embarcation pour éviter le balancement.

Je fis marcher à plein gaz le petit moteur, et je réussis par d'habiles coups de gouvernail, à franchir le passage dangereux. Il y avait un peu d'eau dans notre barque, et notre riz était mouillé.
Mais ce fut le seul dommage, facilement. réparable, car il nous suffirait de faire sécher le riz à la mode créole.

Et le 11 septembre, dans l'après-midi, j'effectuai ma troisième prise: Six cents arbres, trois mille tonnes de bois.

Cette fois, je pouvais repartir. Mais il nous fallait prélever des échantillons et des échantillons volumineux, comme je l'ai déjà dit. Nous attaquâmes tous les quatre, à la hache, deux arbres des variétés qui m'intéressaient. Nous prélevâmes deux énormes tronçons que nous chargeâmes au fond de la pirogue. La nuit était tombée, quand nous achevâmes ce travail.

Je prévins mes hommes que nous repartirions le lendemain matin à l'aube. J'avais maintenant une telle hâte de regagner Iquitos que je leur dis que nous naviguerions, si c'était possible, de jour et de nuit.
Kenou, que j'avais interrogé à ce sujet, m'avait dit qu'il était capable de diriger la pirogue même la nuit, quand il ne faisait pas trop sombre. Ses yeux perçants lui permettaient de discerner les obstacles flottants, généralement des troncs d'arbres, et de les éviter.

Il fut donc convenu que l'Indien dormirait le jour et que la nuit, il se tiendrait à l'avant de l'embarcation avec la longue perche grâce à laquelle on peut s'écarter promptement des obstacles.

Ce fut, pendant quatre jours, une course vertigineuse, mais que notre grande habileté nous fit accomplir sans incident. Durant les heures où je ne surveillais pas moi-même le gouvernail et le moteur, je somnolais sur les sacs de riz. Cependant, des chiffres continuaient à courir dans ma tête. Ainsi donc, j'avais repéré au moins 8.500 tonnes de bois, et d'un bois dont j'étais à peu près sûr qu'il rendrait à ceux auxquels je songeais déjà à le vendre, exactement les mêmes services que les bois dont ils se servaient habituellement.

Pour moi, les expériences de déroulage et de transformation en contreplaqué seraient certainement concluantes. Mais si j'avais tenu à prendre avec moi des échantillons volumineux, c'était pour apporter à mes interlocuteurs éventuels la preuve que je ne leur racontais pas d'histoires.

Mon ambition, d'ailleurs, ne se bornait pas à obtenir des concessions pour les zones de peuplement que j'avais repérées. C'était un vaste secteur que je voulais exploiter. Des dizaines de milliers d'hectares, ainsi que je l'avais déclaré à mon ami Jack Gelle de Francony. Je n'étais donc pas au bout de mes peines, et il me faudrait certainement jouer serré pour parvenir à mes fins.

Je n'étais pas au bout de mes peines, et je m'en aperçus dès notre retour à Iquitos. Une aventure assez burlesque m'y attendait - mais par bonheur elle se termina fort bien.
A suivre…

En arrivant au Pérou, je n'avais oublié qu'une chose: J'avais oublié qu'à cette époque-là ce pays vivait en état de tension plutôt aiguë avec la Colombie, et qu'il y régnait une maladie assez fréquente en pareil cas: « l' espionnite». Tout nouveau venu (surtout s'il omettait de signaler sa présence aux autorités) risquait de passer pour suspect. Dans ma candeur naïve, je n'avais songé qu'aux forêts du haut Amazone et aux zones de peuplement en essences rares, sans faire le moins du monde entrer en ligne de compte, dans mes projets, les démêlés qui pouvaient exister entre le Pérou et la Colombie. J'avais évidemment eu tort. Mais comme on va le voir, tout finit par tourner à mon avantage.

J'avais à peine sauté de ma pirogue sur le quai, que deux policiers péruviens m'appréhendèrent.

- Senõr, me dirent-ils, nous vous prions de bien vouloir nous suivre.

Je vis un reflet dur passer dans les yeux de Pablo et de Pedro. Ils se regardèrent entre eux, avec un mauvais sourire. Allaient-ils laisser « embarquer» ainsi leur patron?
Je notai aussi un frémissement sur le visage de Kenou. Mais d'un geste de la main, je les calmai.
- Restez tranquilles, leur dis-je. Je vous reverrai dans un instant. Il y a certainement un petit malentendu que je vais éclaircir.
Puis je dis aux policiers:

- Vous avez une façon bien curieuse d'accueillir les étrangers, à Iquitos. Est-ce une arrestation ?

Ils ne répondirent pas positivement à ma question. L'un d'eux se borna à me dire:
- El senõr préfet désire vous voir.
Nous vous conduisons auprès de lui.

Le préfet d'Iquitos? Le préfet du Loreto, le département péruvien dont Iquitos était le chef-lieu? Moi aussi, je désirais le voir. C'était même très nécessaire. Et au cours de notre retour en pirogue, je n'avais même fait que songer à ce que j'allais lui dire. Mais je ne pensais pas que j'allais faire sa
connaissance dans de telles conditions.

Je devinais toutefois ce qui avait dû se passer. Bien qu'au cours de mon bref séjour à Iquitos je n'eusse pris contact avec personne, on n'avait certainement pas manqué de s'aviser de ma présence.

On savait que j'avais débarqué de l'Adolfo, que je venais de Belem de Para. J'avais donné mon nom à l'hôtel où j'étais descendu. On avait dû me voir rôder autour des scieries, examiner les grumes sur les berges du fleuve, et les radeaux de bois flotté, jeter un coup d'œil (d'ailleurs fort négligent) sur la base d'hydravions et sur les navires de guerre (qui n'avaient d'ailleurs rien de bien impressionnant).

Il n'en fallait pas plus sans doute pour me rendre suspect. Et qu'étais-je allé faire dans la forêt, où j'étais parti en pirogue sans crier gare, accompagné de deux individus aux mines plutôt patibulaires, et d'un Indien fort primitif? Sans doute devait-on me prendre pour quelque espion au service de la Colombie. Tout cela m'embêtait plutôt, et je craignis d'avoir pris un mauvais départ.

Arrivés à la préfecture, on me fit attendre pendant plus d'une heure dans une sorte de réduit assez obscur. La nuit tombait peu à peu, et il faisait tout à fait sombre quand on vint me chercher pour me conduire dans le cabinet du préfet.

A suivre...
domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/05/2007 à 09:43 supprimer cette contribution
Celui-ci était en train d'écrire, sur une table d'acajou encombrée de papier.
C'était un homme d'un certain âge, grisonnant. Il avait un visage fin et distingué d'Européen. Il leva les yeux et me regarda.

Les deux policiers qui m'avaient accompagné étaient restés plantés derrière moi. Il leur fit signe de se retirer. Quand ils furent sortis, je n'attendis pas qu'il ouvrît la bouche. J'avais préparé ce que j'allais lui dire dans le meilleur espagnol dont j'étais capable.

- Monsieur le préfet, lui dis-je, je me préparais à venir vous rendre visite demain matin pour vous entretenir de mes projets. Je ne pensais pas que vos policiers auraient l'obligeance de hâter cette entrevue et de me guider eux-mêmes jusqu'auprès de vous.

J'avais dit ces mots sur un ton aussi cordial que possible.
Je vis un sourire éclairer son visage.

Excusez-moi, monsieur, me dit-il en excellent français. Il y a une heure encore, je vous aurais sans doute fait arrêter et emprisonner jusqu'à ce que votre cas fût tiré au clair. Mais je viens de recevoir ce télégramme...

Il avait pris un papier sur la table, et me le montrait. Il parlait notre langue presque sans accent. Il se leva et m'invita à m'asseoir dans un fauteuil. Puis il reprit:

J'ai reçu ce mot trop tard pour décommander les policiers qui avaient été chargés de vous appréhender à votre retour de la jungle. Et je viens seulement d'être avisé il y a cinq minutes de votre présence à la préfecture. Excusez-moi, je vous prie, de ce malentendu. Mais avouez que vos façons d'agir, sans être répréhensibles, ont pu sembler bizarre. A peine arrivé ici, il y a quinze jours, vous partez en pirogue avec un Indien et deux Métis sans avoir pris contact avec personne. J'ai été naturellement obligé de tenir compte de la rumeur publique...

- Ah ! fis-je. Et que disait la rumeur publique?

Il eut l'air un peu gêné:
-Vous connaissez notre situation...
Vous n'ignoez certainement pas qu'il y a des bruits de guerre entre le Pérou et la Colombie... Les Péruviens sont très énervés en ce moment. Ils voient facilement des espions partout.

Moi même, je suis obligé d'observer la plus grande vigilance, de faire appréhender tous les gens suspects... Je m'impose la tâche de les interroger moi-même. Car, dans cette ville perdue où nous sommes, je suis contraint de faire un peu tous les métiers: Administrateur, Promoteur de l'industrie et du commerce, Chef de la police...

- Si je comprends bien, fis-je, vous savez maintenant que je n'ai rien de commun avec un espion colombien.

- Oh! Fit-il, je suis maintenant tout à fait rassuré sur votre compte. Il y a huit jours, j'ai télégraphié à Lima pour qu'on se procure des renseignements sur vous, en donnant votre nom et en indiquant que vous veniez de Belem de Para. Nos services de renseignements ne sont pas très rapides, je viens seulement de recevoir la réponse.

On s'est enquis votre pedigree auprès de notre consul à Belem, qui lui même a fait une enquête en interrogeant notamment votre propre consulat. Je sais maintenant que vous êtes honorablement connu, que vous êtes un spécialiste des forêts tropicales, que vous avez travaillé au Gabon, puis en Guyane, que vous avez de nombreux répondants en Europe ... Excusez-moi donc de ce désagréable contretemps.

-C'est moi qui m'excuse, fis-je. Je me suis en effet montré imprudent, et trop pressé...

- Je vous en prie les choses sont peut être différentes ailleurs, là où des menaces de guerre ne couvent pas ici tout prend tres vite de l'importance comprennez vous?
Et naturellement, ce sont nos forêts que vous êtes venu voir. Qu'en pensez vous ?

La conversation prenait une bonne tournure. Le préfet m'avait posé cette dernière question avec un intérêt visible.
J'eus le sentiment que je ne lui avais pas fait mauvaise immpression. Au surplus, il me semblait intelligent, et très ouvert.
De la façon dont j'allais lui répondre, bien des choses pouuvaient dépendre.

- Monsieur le préfet, lui dis-je, avec la plus grande assurance, je connais bien les forêts tropicales, les essences qu'on y trouve, les façons de les utiliser, les marchés où on peut les vendre, et les prix qu'on peut en tirer. C'est là mon métier.
Je l'exerce depuis quinze ans déjà.

J'ai exploité des forêts au Gabon, puis à la Guyane, comme peut vous le confirmer le télégramme que vous avez devant vous.
Vous me demandez ce que je pense de vos forêts? Je pense et j'ai été surpris en le constatant que vous laissez dormir des trésors.

Je pense que votre pays serait plus fort s'il exploitait mieux ses ressources naturelles et que c'est là une considération qui doit vous apparaître comme particulièrement pressante dans la période de tension où vous vous trouvez, et où vous avez besoin de rassembler tous les moyens de défense dont vous pouvez disposer.

Si je ne suis pas venu vous faire une visite dès mon arrivée à Iquitos, c'est parce que je désirais auparavant me rendre compte des possibilités qu'offrent vos forêts.

Je ne voulais pas vous faire perdre votre temps, ni perdre le mien inutilement.
Si ce que j'avais vu ne m'avait pas satisfait, je serais reparti sans même vous déranger. Maintenant que j'ai vu, je me permets de vous demander à quel moment il vous sera possible de m'accorder une heure pour que nous ayons, si vous le voulez bien, une conversation poussée et détaillée sur la question qui m'a amené à Iquitos.

Le préfet se leva pour m'offrir un cigare. Il réfléchit un instant.

- Pourquoi pas tout de suite? Me dit-il.
Ma journée est à peu près terminée. Il ne me reste rien d'urgent à faire ce soir. A moins que vous ne soyez vous-même pressé...

- Du tout, fis- je.

Je préférais battre le fer pendant qu'il était chaud. Je me sentais maintenant en pleine forme. Les arguments affluaient dans mon esprit. J'avais compris ce à quoi je n'avais pas pensé auparavant: la tension diplomatique qui existait entre le Pérou et la Colombie, loin de contrarier mes projets, pouvait au contraire les servir.

- Voyez-vous, me dit le préfet, nous savons fort bien, vous vous en doutez, que notre pays recèle des richesses incalculables, tant minérales que végétales, et en particulier dans ce département du Loreto. Mais nous manquons d'une foule de choses pour les exploiter rationnellement et sur une pleine échelle. Nous manquons de moyens de communications. Nous manquons d'outillage. Nous manquons aussi de savants, de prospecteurs qualifiés, de techniciens. Nous manquons de commerçants et d'industriels qui sachent voir grand.
Nous manquons aussi de capitaux ...

Je saisis ce dernier mot au vol.
L'instant était venu où il me fallait évidemment bluffer un peu.

- Les capitaux, fis-je, vous pourriez les avoir. Cela ne dépend que de vous... Dans deux ou trois jours, quand l'Adolfo se remettra en route, je retournerai à Belem. Et, seIon le résultat de notre conversation, je rentrerai en Europe ou me dirigerai vers un autre point de l'Amérique du Sud pour y poursuivre mes prospections.

Je ne vous cacherai pas que ce que j'ai vu dans vos forêts amazonienne (et je me suis borné à prospecter ces jours-ci le rio Ucayali ) est suffisant pour m'enlever l'envie d'aller courir ma chance ailleurs. C’est pourquoi je souhaiterais aboutir avec vous au moins à un accord de principe. Il me paraît inutile de vous dire que je n'ai pas entrepris un tel voyage et une telle prospection sans être fortement épaulé.

Pour ne vous rien cacher, je représente ici un assez important groupement financier spécialisé dans l'exploitation des produits tropicaux qui, comme vous le savez, prennent une place de plus en plus importante pour l'économie moderne. Ce groupement souhaiterait étendre ses activités à l'Amérique du Sud. Il m'a donné pour mission d'étudier les possibilités en commençant par votre pays actuellement encore très peu exploité.

Ce groupement me laisse carte blanche pour négocier, et pour traiter en mon nom. Nous serions à même, en cas d'accord, d'implanter ici une industrie moderne, et susceptible de fonctionner sur une large échelle dans l'interêt du Perou.

Mon interlocuteur m'écoutait avec un intérêt visible, tandis que je développais mon exposé avec toute la clarté et toute l'éloquence dont j'étais capable.

Je lui parlai longuement de ce que j'avais fait dans le passé. Je lui montrai en lui citant des exemples concrets et des chiffres, que je connaissais parfaitement mon sujet. Je le fis rire quand je lui racontai que j'avais voulu commencer par être balayeur dans les usines où j'avais fait des stages pour m'initier aux techniques de l'industrie des bois tropicaux. Il me ditn songeur:

- C'est évidemment des hommes comme vous qu'il nous faudrait ici.
Je le laissai réfléchir un instant, et je repris:

- Les bons spécialistes des forêts tropicales sont assez rares, même en Europe -c'est-à-dire ceux qui sont déjà en Afrique. Et c'est ce qui vous explique que le groupement financier dont je vous parlais tout à l'heure ait accepté mes conditions et m'ait laissé carte blanche pour traiter à mon nom.

J'ai ramené du rio Ucayali deux grosses bllles de bois comme échantillons, et je vais les emmener avec moi en Europe pour qu'on fasse des essais de déroulage.
Mais pour moi, il ne s'agit là que d'une simple formalité. Je connais suffisamment le bois pour savoir que les échantillons que j'ai prélevés sur l'Ucayali peuvent rivaliser avec les meilleures essences africaines.

- Vous croyez? Fit le préfet.
- J'en suis sûr.

Au fond, quand je parlais de groupement financier, d'industriels, de capitaux, je bluffais à peine. J'avais la conviction que, ma concession en poche, il me serait d'autant plus facile de trouver les capitaux dont je pourrais avoir besoin, que je savais d'avance à quelles portes je devais frapper . Je sentais que mon interlocuteur était de plus en plus intéressé.

Et je réfléchissais, tout en lui parlant, aux moyens qui seraient les plus propres à hâter une décision. Une idée me traversa soudain l'esprit.

- Vous connaissez les hommes d'affaires, lui dis-je. Ils sont toujours pressés de réaliser les projets qu'ils ont en tête.
Je ne vous cacherai pas que le groupement pour lequel je travaille a envoyé en Amérique du Sud un autre prospecteur, un de mes collègues qui, comme moi, a débuté en Afrique. Mais il s'est dirigé, lui, vers la Colombie...

Je vis que mon interlocuteur accusait le coup.
- Ah ! fit-il.

Mais j'enchaînai aussitôt:

- Cela vous explique la hâte que j'ai d'être rentré en Europe... Je voudrais bien arriver le premier. Je crois avoir un peu d'avance sur mon collègue. Et je sais que les capitalistes avec qui je suis en rapport n'éparpilleront pas leurs efforts et encore moins leurs capitaux. Si ce que je leur apporte leur paraît intéressant, c'est avec moi qu'ils traiteront .

Je me suis laissé dire qu'au Pérou les affaires, malheureusement, trainaient parfois en longueur avant d'aboutir à une conclusion... Cela risquerait de me gêner beaucoup. Est-il vrai qu'il en est ainsi?

-C'était, hélas! vrai... repris le préfet tout en degustant lui aussi son cigare délicieux. Et c'est encore vrai dans une certaine mesure. Cependant, notre nouveau président, le Général Benavides, s'efforce d'y mettre bon ordre.

Et moi-même, je fais de mon mieux pour être un préfet dynamique. Mais ce n'est pas toujours commode. Je sens très bien, depuis que je suis ici, tout ce qu'il faudrait faire. Ce sont les moyens qui me manquent.

Mon père, qui était comme moi-même au service de l'Etat me disait souvent quand j'étais jeune homme: «Les plus grandes richesses du Pérou sont encore inviolées.

Elles sont à l'est, dans notre immense morceau d'Amazone et il aurait aimé me voir me lancer dans une vie plus active que la sienne. J'y ai souvent pensé. Mais j'ai fini par être pris moi aussi, par la politique pure, puis par le traintrain administratif.

Quand je songe que vous n'avez pas hésité, à peine arrivé ici, à partir en pirogue pour notre forêt amazonienne je suis un peu tenté de vous envier.

Je me mis à rire.
- Chacun son métier, lui dis-je. Il faut aussi des préfets!
Et je suis heureux de constater que vous êtes un préfet compréhensif et désireux de bien faire. Ce qui m'étonne, c’est que d'autres prospecteurs, avant moi, n'aient pas tenté de réaliser la même chose.

- Ne croyez pas, me dit-il, qu'il n'y en a pas eu. Mais c'étaient, ou bien de pauvres diables sans grands moyens ou sans grande compétence qui repartaient n'ayant rien pu faire, ou qui sont restés ici à végéter.

Ou bien, s'ils avaient vraiment l'intention de faire quelque chose d'important, ils s’en allaient, découragés par les lenteurs administratives dont vous avez justement parlé tout à l’heure.

Quand je suis arrivé ici, il n'y a pas très longtemps et avec la mission que m'avait donnée notre nouveau président d'exploiter au maximum nos ressources naturelles, j'ai trouvé dans Ies archives de la préfecture des dossiers d'affaires de ce genre qui n'avaient jamais abouti.

Mais je vous promets, en ce qui me concerne, de faire diligence au maximum. Bien entendu, la décision finale ne m'appartient pas. C'est à Lima qu'elle sera prise, et c'est à Lima qu'il faudra vous rendre dès votre retour d'Europe.

Mais j'appuierai votre demande... .Je l'appuierai très fortement.
Et c'est à suivre...
Bonne journée.
domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/05/2007 à 17:59 supprimer cette contribution
Je lui avais dit précédemment qu'une affaire de ce genre. ne serait susceptible de m'intéresser que si elle portait sur une zone importante de la forêt amazonienne, et si l'accord était agrémenté de certains privilèges de nature à contrebalancer les risques financiers et techniques inhérents à l'implantation d'une nouvelle industrie dans la jungle. Il me demanda:

- Combien d'hectares?

A ce moment-là, la porte s'entrebâilla, et je me retournai.

Un policier glissait sa tête dans la pièce et jetait sur nous un regard inquiet. Il avait dû trouver que l'interrogatoire de « l' espion colombien » se prolongeait un peu trop, et il voulait s'assurer que rien de fâcheux n'était arrivé à son patron.

- Laissez nous tranquilles, lui dit le préfet d'un ton sec. II referma la porte précipitamment.

A la question directe du préfet, une question que nous ne pouvions pas ne pas aborder avant de clore notre conversation , j'avais évidemment déjà beaucoup réfléchi. Au Gabon, je n'avais eu que des concessions de 2.500 hectares, pour cinq ans. Il en avait été à peu près de même en Guyane. Ces chiffres, maintenant, me semblaient dérisoires. Tandis que je redescendais en pirogue le rio Ucayali, j'avais songé à demannder 100.000 hectares, pour dix ou quinze ans.

Le préfet attendait ma réponse à sa question. Et je m'entendis soudain prononcer d'une voix nette:

Combien d'hectares, monsieur le préfet? La chose ne sera intéressante pour moi que si je puis obtenir, à mon nom, 350.000 hectares, pour une période de 25 ans.
Car je désire implanter ici non seulement des exploitations forestière mais aussi des scieries et peut être même une ou deux usines de transformation de bois dans nos intérêts communs. Je suis indépendant et à présent suffisamment expérimenté de ces choses.

Je m'attendais à ce qu'il fît des objections. Mais il ne sourcilla pas. Ce chiffre lui sembla sans doute à la mesure des ambitions que je lui avais exposées.

- Très bien, fit-il. Je vais vous faire préparer une demande en bonne et due forme. Vous viendrez, si vous le voulez bien, la signer demain matin à mon bureau, et je l'expédierai à Lima avec un avis très favorable.

Je le remerçiai de sa diligence et de sa grande compréhension. Et, comme je faisais mine de me lever, il me retint d'un geste et m'offrit un second cigare.

- Vous avez bien encore un instant, me dit-il. Notre conversation prit un ton plus amical. Il finit par me dire qu'il essaierait d'obtenir pour moi, à Lima, quand l'affaire prendrait tournure, une exonération d'impôt pour cinq ans.

- II y a déjà quelques précédents, et c'est là, à mon sens, une excellente façon d'encourager la création d'exploitations nouvelles dans le pays.
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Il me demanda quand je comptais revenir. Je lui dis que je serais certainement de retour à Iquitos dès le début du printemps.

- Je pense, fit-il, qu'à ce moment-là tout sera prêt pour la signature d'un accord définitif.

Je lui demandai quelques précisions sur le régime des exploitations forestières au Pérou, et il me dit qu'il me ferait remettre le lendemain un petit mémorandum à ce sujet. Puis il ajouta, sur le ton de la confidence:

. - Permettez-moi de vous mettre en garde contre certaines difficultés auxquelles vous risquerez de vous heurter quand vous commencerez votre exploitation, et peut-être avant même que vous ne la commenciez.

Les étrangers ne sont pas toujours vus d'un bon oeil. Il y a ici des hommes qui redoutent la concurrence. Ils sont incapables de rien entreprendre eux même sur une grande échelle, mais ils deviennent enragés à la pensée que d'autres pourraient le faire à leur place. L'un d'eux est un Maltais installé à Iquitos depuis longtemps, et avec qui je suis obligé de compter - bien qu'il ne soit pas de mes amis parce qu'il est très riche, et parce qu'il exerce dans tout le département du Loreto, une assez grande influence politique. Cette influence s'étend même, dans une certaine mesure, jusqu'à Lima. Il a un gros commerce d'épicerie, achète et vend beaucoup d'autres choses encore.

Ce que je vous dis est confidentiel, mais j'ai tout lieu de penser que c'est lui qui a fait courir le bruit que vous étiez un espion colombien. Des hommes à lui ont dû lui signaler votre arrivée par l'Adolfo.
Il a dû vous faire surveiller, et quand il vous a vu partir pour la jungle, il a flairé en vous un concurrent possible. Il n'est pas du tout exclu qu'il continue par la suite à essayer de vous mettre des bâtons dans les roues. Mais j'estime qu'il était de mon devoir de vous prévenir. Pour ma part, maintenant que j'ai ce télégramme de Lima, je suis parfaitement couvert en ce qui vous concerne.

Je vais d'ailleurs faire passer demain dans le journal local une note à votre sujet, pour couper court aux bruits qui continuent à courir. Comme vous avez pu le voir, Iquitos n'est qu'un grand village, et tout y prend des proportions extraordinaires, surtout en ce moment.

Le renseignement était précieux pour moi. Un homme averti en vaut deux. Et je me félicitais d'être tombé sur un fonctionnaire aussi intelligent et aussi ouvert que le préfet du Loreto.

Nous continuâmes à bavarder ainsi, très amicalement, pendant une demi-heure, puis je me levai pour prendre congé.

Il se leva lui aussi pour m'accompagner jusqu'à la sortie de la préfecture. Comme nous arrivions au bout du couloir, nous entendîmes le bruit d'une violente dispute. C'étaient mes deux seringueros qui étaient sur le point d'en venir aux mains avec les policiers. Trouvant qu'on me gardait bien longtemps, ils étaient venus voir ce qui se passait et avaient émis la prétention d'entrer en communication avec moi.
Les policiers étaient en train de les menacer de les arrêter « eux aussi» s'ils continuaient à faire du scandale.

- Qu'est-ce que c'est? Demanda le préfet d'une voix impérative. Un des policiers lui répondit :

- Ce sont les deux hommes de l'espion colombien qui veulent entrer de force dans la préfecture.

- Laissez ces hommes tranquilles, fit le préfet. Monsieur n'est pas un espion colombien. Il va partir librement d'ici.

Les policiers se mirent au garde-à-vous, et prirent une mine effarée quand ils virent le préfet me serrer cordialement la main. Leur effarement n'avait d'égal que celui de mes deux seringueros. Mais eux, du moins, ne tardèrent pas à s'épanouir en comprenant que je m'étais fait un ami du préfet.
Celui-ci me dit en riant:

- Voilà deux gaillards qui m'ont l'air de vous être fort attachés. Je vous félicite d'inspirer un tel dévouement à des gens qui habituellement ne sont pas faciles à manœuvrer.
A demain matin, cher monsieur.

Nous nous retirâmes donc - mes deux seringueros et moi avec tous les honneurs de la guerre.
A suivre!
domi - 417343lui écrire blog Publié le 30/05/2007 à 09:52 supprimer cette contribution
Le préfet tint parole. Dès mon réveil, le lendemain matin, je me fis apporter la petite gazette locale et j'y lus avec plaisir un article démentant les racontars que l'on avait fait courir sur mon compte.

Je ne connaissais pas encore ce commerçant maltais . Je ne devais entrer en contact avec lui que plus tard, mais je me plus à penser qu'il avait dû faire une drôle de tête en voyant cet article.

Il y était dit en substance, après un passage qui m'était personnellement consacré, que les habitants d'Iquitos et du Loreto devaient, certes, observer la vigilance qui s'imposait en raison des circonstances, mais pas au point de considérer comme suspects les étrangers qui venaient dans le pays avec des intentions honorables. Quand ceux-ci avaient des projets propres à hâter la mise en valeur des ressources de la région, chacun devait au contraire les accueillir avec faveur et s'efforcer de faciliter leur tâche.

Un tel article ne pouvait que me faire une excellente propagande. Le journal d'Iquitos était diffusé le long de tous les petits affluents du haut Amazone où l'on accédait en utilisant des "lanchas", ces petits bateaux à fond plat qui permettent de remonter les rios peu profonds.

Ce matin-là, je retournai à la préfecture pour y signer ma demande de concession et y prendre la documentation que le préfet avait eu l'amabilité de faire préparer pour moi. A mon retour à l'espèce d'hôtel où j'étais descendu, je trouvai Paul Lescuyer qui fut heureux d'apprendre que mes projets prenaient une excellente tournure.
Je lui dis que je ne manquerais pas de lui faire signe quand je serais de retour. C'était un garçon intelligent, et qui très certainement me rendrait des services.

L'Indien Kenou vint nous rejoindre. Je remis à Paul une somme représentant le double de ce qui était nécessaire pour l'achat de la hache et des autres objets qui avaient été promis à mon guide, en lui disant de dépenser le surplus selon les désirs mêmes de ce dernier.

Kenou comprit. Je vis alors, sur le visage de cet homme sauvage et toujours impassible, se former un large sourire. Puis, à la façon des civilisés, il me tendit la main, d'un geste aussi élégant que naturel.
A notre grande surprise à tous, il nous lança ces mots en excellent espagnol:

- Gracias, estimado amigo!

Où avait-il attrapé cette phrase au vol? Comment avait-il fait pour en comprendre le sens, lui qui ne connaissait que quelques mots d'espagnol sans rapport avec les formules de politesse? Ce fut pour moi un mystère, mais je compris que cet homme était plus intelligent et plus foncièrement raffiné qu'on aurait pu le croire.

Les «sauvages » m'ont souvent causé des surprises de ce genre.

- Gracias tambien, estimado Kenou, lui répondis-je. Il s'éloigna sans ajouter un mot et alla s'asseoir sur la berge, devant l'hôtel.

Dans quelques jours, il rentrerait parmi les siens, avec les trésors que Paul Lescuyer allait lui acheter. Il provoquerait la surprise et l'admiration de ses frères sauvages qui n'avaient pas encore osés se risquer, comme il l'avait fait, parmi les "civilisés". Et je savais qu'il serait fidèle au rendez-vous que je lui avais donné pour le printemps suivant.

* * * *
Le 21 septembre, je m'embarquais, avec Pablo et Pedro, à bord de l'Adolfo.
Mes deux précieux échantillons, qui pesaient chacun deux cents kilos, turent transportés avec grand soin dans la cale, et je repris mes conversations avec le vieux propriétaire du bateau, qui était toujours aussi digne, aussi robuste, aussi énergique et aussi affable.

Nous arrivâmes à Belem vers le 10 octobre. Je m'enquis aussitôt du premier navire en partance pour l'Europe. On me signala un cargo allemand, l'Attika. Malheureusement il ne prenait pas de passagers. Je n'ai jamais considéré que c'était une raison suffisante pour qu'un cargo ne m'emmenât point, moi.

Le tout est de savoir s'y prendre. J'allai donc trouver le capitaine de l'Attika, et je m'efforçai de discerner par quel biais je pourrais le séduire. Mais ce fut lui qui, en quelque sorte, me tendit la perche.

Comme je venais de lui dire que j'arrivais tout droit des forêts du haut Amazone, où j'étais allé faire de la prospection, il me demanda si je n'avais pas ramené de ce coin du globe quelques objets curieux, végétaux, minéraux ou autres. Je lui répondis par l'affirmative, et je vis ses yeux briller: c'était évidemment un passionné de tout ce qui sortait de la jungle.

Or j'ai toujours eu l'habitude, comme la plupart des coureurs de brousse, de ramasser tout ce qui me paraissait curieux, pourvu que ce ne fut pas trop encombrant.
Très souvent, au cours de ma vie vagabonde, j'avais ramené en France, pour les offrir à des savants, des éthnologues, des botanistes, ou pour les garder dans ma propre collection, toutes sortes de plantes, de minéraux, d'objets travaillés par les indigènes, armes ou autres.

Je rapportai cette fois-ci, entre autres choses moins volumineuses, un magnifique morceau de termitière, avec ses termites et probablement leur reine, que j'avais soigneusement enfermé dans une «touque» de fer.

J'en parlai au capitaine. Je le vis aussitôt rougir ( il était gras et rose ) et me dire avec animation:

- Est-ce que vous pourriez me montrer votre trouvaille?... Cela m'intéresse beaucoup. Oh ! croyez bien que je ne fais pas commerce de ces choses-là. Toutes celles que je peux me procurer, je les revends à mon pays le même prix que je les ai payées. C'est une façon de servir ma Patrie.

Est-ce que vous ne pourriez pas me vendre ce morceau de termitière?

- Vous le vendre, non, dis-je. Mais vous le montrer, rien n'est plus facile. Attendez-moi un instant.

A cette époque, la pensée que l'Allemagne pût être danngereuse dans un proche avenir ne m'était pas encore venue à l'esprit.
Une bonne partie de la production forestière du Gabon n'était-elle pas alors vendue à l'Allemagne ? Qui d'ailleurs la revendait ensuite à la France sous forme de bois manufacturés de bel aspect d’ailleurs… Car c'est ainsi bien souvent que les choses se passaient.

Au demeurant, il n'était question, entre le capitaine de l’Attika et moi, que d'un morceau de termitière et, éventuellement, de ma prise en charge à bord de son cargo.

Une demi-heure plus tard, je revins le trouver avec le trésor qu'il convoitait. J'ai rarement vu un homme solide, haut en couleur et visiblement énergique comme l'était ce marin, se transformer ainsi en un faible marmot plein de convoitise à la vue de l'objet désiré.

Il en était presque comique.

Quand j'eus déballé ma termitière, il la contempla avec amour et caressa de sa grosse patte rouge et velue les rugosités terreuses sur lesquelles se promenaient quelques pauvres termites blancs et aveugles.

- C'est un magnifique morceau, me dit-il... J'ai souvent vu des photos de termitières ... Mais toucher ça ... Vendez Ia moi...

- Je ne vous la vends pas, lui dis-je. Mais je vous l'offre bien volontiers si vous m'acceptez comme passager à bord de votre cargo.

Il n'hésita qu'un instant.

- D'accord, fit-il, Je serai obligé de déloger mon second pour vous donner une cabine à peu près convenable. Mais tant pis pour lui, nous nous arrangerons bien entre vieux coureurs des mers...

L'Attika partait le 13 octobre. Il me restait deux journées à tuer à Belem de Para. Je ne descendis pas, cette fois,
au «Palace», où décidément l'étiquette était trop rigoureuse pour convenir à un sauvage de ma sorte.

Je me contentai d'un abri plus modeste.
Mon ami Jack Gene de Francony n'était pas à Belem. Mais je passai quelques bonnes heures auprès de Paul Lecointe. Et comme j'étais sevré de plaisirs depuis pas mal de temps, je consacrai mon dernier soir à une bonne petite «orgie», en compagnie de mes deux fidèles seringueros, dans les buvettes et dancings du port où se trémoussaient, au son des guitares, de superbes femmes Caboclos. C’est ainsi qu’on ne regrette jamais de vivre l’aventure.
Ce fut encore une fameuse nuit tropicale!

Le lendemain, avant de quitter mes deux compagnons, je leur remis une quantité de "milreis" suffisante pour qu'ils puisssent attendre pendant quelques mois mon retour, et j'allai repérer l'endroit où ils logeaient afin de pouvoir les retrouver facilement à mon retour.

Bientôt je naviguai, non plus sur les eaux boueuses et troubles de l'Amazone, mais sur les vagues transparentes et bleues de l'Atlantique, à bord de l'Attika qui m'emportait vers l'Europe...

Et c’est à suivre…
domi - 417343lui écrire blog Publié le 31/05/2007 à 16:15 supprimer cette contribution
TOUR D'EUROPE

J'arrivai à Paris dans un camion que j'avais loué à Marseille où l'Attika avait fait escale avant de continuer sa route vers Gênes, terme de son voyage - avec mes deux billes de bois dont je n'avais pas voulu me séparer.

Puisque j'ai commencé à raconter mes mésaventures avec les hôteliers, il faut bien que je continue...
Je m'étais fait conduire à un confortable hôtel de la porte de Saint-Cloud où j'avais déjà séjourné quelques années plus tôt.

Je demandai une chambre. Puis j'emmenai le garçon du hall jusqu'à l’entrée, devant laquelle j'avais fait déposer sur le trottoir mes bagages et mes deux billes de bois.
Quand il vit ces énormes troncs d'arbres, il me dit:
- Mais, monsieur, ce n'est pas une menuiserie, ici, c’est un hôtel! On ne peut pas vous prendre avec ça !

Et il me regardait de l'air de quelqu'un qui contemple un fou dangereux. Je compris qu'il n'avait pas dû voir souvent des clients se présenter en apportant dans leurs bagages d’importants morceaux de la forêt amazonienne! Je lui dis d'aller chercher le gérant.

Le gérant, lui aussi, fronça les sourcils voyant ce que j'avais la prétention d'introduire à ma suite dans son hôtel. Mais j'avais sorti de ma poche une petite liasse de dollars, et je lui dis qu'on pourrait peut être s’arranger, que je paierais ce qu'il faudrait pour l'encombrement.

Le garçon continuait à grommeler, mais le gérant lui dit: Eh bien, quoi? Vous n'avez jamais vu de bois... Allez donc chercher de l'aide. On trouvera bien un coin pour loger ça jusqu'à ce que Monsieur s'en aille.

Je n'encombrai d'ailleurs pas longtemps cet hôtel avec mes volumineux colis. Je demandai à pouvoir téléphoner et réussis à joindre l’industriel transformeur de bois précieux. Le lendemain, un camion venait chercher mes deux billes de bois, pour les transporter :jusqu'à l'usine de Saint-Maur-des-Fossés qui est une des mieux outillées, non seulement de France, mais d'Europe.

J'avais hâte de voir ce que donneraient les essais. En quelques jours, ils furent effectués.

Le résultat fut bien tel que je l'avais escompté: Pleinement concluant. Les bois que j'avais ramenés du Pérou, en pirogue, en bateau fluvial, en cargo, puis en camion, pouvaient en tous points remplacer ceux que l'on utilisait jusque-là en Europe dans l'importante industrie moderne du contre-plaqué.

Ce fut pour moi une grande satisfaction.

Il me restait maintenant à vérifier s'il était possible d'amener ces bois à pied d'œuvre à des prix qui puissent concurrencer ceux des bois africains. Pour cela, il me fallait faire une rapide visite aux principaux marchés européens. Je ne perdis pas de temps. Au cours d'un voyage éclair, je me rendis en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Yougoslavie, en Roumanie, en Turquie, en Italie. Je fis aussi un saut rapide à Londres. Au cours de ce voyage, j'étais muni, non plus d'échantillons de bois brut, qui pouvaient prêter à discussion, mais de panneaux de contre-plaqué fabriqués avec, tout exprès.

Après avoir étudié minutieusement les documents que m'avait remis le préfet d'Iquitos, j'avais établi mes prix de revient. Je savais ce que me coûterait une tonne de bois transportée à Belem de Para, ou à Londres, ou au Havre, ou à Anvers.

Je constatai que je pouvais vendre sur le marché européen, et avec d'intéressants profits, à des prix plus avantageux que ceux qui y étaient pratiqués à ce moment-là.
Pour moi, la démonstration était faite que j'avais vu juste.
De retour à mon hôtel de la porte de Saint-Cloud, je fis le point.

Le 15 août, venant de la Guyane, je débarquais de ma « tapouille », à Edern de Para, dans une tenue si peu reluisante qu'on me refusait l'entrée du Grand Hôtel.

Le 15 novembre, j'étais à Paris, après avoir fait le tour de tous les problèmes que je m'étais donné pour tâche d'examiner en quittant la Guyane.

Entre ces deux dates, quatre-vingt-dix jours seulement s'étaient écoulés. En quatre-vingt-dix jours, j'avais remonté l'Amazone avec mes deux seringueros; j'avais découvert sur le rio Ucayali des zones de peuplement magnifiques; j'avais failli me faire arrêter comme espion colombien à Iquitos; j'avais réussi à convaincre le préfet que mes projets étaient intéressants, au point qu'il appuyait ma demande de ,concession- une concession à mon nom - de 350.000 hectares dans Ies forêts du haut Amazone. J'étais rentré en Europe sans perdre un seul instant, j'avais fait sur mes échantillons des essais concluants, et pris la température du marché européen. Ainsi donc, j'avais bouclé la boucle en un temps record: Quatre vingt-dix jours.

Je songeais malgré moi au « Tour du monde en quatre vingts jours » que j'allais voir au Châtelet lorsque j'étais enfant. Et je me plaisais à penser que j'avais accompli un exploit qui était un peu du même genre, et qu'on aurait pu intituler: “ La course aux dollars en quatre-vingt dix jours"

Il ne me restait plus maintenant qu'à prendre quelques vacances que j'estimais ne pas avoir volées. Mettons quatre vingt-dix jours aussi. Car il était inutile que je retournasse au Pérou avant le printemps.
Il fallait laisser ma demande suivre son cours. Le préfet d'Iquitos m'avait dit qu'il me suffirait de revenir en mars ou avril.

Toutefois, je pensais fermement que dès l'automne suivant, (l’ automne d'Europe) je pourrais commencer à mettre en marche mes exploitations. J'ignorais les complications et les aventures qui m'attendaient encore avant que je fusse au bout de mes peines...

Mais c'est encore à suivre...


domi - 417343lui écrire blog Publié le 01/06/2007 à 07:02 supprimer cette contribution
De mes vacances en France qui furent fort agréables et que je partageai entre Paris et la Côte d'Azur où habite ma sœur, je ne dirai rien, car elles sont sans rapport avec une vie de coureur de forêts.
Je me bornerai à rapporter dans quelles conditions j'ai négocié une partie des pépites que j'avais trouvées en Guyane.

J'étais, vers la fin de décembre, au bar du Weber et j'observais un Américain quelque peu ivre qui, tout à coup, demanda l'heure à Henry, le sympathique barman.
Le barman était à ce moment-là trop occupé pour l'entendre, et l'Américain s'impatientait. Par courtoisie, je tirai ma montre de la poche de mon pantalon, et lui dis l'heure.

Mais l'heure, visiblement, cessa de l'intéresser. Il était hypnotisé sur une breloque que j'avais à ma chaîne de montre Cette breloque n'était autre qu'une de mes pépites.

Il s'avança vers moi et tendit la main vers ce curieux objet.

- Pépite? demanda-t-il. Vous en avez d'autres ?

Je lui dis que j'en avais exactement soixante-sept, de diverses grosseurs.

- J'achète, me dit-il. Est-ce qu'on peut voir?

Il parlait très mal le français, mais suffisamment pour se faire comprendre. J'examinai ce type qui, à brûle-pourpoint, me proposait une affaire: Ses chaussures, son costume, son chapeau, son visage plutôt congestionné. Il s'aperçut que j'étais en train de l'étudier.

- Vous avez peur... Vous le Français... Que je ne puisse pas payer...
Tenez, regardez...

Il sortit de la poche de sa culotte une liasse de dollars épaisse comme un matelas!

- Et il y en a d'autres à la banque... dit-il. Faîtes-les voir, vos pépites...

Je ne les avais pas avec moi. Depuis quelques jours, je songeais à vendre au moins une partie de mon trésor, pour financer mes vacances car je n'avais pas encore touché les sommes qui me revenaient sur la vente de mes bois en Guyane.
Autant traiter avec ce type-là qu'avec un autre.

- C'est sérieux? lui demandai-je. Vous êtes acheteur? Il faillit éclater de colère parce que je mettais en doute que son attitude fût positive.

- Bon, lui dis-je. Dans ce cas, attendez-moi ici. Je serai de retour avant une petite heure.

Je sautai dans un taxi. Trois quarts d'heure plus tard, j'étais de retour au Weber avec la moitié de mes pépites. Mon Américain était mélancoliquement assis devant un double whisky. Il avait l'air d'avoir vieilli de dix ans. Ses joues pendaient comme deux vieilles fesses craquelées, il avait autour des yeux et de la bouche une jolie collection de rides précoces, et une couperose bien établie ornait tout son visage.

Je songeais qu'il avait dû dépenser en Whisky une assez jolie fortune pour se mettre prématurément dans un pareil état.
Il semblait somnoler. Je pris place à côté de lui.

Il ne se réveilla tout à fait que quand je tirai une à une les pépites que j'avais mises dans la poche de mon pardessus. Une lueur passa dans ses yeux. Il devait avoir un faible pour l'or, pour l'or à l'état brut. J'avais beau l'examiner, je ne parvenais pas à deviner ce qu'il pouvait bien faire dans la vie. Banquier? Homme d'affaires? Aventurier?

En tout cas il me semblait clair qu'il avait beaucoup d'argent. Et son idée d'acheter mes «cailloux» n'était peut-être, après tout, qu'un caprice d'ivrogne.

Il prit dans sa main une des pépites, et l'examina avec ce même air qu'il avait eu en contemplant la breloque de ma chaîne de montre: Hypnotisé. Un sourire d'enfant flottait sur lèvres.

Où avez-vous eu ça? me demanda-t-il.
– Je les ai trouvées. -Trouvées?

Oui, lui dis-je, et pas trouvées dans une boîte à ordure, mais à l'endroit même où la nature les avait mises.

Il me regarda de ses yeux troubles, et l'examen auquel il se livra dut lui paraître satisfaisant.
- Je vous crois, me dit-il. Vous avez tout à fait l'air de quelqu'un qui est capable de trouver des choses comme ça ... A quel endroit?

- Guyane.

- Je connais. Fichu pays de sauvages.
Il se plongea de nouveau dans la contemplation des pépites.

- Moi aussi, me dit-il, j'en ai trouvé, quand j'étais jeune. Elles étaient comme celles-là. Ça fait un drôle d'effet, n'est-ce pas? Quand on en trouve...

Je l'examinai plus attentivement. Après tout, il disait peut-être la vérité.
Cet homme avait été lui aussi un coureur de brousse ou de jungle, un compagnon de l'aventure. Mais maintenant il se contentait d'acheter des pépites au bar du Weber!
Cela devait lui rappeler sa jeunesse.
Je l'aurais volontiers interrogé afin d'en savoir plus long sur sa vie. Mais il avala d'un trait son double whisky et me dit:

- Allons peser ça, Je connais un joaillier à côté...

Nous quittâmes le bar. Chemin faisant, je lui demandai: - Qu'est-ce que vous voulez en faire, de ces pépites.

- Je pourrais vous répondre que cela ne vous regarde pas fit-il. Mais je vais vous le dire... J'en prendrai une ou deux pour me faire des breloques, comme vous... Quant aux autres, je les ferai monter sur une chaînette pour en faire une ceinture à ma petite amie, qui est danseuse nue ... Comme au Klondike...

Les femmes qui s'intéressent à moi n'aiment que mon or et mon argent autant les combler ses... Je tairai la suite.

Et il se mit à rire aux éclats.
Je n'insistai pas. Il est des solitudes dans les villes bien pires que dans les jungles...

A suivre.

domi - 417343lui écrire blog Publié le 09/06/2007 à 15:57 supprimer cette contribution
J’espère vos excuses, j’étais très pris ces derniers temps..
Voici la suite


Une heure plus tard, après être passés chez le joaillier, puis dans une banque où il retira de l'argent pour me régler, nous nous quittions.
J'aurais, aimé faire plus ample connaissance avec cet homme qui achetait au pied levé un joli paquet de pépites d’or. Mais il semblait pressé, je ne l'ai jamais revu mais j'ai souvent pensé à lui.

Peut-être nous retrouverons-nous un jour, loin de l'Europe, en quelque coin inattendu Tant il est vrai que le monde est petit pour peu qu’on l’ai parcouru un jour. L’immensité n’est qu’océane il suffit de voyager pour s’en apercevoir très vite.

* * *

Il existe un merveilleux ambassadeur qui réussit toujours dans les pays tropicaux et aussi, j’imagine partout ailleurs, c'est notre Champagne.

Avec le champagne, on s'ouvre bien des porte, on se fait bien des amis, il facilite les conversations d'affaires, il délie les langues, il renverse tous les obstacles.
Il crée l'euphorie nécessaireà une bonne et rapide compréhension.
J'en rempli toujours plusieurs grandes caisses, le plus que je peux à chaque fois que je quitte la France.

J'avais, retenu ma place pour le 26 mars à bord de l'Anselme de la Booth Line. compagnie maritime anglaise. Si j'avais choisi ce bateau, qui partait de Liverpool c'est parce que je voulais m'entretenir avec le fils Booth de diverses questions touchant le transport des bois exotiques.

La veille de mon départ, le fils Booth, un garçon très sympathique, m'invita à dîner avec deux autres messieurs dans un club très vieille Angleterre. L'un de ces club où seuls les hommes ont le droit de se côtoyer.

Je me rappelle qu'une petite bévue de ma part m'amena à faire un discours sur mes capacités culinaires et mes goûts gastronomiques. Dans le feu de la conversation, je m’emparais avec vigueur d'un flacon de cristal en croyant que c'était une salière, mais il contenait du sucre en poudre et je le secouai machinalement au-dessus de l'énorme tranche de roast-beef qui était dans mon assiette.

L'un des convives, un vieux monsieur qui avait été longtemps correspondant de la Booth Line a Manaos sur l'amazone et avec qui j'avais eu avant le dîner un intéressant entretien eut la bonté de me prévenir de ma méprise.

"Vous mangez le roast-beef au sucré?"
Me demanda t-il.

Après tout, pourquoi pas? Et je leur laissai croire que telle était en effet mon habitude.

C'est excellent, leur dis-je. D'ailleurs,à force de voyager dans des pays tropicaux, où les nourritures sont souvent extravagantes, j'ai pris l'habitude de tout mélanger ici de tout sucre... Quand j'ai du sucre.

Ce qui fait qu'en fin de compte tous les aliments, qu'ils soient chinois, africains ou indiens, se ressemblent un peu.
Le roast-beef au sucre est d'ailleurs délicieux, surtout avec de la moutarde.

On fait ainsi de lu moutarde douce. Je n'ai d'ailleurs rien inventé, les Allemands ne mangent-ils pas de la confiture avec de la viande, voir avec des sardines? Les Espagnols ne font-ils pas. souvent griller leur jambon avec une couche de sucre, caramélisé?

Sur quoi et en leur disant: «vous devriez essayer» je rajoutai dans mon assiette du sucre et de la moutarde!

Mes compagnons de table firent comme moi et eurent la politesse de me dire, que c'était très bon. Mais je suis persuadé qu'ils devaient préférer les pickles !

Je les horrifiai ensuite en leur disant tout ce que j'avais mangé au cours de ma vie tout simplement parce que j'avais faim et que je n'avais rien d'autre sous la main - toutes sortes de choses telles qu'un Anglais aurait préféré mourir plutôt que d'y goûter: Du rat, du lézard, du serpent, des vers blancs, des insectes, sans parler du singe, du tapir ou de la tortue...

Il est de fait que bien souvent et sans en être incommodé, j'ai mangé exactement les mêmes nourritures que les nègres ou les Indiens. Ce qui ne veut pas dire que je ne préfère, pas un bon roast-beef, mais autant que possible sans sucre!

Je disais tout à l'heure après, beaucoup d'autres choses que le monde est petit, je ne devais pas tarder à en faire de nouveau la constatation.

Notre navire venait de quitter Liverpool.
La mer était en calme, il faisait un temps très doux, et tous les passagers se pressaient sur le pont afin de faire déjà connaissance entre eux. J'ai horreur de cette cohue, et je m'étais retiré dans ma cabine.

Une demi-heure ne s'était pas écoulée qu'on frappa à ma porte, Je vis apparaître une silhouette à la, fois familière et extraordinaire, une de ces silhouettes étranges que l’on reconnaîtrait à vingt mille, celle de mon vieil ami l'Amiral Cyril Bensoll, un Ecossais sympathique et délicieux mais qui avait une façon de se vêtir (quand il était en civil) que l'on ne voit plus…

A suivre pas de panique...

domi - 417343lui écrire blog Publié le 11/06/2007 à 10:38 supprimer cette contribution
...que sur les caricatures anglaises d'il y a quarante ans: Une casquette verdâtre, à grands carreaux, avec des rabats à pression, un costume fait du même tissu, boutonné très haut, une cravate pareille à un lacet de soulier, presque imperceptihle entre les revers étroits, un pantalon taillé en flûte, qui se terrminait sur des chaussures d'un jaune agressif et à bouts pointus; en bref, à peu près le portrait de Sherlock Holmes tel que nous le dépeint Conan Doyle.

Je me suis toujours deemandé d'où pouvait bien sortir le tailleur de Cyril Benson.

- Bonjour, mon cher Fournier-Aubry, me dit-il. Quel heureux hasard... Vous partez en Amérique du Sud? Est-ce que les forêts amazoniennes vous attireraient?

Il m'expliqua que, pour une fois, c'était en touriste qu'il voyageait. Il était d'ailleurs accompagné de sa charmante femme.

Tous deux furent pour moi, durant cette traversée, de charmants compagnons.
L'amiral Benson était exactement le genre d'homme avec qui j'aime bavarder. Il avait roulé sa bosse partout. Il savait des tas de choses sur des tas d'endroits et sur des tas de gens. Il fut convenu que j'irais passer quellques jours dans sa propriété d'Ecosse, lors de ma prochaine venue en Europe s'il y était lui-même à cette époque. Et ce fut un projet que je réalisai plus tard.

J'ai dit tout à l'heure que le Champagne est un ambassaadeur merveilleux. Je devais en avoir, sur l'Anselme, au cours de cette traversée, une nouvelle preuve car c'est grâce à lui que j'amorçai un de ces flirts qui ne laissent ensuite dans le cœur que des regrets. Un coureur d'aventures ne devrait jamais s'abandonner à de tendres sentiments.

Un soir, après le dîner, j'étais seul sur le deck supérieur, assis dans une chaise longue. Le deck était désert. J'avais apporté une demi-bouteille de champagne avec l'intention de la hoire avant d'aller me coucher.

Je tirai la bouteille de ma poche et fis sauter le bouchon. Aussitôt, j'entendis un cri, un cri de femme. Je me précipitai. Derrière une embarcation de sauvetage, une femme était assise, dans l'ombre.

Elle se mit à rire, et me tendit mon bouchon de champagne. Vous m'avez fait peur, monsieur, me dit-elle. Pendant la durée d'un éclair, je me suis demandé s'il s'agissait d'un drame passionnel ou d'un suicide.
Mais j'ai reçu sur la tête ce bouchon, et j'ai compris la cause de l'explosion.

C'est ainsi que je fis connaissance de Jeny. Et je ne pus faire moins que de lui offrir de goûter à mon champagne... Je devais la revoir. C'était une Brésilienne charmaute, fort jolie, spirituelle, parlant admirablement bien le français.

Tandis que le paquebot approchait de son but, nous en étions presque aux mots tendres. Il me fallut me ressaisir, car j'étais bel et bien entrain de tomber amoureux. Mais ma «forêt vierge» m'atttendait et peut être aussi ma concession de 350.000 hectaares, qui recommençait à me causer du souci.

- Vous reverrai-je? Me demanda Jeny tandis que notre bateau entrait dans le port.

- Peut-être, lui dis-je. Ce n'est pas sûr...

Mais bientôt, un groupe de parents et d'amis vint la chercher à bord. Je la revois encore dans sa robe de chantoung, avec sa ceinture et ses souliers rouges, sa minuscule montre bracelet, sa belle chevelure noire qu'agitait le vent, et ses yeux gris-vert où j'avais cru voir se former deux petites larmes quand elle me serra la main en me disant adieu.

Je restai un moment immobile, très ému, la regardant s'éloigner.

Une main se posa sur mon épaule. C'était celle de l'amiral Benson.

- Alors, me dit-il, pour quand les fiançailles? Mais je secouai la tête.

La femme de l'amiral me dit:

- Vous avez peut-être tort ... Elle est charmante ...

Je savais mieux qu'eux qu'elle était charmante. Et il m'avait fallu un gros effort pour ne pas courir après elle, pour ne pas lui demander de la revoir, le lendemain, le soir même.

Cependant, vivre auprès d'elle n'était pas mon lot. Mon destin vagabond était ailleurs.
A suivre...
domi - 417343lui écrire blog Publié le 12/06/2007 à 10:03 supprimer cette contribution
Je retrouvai Belem avec plaisir.

En arrivant, je me fis un ami à la douane. C'était une relation qui pouvait m'être utile.

En règle générale, j'attends, pour débarquer, que la foule de la plupart des gens pressés se soit écoulée. Comme j'étais le dernier à passer ce jour-là, je liai conversation avec le chef des services portuaires de la douane tandis qu'on amenait mes bagages. Plus explicitement ce fut lui qui lia conversation avec moi.
Et ,je ne tardais pas à remarquer qu'il jetait des regards d'envie sur... Ma cravate.

Beaucoup de Sud-Américains, comme on le sait, ont un vif souci de l'élégance , une élégance que d'aucuns jugent peut-être un peu voyante, mais que pour ma part je ne trouve pas dénuée de charme. Dans nos pays européens, les hommes ont, à mon avis, une fâcheuse tendance à ne s'habiller que de couleurs tristes.

Mon interlocuteur avait un costume de flanelle d'une blancheur immaculée, et portait un œillet rouge à la boutonnière. Ses cheveux noirs, soigneusement brillantinés, encadraient son visage mat, coupé de sourcils épais. Il était affable et souriant, et il me demanda des nouvelles de Paris, où il était allé sept ou huit ans plus tôt. Mais il continuait à regarder ma cravate avec insistance.

Il faut dire qu'elle était éblouissante. Je l'avais achetée rue de la Paix deux mois plus tôt.
Finalement, il n'y put plus tenir.

- Vous avez une bien belle cravate, me dit-il.

- Elle vous plaît? fis-je. J'ai exactement la même dans mes bagages, bleue, blanche et rouge - les couleurs de mon pays - et rayée comme celles du Club Nautique de Deauville. Je serais heureux de vous l'offrir si vous voulez bien me faire l'honneur de venir dans une heure prendre un Whisky au Grand Hôtel où je descends...

- Je suis confus, me dit-il. Je ne sais si je dois... Mais cela me ferait tant plaisir.

- Alors, n'hésitez pas...

Une politesse en vaut une autre. Le chef de la douane m'offrit de me faire conduire au Grand Hôtel dans sa voiture.

Quand j'y débarquai, le gérant qui m'avait si promptement éconduit lors de ma première arrivée à Belem se montra d'une politesse presque obséquieuse quand il me vit réapparaître tout flambant neuf.
Lui aussi admira ma cravate. Peut-être se demandait-il quel nouveau tour j'allais lui jouer. Cette fois-là, je le laissai tranquille. Je ne devais lui réserver une nouvelle surprise qu'à un passage ultérieur lorsque je voyageai avec mon jaguar...
Mais ce sera dasn une autre histoire.

Une heure plus tard, alors que j'étais installé à la terrasse, je vis apparaître le chef des services de la douane. Nous fûmes rapidement très amis. C'était un personnage expansif, cordial, serviable, et dont le seul défaut me parut être une coquetterie excessive. Il me dit, fort gentiment, que si j'avais besoin de quoi que ce fût pendant mon séjour à Belem, il mettait à ma disposition. Il avait des relations dans l'administration, dans la politique, dans la presse, dans les milieux d'affaires. Tout cela pouvait m'être utile un jour ou l'autre.

Quand je lui remis la fameuse cravate, il me remercia avec tant d'effusion que je crois bien, si je lui avais donné une pépite d'or, il n'aurait pas paru plus heureux.

Lorsqu'il m'eut quitté, j'allai voir si l'Adolfo était par hasard dans le port, afin d'y retenir des places pour Iquitos. J'appris il mon grand regret qu'il était parti quelques jours plus tôt.

En revanche, le Commandante Macedo, le plus luxueux des vapeurs de "l'Amazone River Company" devait partir le surlendemain.
J'y retins une place en première pour moi et deux places en troisième pour mes seringueros. J'aurais fort bien pu leur offrir des premières à eux aussi, mais ils ne se sentaient vraiment à l'aise qu'en troisième, et ils y étaient même fort heureux pourvu qu'ils eussent en poche de quoi boire quand ils avaient soif.

Il s'agissait maintenant de retrouver justement Pablo et Pedro...

Je ne mettais pas en doute un seul instant qu'ils ne m'eussent attendu comme il était convenu, et je pensais bien les retrouver à l'endroit qu'ils m'avaient indiqué, dans la petite casa en planches où ils avaient logé, chez un de leurs amis lors de mon précédent passage dans cette ville.
Je partis donc immédiatement à leur recherche, afin de les prévenir que nous partions le surlendemain matin pour Iquitos. Mais une surprise désagréable m'attendait. La petite casa où ils avaient logée avait été vendue. Personne, dans le voisinage, ne put me renseigner. Pablo et Pedro? On ne connaissait pas ça.

Je rentrai à mon hôtel de fort mauvaise humeur, en me demandant où pouvaient bien être mes deux oiseaux. ;Je les maudissais, mais ils m'avaient toujours été précieux. Et ce n'est pas au pied levé que l'on peut trouver deux seringueros dévoués et fidèles, connaissant bien la forêt, et sachant bien manœuvrer une pirogue.

Mais il était trop tard pour que je puisse me livrer à de plus amples recherches. J'allai chez mon ami Gilles de Faucony, en pensant qu'il pourrait peut-être m'aider à retrouver mes lascars. J'appris qu'il était parti la veille pour Rio de Janeiro. Finalement je rentrai dîner, après quoi j'allai me coucher en me disant que j'avais encore toute une journée pour remettre la main sur mes caoutcheros.

Le lendemain, je me préparais à aller faire le tour des quartiers où je serais susceptible de les rencontrer, lorsqu'une idée me vint. Mon nouvel ami, le chef de la douane, pourrait m'être utile en l'occurrence. Je me rendis immédiatement à son bureau. Je constatai qu'il arborait déjà la cravate que je lui avais offerte, et qu'il l'avait ornée d'un magnifique diamant. Je lui dis qu'elle lui allait à merveille, puis je lui exposai le but de ma visite. .

- Cher ami, fit-il, ne vous inquiétez pas... Je vais téléphoner immédiatement à la police, et je serais bien surpris si on ne retrouvait pas vos deux gaillards dans la journée à condition, bien entendu, qu'ils soient encore à Belem... Donnez-moi tous les renseignements que vous possédez sur eux.

En fait de renseignements, je n'avais pas grand-chose.

J'avais même oublié leurs noms de famille, si toutefois je les avais jamais sus. Je dis au chef de la douane qu'ils s'appelaient Pablo et Pedro. Je donnai d'eux un signalement aussi précis que possible - mais il y avait des tas de seringueros qui avaient à peu près la même allure qu'eux. Je précisai toutefois, car le détail me parut important, que Pablo avait à la joue gauche une cicatrice très visible - souvenir d'un coup de couteau qu'il avait reçu au cours de quelque rixe.

- Parfait, me dit mon interlocuteur. Avec ça, on doit pouvoir les retrouver. Ne vous inquiétez pas. Ils seront prêts à prendre le bateau avec vous demain matin .. Je vous ferai porter un mot à votre hôtel dès que j'aurai le renseignement.

Je déjeunai ce jour-là avec mon ami Paul Lecointe, le consul honoraire. Et je m'attardai à bavarder avec lui une bonne partie de l'après-midi. Quand je rentrai à l'hôtel, je ne trouvai pas le mot promis. Les recherches, sans doute, avaient échoué. J'étais très ennuyé, et je me préparais à retourner voir le chef de la douane quand on m'appela au téléphone. C'était lui.

- Cher ami, me dit-il, je m'excuse. Ce fut un peu plus long que je ne l'avais pensé. Mais on a fini par retrouver vos hommes. Ils sont tous les deux serveurs dans un petit café du port qui s'appelle "El Caboclo." N'importe quel chauffeur de taxi vous y conduira tout droit. Il n'est même pas nécessaire que vous vous y précipitiez immédiatement, car c'est là qu'ils logent. Aussi vous allez me permettre de vous rendre le whisky que vous m'avez offert hier. Sauf empêchement de votre part, je serai chez vous dans une heure.

Rassuré sur le sort de mes deux "seconds", j'attendis donc patiemment. Et je retins à dîner le chef de la douane. Ce n'est qu'après l'avoir quitté que je me rendis au café El Caboclo. Une soirée pittoresque m'y attendait.

Mais c’est à suivre…
domi - 417343lui écrire blog Publié le 14/06/2007 à 16:58 supprimer cette contribution
Je retrouvai Belem avec plaisir.

En arrivant, je me fis un ami à la douane. C'était une relation qui pouvait m'être utile.

En règle générale, j'attends, pour débarquer, que la vague de la plupart des gens pressés se soit écoulée. Comme j'étais le dernier à il passer ce jour-là, je liai conversation avec le chef du service de la douane tandis qu'on amenait mes bagages. Plus exactement ce fut lui qui lia conversation avec moi. Et je ne tardais pas à remarquer qu'il jetait des regards d'envie sur... Ma cravate.

Beaucoup de Sud-Américains, comme on le sait, ont un vif souci de l'élégance une élégance que d'aucuns jugent peut-être un peu voyante, mais que pour ma part je ne trouve pas dénuée de charme. Dans nos pays européens, les hommes ont, à mon avis, une fâcheuse tendance à ne s'habiller que de couleurs tristes.

Mon interlocuteur avait un costume de flanelle d'une blancheur immaculée, et portait un œillet rouge à la boutonnière. Ses cheveux noirs, soigneusement brillantinés, encadraient son visage mat, coupé de sourcils épais. Il était affable et souriant, et il me demanda des nouvelles de Paris, où il était allé sept ou huit ans plus tôt. Mais il continuait à regarder ma cravate avec insistance.

Il faut dire qu'elle était éblouissante. Je l'avais achetée rue de la Paix deux mois plus tôt.
Finalement, il n'y put plus tenir. .

- Vous avez une bien belle cravate, me dit-il.

- Elle vous plaît? fis-je. J'ai exactement la même dans mes bagages, bleue, blanche et rouge - les couleurs de mon pays - et rayée comme celles du Club Nautique de Deauville. Je serais heureux de vous l'offrir si vous voulez bien me faire l'honneur de venir dans une heure prendre un Whisky au Grand Hôtel où je descends ...

- Je suis confus, me dit-il. Je ne sais si je dois ... Mais cela me ferait tant plaisir.

- Alors, n'hésitez pas ...

Une politesse en vaut une autre. Le chef de la douane m'offrit de me faire conduire au Grand Hôtel dans sa voiture.

Quand j'y débarquai, le gérant qui m'avait si promptement éconduit lors de ma première arrivée à Belem se montra d'une politesse presque obséquieuse quand il me vit réapparaître tout flambant neuf.

Lui aussi admira ma cravate. Peut-être se demandait-il quel nouveau tour j'allais lui jouer. Cette fois-là, je le laissai tranquille. Je ne devais lui réserver une nouvelle surprise qu'à un passage ultérieur lorsque je voyageai avec mon jaguar ...

Une heure plus tard, alors que j'étais installé à la terrasse, je vis apparaître le chef des services de la douane. Nous fûmes rapidement très amis. C'était un personnage expansif, cordial, serviable, et dont le seul défaut me parut être une coquetterie excessive. Il me dit, fort gentiment, que si j'avais besoin de quoi que ce fût pendant mon séjour à Belem, il se mettait à ma disposition. Il avait des relations dans l'administration, dans la politique, dans la presse, dans les milieux d'affaires. Tout cela pouvait m'être utile un jour ou l'autre.

Quand je lui remis la fameuse cravate, il me remercia avec tant d'effusion que je crois bien que si je lui avais donné une pépite d'or, il n'aurait pas paru plus heureux.

Lorsqu'il m'eut quitté, j'allai voir si l'Adolfo était par hasard dans le port, afin d'y retenir des places pour Iquitos. J'appris il mon grand regret qu'il était parti quelques jours pIus tôt. En revanche, le Commandante Macedo, le plus luxueux des vapeurs de l'Amazone River Company devait partir le surlendemain. J'y retins une place en première pour moi et deux places en troisième pour mes seringueros. J'aurais fort bien pu leur offrir des premières à eux aussi mais ils ne se sentaient à l'aise qu'en troisième et ils y étaient même fort heureux pourvu qu'ils eussent en poche de quoi boire quand ils avaient soif!

Il s'agissait maintenant justement de retrouver Pablo et Pedro.

Je ne mettais pas en doute un seul instant qu'ils ne m'eussent attendu comme il était convenu, et je pensais bien les retrouver à l'endroit qu'ils m'avaient indiqué, dans la petite casa en planches où ils avaient logé, chez un de leurs amis lors de mon précédent passage dans cette ville. Je partis donc immédiatement à leur recherche, afin de les prévenir que nous partions le surlendemain matin pour Iquitos. Mais une surprise désagréable m'attendait. La petite casa où ils avaient logée avait été vendue.

Personne, dans le voisinage, ne put me renseigner. Pablo et Pedro? On ne connaissait pas ça.

Je rentrai à mon hôtel de fort mauvaise humeur, en me demandant où pouvaient bien être mes deux oiseaux. ;Je les maudissais, mais ils m'avaient toujours été précieux. Et ce n'est pas au pied levé que l'on peut trouver deux seringueros dévoués et fidèles, connaissant bien la forêt, et sachant manœuvrer une pirogue.

A suivre
domi - 417343lui écrire blog Publié le 15/06/2007 à 21:09 supprimer cette contribution
Mais il était trop tard pour que je pusse me livrer à de plus amples recherches. J'allai chez mon ami Gilles de Faucony, en pensant qu'il pourrait peut-être m'aider à retrouver mes lascars. J'appris qu'il était parti la veille pour Rio de Janeiro. Finalement je rentrai dîner, après quoi j'allai me coucher en me disant que j'avais encore toute nne journée pour remettre la main sur mes caoutcheros.

Le lendemain, je me préparais à aller faire le tour des quartiers où je serais susceptible de les rencontrer, lorsqu'une idée me vint. Mon nouvel ami, le chef de la douane, pourrait m'être utile en l'occurrence. Je me rendis immédiatement à son bureau. Je constatai qu'il arborait déjà la cravate que je lui avais offerte, et qu'il l'avait ornée d'un magnifique diamant. .Je lui dis qu'elle lui allait à merveille, puis je lui exposai le but de ma visite. .

- Cher ami, fit-il, ne vous inquiétez pas .... Je vais téléphoner immédiatement à la police, et je serais bien surpris si on ne retrouvait pas vos deux gaillards dans la journée à condition, bien entendu, qu'ils soient encore à Belem ... Donnez-moi tous les renseignements que vous possédez sur eux.

En fait de renseignements, je n'avais pas grand-chose.

J'avais même oublié leurs noms de famille, si toutefois je les avais jamais sus. Je dis au chef de la douane qu'ils s'appelaient Pablo et Pedro. Je donnai d'eux un signalement aussi précis que possible - mais il y avait des tas de seringueros qui avaient à peu près la même allure qu'eux. .Je précisai toutefois, car le détail me parut important, que Pablo avait à la joue gauche une cicatrice très visible - souvenir d'un coup de couteau qu'il avait reçu au cours de quelque rixe.

- Parfait, me dit mon interlocuteur. Avec ça, on doit pouvoir les retrouver. Ne vous inquiétez pas. Ils seront prêts à prendre le bateau avec vous demain matin .. Je vous ferai porter un mot à votre hôtel dès que j'aurai le renseignement.

Je déjeunai ce jour-là avec mon ami Paul Lecointe, le consul honoraire. Et je m'attardai à bavarder avec lui une bonne partie de l'après-midi. Quand je rentrai à l'hôtel, je ne trouvai pas le mot promis.
Les recherches, sans doute, avaient échoué. J'étais très ennuyé, et je me préparais à retourner voir le chef de la douane quand on m'appela au téléphone. C'était lui.

- Cher ami, me dit-il, je m'excuse. Ce fut un peu plus long que je ne l'avais pensé. Mais on a fini par retrouver vos hommes. Ils sont tous les deux serveurs dans un petit café du port qui s'appelle El Caboclo. N'importe quel chauffeur de taxi vous y conduira tout droit. Il n'est même pas nécessaire que vous vous y précipitiez immédiatement, car c'est là qu'ils logent. Aussi vous allez me permettre de vous rendre le whisky que vous m'avez offert hier. Sauf empêchement de votre part, je serai chez vous dans une heure.

Rassuré sur le sort de mes deux «seconds », j'attendis la soirée patiemment. Et je retins à dîner le chef de la douane. Ce n'est qu'après l'avoir quitté que je me rendis au café El Caboclo.
Une soirée pittoresque m'y attendait.

* * *

El Caboclo n'avait vraiment rien de commun avec le bar du Grand Hôtel. Ce n'était pas un «café », mais bien une taverne de la pire espèce. La petite porte de bois était peinturlurée de toutes les couleurs, comme si on avait utilisé, pour l'orner, toute une série de fonds de pots de peinture. Sur une vieille enseigne biscornue, on lisait: El Caboclo. La lumière filtrait entre les planches mal jointes de la devanture. Je poussai la porte et j'entrai. Je fus aussitôt saisi à la gorge par une âcre fumée qui formait comme un brouillard dans la salle au plafond bas. Il faisait, dans cet antre, une chaleur à étouffer, et on y respirait, outre la fumée du tabac, des relents d'alcool.. Mais je ne fus nullement offusqué.

Les endroits de ce genre m'étaient depuis longtemps familiers, et ils sont à coup sur beaucoup plus récréatifs que les bars des grands hôtels et autres établissements chic. Des buveurs étaient assis devant des tables plutôt poisseuses uniquement des hommes. Du premier coup d'œil, je vis qu'ils étaient à peu près tous d'un niveau social comparable à celui de mes seringueros. Mais je n’en fus pas non plus effarouché.

Mon entrée fit sensation une sensation qui, à rebours, était du même genre que celle que j'avais causée quelques mois plus tôt au Grand Hôtel en m'y présentant dans une tenue guenilleuse. Cette fois-ci, au contraire, j'étais vêtu comme un noble caballero. Mais le contraste était le même. Mon costume de chantoung, mes souliers de peau blanche, mon fin panama à large bord faisaient un effet imprévu en ce lieu. Toutes les conversations s'arrêtèrent, et il y eut un moment de silence. Mais bientôt j'entendis un double cri . Pablo et Pedro venaient de surgir avec des bouteilles dans les mains, et ils m'avaient reconnu.
- Patron... Ah! patron, c'est vous! Notre patron est revenu! Ils se précipitèrent vers moi. Ils me serrèrent les mains.


Nous nous sommes embrassés, à l'espagnole, poitrine contre poitrine, avec force claques dans le dos.

Fou de joie, Pablo, sans plus de respect pour le tenancier de l'établissement, lui cria:

- Apporte-nous une bouteille de rhum blanc et trois verres ... Et dépêche-toi! "-

Puis, sans plus de façons, délaissant sur-le-champ leurs fonctions, les deux serveurs s'attablèrent avec moi. Ils étaient assez proprement vêtus, avec une chemise neuve, un pantalon sans trous. Mais, comme à leur habitude, ils étaient pieds nus. Je crois bien qu'ils n'ont jamais mis de chaussures de leur vie.

Pablo, le plus loquace des deux, m'entreprit aussitôt:

Alors, patron, racontez-nous ce que vous avez vu à Paris ... Parlez-nous des femmes ... Parlez-nous du Pernod .Ils avaient mis leurs coudes sur la table, et, le menton reposant dans le creux de la main, ils me regardaient, contents de m'avoir retrouvé.

- Je vous raconterai tout cela pIus tard, leur dis-je, quand nous serons dans la forêt... Tout ce que je puis vous dire maintenant, c'est que j'ai rapporté ce qu'il faut pour faire cinq ou six cents litres de bon pastis.

Je vis leurs yeux s'éclairer. Au fond, ils se souciaient assez peu de ce qui pouvait bien se passer à Paris, et ils ne m'avaient questionné que par politesse. Mais le pastis les intéressait prodigieusement. Ils en connaissaient bien le goût. Mais il y avait longtemps que la provision d'extrait liquide que j'avais lors de mon séjour à la Guyane était épuisée. Maintenant que je l'avais renouvelée, j'allais pouvoir en faire à nouveau une assez grosse quantité; l'alcool est si bon marché en Amérique du Sud, que l'on en trouvait partout.

Je demandai à mes deux seringueros ce qui leur était arrivé pendant mon absence, et pourquoi ils n'étaient plus à l'endroit où je les avais laissés.

~ Ah! Patron, fit Pablo, c'est toute une histoire. Quand vous êtes parti, on s'était promis d'être sérieux, et de faire durer l'argent que vous nous aviez laissé. Mais vous savez ce que c'est... On s'est lancé dans une petite soûlographie, et quand on a eu commencé, elle a duré trois semaines. Ensuite, nous n'avions plus le rond. Pedro et moi, on a trouvé une vieille «tapouille » abandonnée ...

Pablo jeta un coup d'œil en biais à Pedro. Mais je ne bronchai pas.

- On aurait pu faire un peu de pêche ou de transport de fret dans la région en vous attendant, et vous offrir il votre retour une belle «tapouille» remise à neuf. Mais on a eu des ennuis. On finissait justement de la remettre en état quand la police du port est venue nous arrêter. On nous a accusés de l'avoir volée. Mais je vous jure qu'elle était bel et bien abandonnée ... Enfin, on s'est défendu comme on a pu. On a même réclamé le remboursement du travail qu'on avait fait sur la «tapouille ». Et puis on a dit qu'on était à votre service et que ça ferait toute une histoire si vous ne nous retrouviez pas à votre retour de Paris. Enfin ça s'est arrangé. On ne nous a pas mis en prison, mais à condition que nous trouvions un travail régulier.

- On a d'abord essayé au port, poursuivit Pedro, comme débardeurs. Mais c'était trop fatigant.

- Alors, reprit Pablo, on a fini par s'embaucher ici comme serveurs ...

Mais Pablo se rappela brusquement qu'il avait commandé une bouteille de rhum. Il s'impatienta et interpella le patron : Alors, vieux sourdingue, est-ce que tu vas l'apporter cette bouteille? C'est nous, maintenant, qui commandons!

Le patron de l'établissement, qui était un colosse avec une tête de gorille n'eût pas l'air de goûter beaucoup cette plaisanterie. Il hurla:

- Vous deux, vous allez vous dépêcher de reprendre votre service, ou gare à vous!

Mais Pablo lui lança:

- Ferme ta gueule et porte-nous à boire!

Le gorille avait des réflexes prompts. L'insolence de son serveur l'avait mis hors de lui. Il s'avança derrière Pablo et lui asséna sur le crâne un formidable coup de poing qui. mit mon seringueros knock-out pendant quelques secondes. Puis, comme si de rien n'était, il retourna à son comptoir.

Je sentis qu'il allait y avoir de la bagarre. Tous les regards étaient fixés sur nous. Il s'agissait, pour le cas où les choses allaient mal tourner, de ne pas mettre la clientèle contre nous. Je retins Pedro, qui déjà se levait pour aller venger son copain.

- Doucement, lui dis-je. Il ne faut pas que nous nous fassions abîmer, car nous prenons le bateau demain matin pour Iquitos.

Puis je déclarai tout haut, de façon à ce qu'on m'entendît dans la salle :

- N'est-ce pas honteux de traiter ainsi un serveur parce qu'il s'est assis quelques instants avec son ancien patron qu'il venait de retrouver? N'est-ce pas honteux d'assommer les gens sans provocation, en les prenant en traître, par derrière ?

II y eut dans la salle des «mouvements divers», mais je compris très vite que la majorité était de notre côté.

- Oui, c'est honteux, fit un nègre, près du comptoir. Mais il n'eut pas plus tôt parlé qu'il recevait, lui aussi, une « châtaigne» magistrale. Ce fut le signal de la bagarre. Ces Brésiliens ont le sang chaud, et sont souvent prêts à en découdre pour un oui pour un non. J'avais moi-même, assez souvent, et en toutes sortes d'endroits, participé à des rixes de ce genre. Les tabourets commençaient à voltiger, les poings à cogner. Pedro, malgré sa petite taille, apostrophait le patron d'El Caboclo :

- Viens donc par ici, vieux porc, si tu as du courage. Pablo se redressait, empli lui aussi d'une humeur belliqueuse. Mais déjà le gorille se mettait en posture de combat. II retira sa chemise, ne gardant sur le corps qu'un maillot. Ses bras étaient gros comme des gigots. Cognant de droite et de gauche, il fonça sur nous. Pablo, qui était le plus près de lui. fut assommé une deuxième fois. Pedro voulut lui lancer un coup de poing, mais il s'y prit si maladroitement qu'il perdit l'équilibre et alla tomber sur son copain. il me restait donc à affronter moi-même la tornade et ce type avait l'air d'être fort comme un bœuf.

Je n'ai étudié ni la boxe ni le judo, mais je connais quelques coups classiques. L'aubergiste venait de s'emparer d'un tabouret et se préparait à me l'asséner sur le crâne. Tous les coups étaient donc permis. Je lui décochai dans le tibia un magnifique coup de pied bas. II lâcha le tabouret et se cassa en deux de douleur. C'était ce que j'attendais, et j'en profitai pour lui envoyer un solide coup de genou dans la mâchoire. Bien appliqué, le coup est infaillible. Le bonhomme s'écroula. Pablo et Pedro lui sautèrent aussitôt dessus et lui ficelèrent les mains dans le dos avec leurs ceintures.

La bagarre générale avait pris fin depuis l'instant où nous étions aux prises avec notre adversaire. On voulait voir comment allait se terminer ce pugilat. Je criai d'une voix de stentor:
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- Maintenant que l'assommeur est hors de combat, arrêtez la bagarre! On va tous boire à sa santé! C'est moi qui régale.

Cette proposition fut accueillie très favorablement, et avec de gros rires. Je désirais maintenant que tout se terminât bien. J'aurais baissé dans l'estime de mes seringueros, et ils auraient cessé de me respecter si je ne m'étais pas porté à leur secours et si je ne leur avais pas donné une démonstration de mes capacités. Voilà qui était fait. II s'agissait maintenant de passer agréablement la soirée.

-- Pedro, Pablo, leur dis-je, vous allez maintenant reprendre votre service. Il ne faut pas que vous vous quittiez en mauvais terme avec votre patron. Détachez-le. Mettez-le sur une chaise. II va boire lui aussi avec nous. Car la bonne camaraderie est la meilleure chose qu'il y ait au monde.

Mes seringueros obéirent aussitôt. Le gorille était toujours « groggy». Je me saisi d’un pichet d’eau sur le table à côté et versais un peu d’eau sur la tête effondrée du Gorille. Mais dès que Pablo eut apporté une bouteille de rhum, je me hâtai d'en remplir un verre, et je le lui mis sous le nez. Car je craignais encore ses réactions quand il reprendrait tout à fait conscience.

- Faites-lui une ovation! Dis-je aux assistants qui formaient un cercle autour de nous.

- Viva don Pancho! crièrent-ils. Viva don Pancho et le Français!

Don Pancho ouvrit un œil, puis l'autre. Il prit machinalement le verre que je lui tendais et, d'une gorgée, il avala son contenu. Je le lui remplis aussitôt, puis je trinquai avec lui en criant à mon tour: « Viva don Pancho!» Alors un large sourire illumina sa face énorme. La paix était faite. Bientôt les verres s'entrechoquèrent. Don Pancho avait très vite compris que c'était moi qui régalais tout le monde, et que j'étais, en somme, un bon client.

II dit à Pablo de lui apporter sa guitare. II se mit, tout en jouant, à chanter la « Cucaracha », d'une voix remarquablement fausse, mais extraordinairement puissante. Et le Rhum blanc martiniquais coulait... coulait ... Pablo et Pedro n'arrêtaient point de déboucher des bouteilles. Comme il n'y avait pas de femmes dans l'auberge, nous nous mîmes à danser entre hommes, à la façon des marins et des coureurs de forêts.

La pièce était de plus en plus enfumée par le tabac, en tabac en feuille -- aromatisé avec du rhum, du citron et des amandes de CUMARU (1) - que les Brésiliens du genre de ceux qui étaient là coupent au couteau et fument dans leur pipe. L'odeur nous prenait à la gorge, mais c'était une odeur enivrante.

(1) L'amande de curnaru (Coumarourana Odorata Aubl • ou Dipterix Odorata Wild) fournit une teinture antispasmodique et tonique. modératrice des mouvements cardiaques.

Don Pancho se leva et passa sa guitare au nègre qu'il avait assommé un moment plus tôt. Il voulait à toute force danser avec moi. Nous étions maintenant très amis. Il me prit dans ses bras, et m'enleva comme une plume, malgré mes quatre-vingt-dix kilos! Cet homme était d'une force herculéenne, et il faut croire que je l'avais vraiment frappé au bon endroit pour l'envoyer au sol…

Nous passâmes toute la nuit à danser ainsi, à boire, à fumer, à chanter. Quand l'aube fut sur le point de paraître, nous vîmes arriver les clients du matin, des dockers et des marins, qui venaient avaler leur première lampée de Rhum de la journée. Je jugeai qu'il était temps de partir.

Les adieux entre mes seringueros et leur patron éphémère furent touchants. Eux aussi, s'embrassèrent à l'espagnole, avec toutes sortes de démonstrations d'amitié. Don Pancho voulut offrir le « coup de l'étrier », et une nouvelle bouteille de Rhum y passa. Tout compte fait, ce don Pancho n'était pas un mauvais bougre, et nous avions eu une nuit divertissante.

Mais il fallait maintenant s'occuper des affaires sérieuses.

Pablo et Pedro allèrent rassembler leurs hardes, tandis que je montai dans un taxi pour aller prendre mes propres bagages.
a suivre...
domi - 417343lui écrire blog Publié le 16/06/2007 à 18:28 supprimer cette contribution
UN MALTAIS SUR MA ROUTE!

DEPUIS bien des années déjà, "l'Amazone River Company" assurait le transport des voyageurs dans des conditions agréables entre l'embouchure de l'Amazone et Iquitos.

Ses bateaux n'avaient certes pas le pittoresque de l'Adolfo, mais ils étaient plus confortables.

Dans l'immense embouchure du fleuve, parsemée de nombreuses îles que recouvre une végétation luxuriante, une chaleur étouffante, réellement «tropicale », règne toute l'année ici. Sur les rives, de nombreuses petites fermes sont consacrées principalement à l'élevage des bovidés.

Le « Commandante Macedo » était un très beau bateau d'une blancheur immaculée, aux lignes élégantes. Parmi les petits rafiots et voiliers qui naviguaient dans ces parages, il faisait figure de grand seigneur.

Le personnel parlait aussi bien l’espagnol que le portugais, et possédait même des notions d'anglais et de français.Il n'y avait que peu de passagers en première classe, et aucun d'entre eux ne m'inspira le désir de lier particulièrement connaissance. C'étaient des Brésiliens aux visages basanés, très élégamment vêtus de costumes en "drill" blanc, soigneusement amidonnés et qui devaient être des commerçants ou des fonctionnaires. Les deux seules femmes du bord qui accompagnaient leurs maris, n'offraient aucun intérêt.

Je passais donc mes soirées avec Pablo et Pedro qui, des troisièmes classes, venaient me rejoindre après le dîner. Leur compagnie me plaisait davantage.

Avec eux, je retrouvais l'atmosphère que j'aimais, et nous parlions de la forêt, des arbres, des bêtes, des pirogues et des mésaventures qui nous étaient arrivées au cours des deux années que nous avions vécues ensemble. J'aurais pu, évidemment, fréquenter des compagnons plus reluisants, mais ceux-là du moins savaient être drôles, quand ils le voulaient.

Pedro, en particulier, avait un don d'imitation remarquable qu'il exerçait à reproduire les cris des animaux de la forêt, le murmure du vent dans les feuilles, et bien d'autres choses encore.

Durant le jour, à ce moment de l'année, la chaleur et sa terrible réverbération ne permettaient guère de contempler les rives. L'Amazone était trouble, d'une couleur de jujube ou de papier de boucherie. Mais, au moment où le soleil arrivait au terme de sa course, le paysage devenait prenant et mystérieux.

Le Commandante Macedo était piloté par deux Indiens à la vue perçante, qui connaissaient admirablement tous les bancs de sable du fleuve. Ils viraient de temps en temps pour éviter des arbres entiers arrachés aux berges et flottant quelquefois entre deux eaux, à peine perceptibles à l'œil. Ils piquaient d'une rive sur l'autre pour raccourcir le trajet ou pour s'écarter des courants trop forts.

J'avais demandé au capitaine du bateau quelle était la rive que nous longerions le plus souvent, et j'avais installé ma chaise longue de ce bord-là, afin de mieux goûter la vue de la monotone mais splendide bordure végétale du fleuve, composée de toutes sortes d'arbres et de plantes dont beaucoup étaient en fleurs. Souvent, on voyait surgir des troupes de singes, ou des perroquets géants aux bariolages incroyables. Parfois un énorme anaconda (le boa d'Amérique du Sud) dormait sur un petit coin de berge dénudée, tout près de l'eau.

Deux ou trois fois par jour, dans la masse de cette verdure mouchetée de fleurs multicolores, nous apercevions, montée sur de hauts pilotis, la casa de quelque petit propriétaire ou éleveur de bœufs.

Dès que nous fûmes sortis de l'estuaire, après un jour complet de navigation, la végétation devint plus dense, plus sauvage, les animaux plus nombreux, les parfums plus entêtants: Odeurs de décomposition végétale, de bois pourri, de feuilles macérant dans les marécages, odeurs des troupeaux de cochons sauvages, ou des singes nauséabonds; mais aussi, dominant cet extraordinaire mélange, la senteur des fleurs les plus rares, celle des fruits, celle des végétaux en croissance et des milliers de sèves, celle des innombrables variétés d'essences exotiques qui forment cette immense jungle en moiteur où tous les parfums de la terre sont mêlés en un cocktail d'arômates mystérieux et ensorcelant.

Taillées dans de gros troncs d'arbres, des pirogues qui, à quelques détails près, étaient analogues à toutes celles qui sont utilisées sur les fleuves et les rivières tropicales- passaient de temps en temps près de nous.

On voyait émerger de ces embarcations des bustes nus ou vêtus de courtes chemises de cotonnade, et des têtes brunes coiffées du monumental sombrero de paille brésilien. Ces pirogues, actionnées par des pagaies longues et de forme simple, glissaient le long des rives, se faufilaient à une vitesse vertigineuse entre les remous, coupaient le fleuve d'un bord à l'autre, avec une extrême habileté. Toutefois, parmi leurs occupants, ceux qui avaient à remonter le courant, très violent à certains endroits, devaient fournir de pénibles efforts, profitant de temps à autre de quelque contre courant, ou se halant sur quelque branche surplombant la berge; mais ils s'aidaient surtout de lents et puissants Coup de pagaie, gagnant difficilement quelques mètres à chaque tentative. Ces piroguiers de rencontre vont ou reviennent de visiter des parents ou amis riverains, voisins ou éloignés par plusieurs jours de navigation.

On croisait également, au fil de l'eau, des radeaux en bois précieux formés par des troncs d'arbres assemblés au moyen de lianes grosses et souples. Petits ou grands, ces radeaux groupaient parfois cent ou deux cents troncs de plus de trois mètres de long et d'un mètre de diamètre. Plus ou moins au centre de ces îlots flottants, se dressait une paillote de bambous et de feuilles de palmier sous laquelle les convoyeurs de ce train de bois venaient à tour de rôle se reposer ou s'abriter du soleil et de la pluie.

Les jours passaient, paisibles et agréables. Je n'avais d'autre occupation que celle qui consistait à faire honneur à ces plantureux repas brasileros où l'on voit rituellement apparaître, comme plat de résistance, l'assiette de haricots rouges et le riz à l’eau. Je faisais de longues siestes, je bavardais avec Pablo et Pedro, je me grisais du paysage et du calme que nous apportait parfois l'heure du crépuscule, quand une pluie diluvienne venait imposer silence aux innombrables cris, chants et plaintes de la Selva.

Deux jours avant que nous arrivions à Iquitos, le Commandante Macedo fit halte devant une minuscule clairière qui s'ouvrait entre des arbres géants. On apercevait quelques cases de paille. C'était la léproserie péruvienne de San Pablo.

Bientôt une pirogue se détacha de la rive. Un blanc était debout, au centre de la petite embarcation. Deux Indiens, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, la manœuvraient.

J'appris que c'était le fameux docteur Gomez-Acevedo, le médecin des lépreux, qui venait prendre place comme passager à bord de notre bateau. Le docteur Acevedo est un espagnol qui, beaucoup plus par pitié et par amour de la science que par intérêt, soigne les pauvres êtres frappés par le terrible mal. C'est également un chirurgien réputé.

La pirogue se rangea le long de la coque de notre vapeur et le médecin, impeccablement vêtu de blanc, monta à bord. Au moment où il franchissait la coupée, les passagers accoudés à la rambarde reculèrent instinctivement: Les deux Indiens qui l’accompagnaient étaient lépreux. Leurs visages, sans lèvres, presque sans nez, aux yeux boursouflés, n'avaient plus rien d'humain et le médecin espagnol, simplement, sans gêne ni ostentation, leur avait serré la main en guise d'adieu.

D'un bond, il fut sur le pont, cependant que le vide s'élargissait autour de lui. Seul le capitaine vint à sa rencontre, la main amicalement tendue sans aucune répugnance.

Acevedo eut un sourire dénué de toute contrainte:

- Caramba ! dit-il d'une voix forte. Tous vos passagers, commandant, s'imaginent que j'apporte la lèpre à bord! Dites leur donc que cela ne s'attrape pas par un simple contact.

Mais, jusqu'à notre arrivée à Iquitos, ceux-ci devaient continuer à observer la même attitude, s'efforçant toujours de ne pas se trouver sur le passage du "médecin des lépreux".

Pour ma part, j'éprouvais aussitôt la plus grande estime pour cet homme jeune et fort, perdu dans la forêt vierge et qui se dévouait pour soulager une des plus terribles misères humaines.

NdD: Voyez les benêts qui voient des blancs racistes PARTOUT, comme depuis TOUJOURS, le blanc bien souvent apporte la miséricorde et le soulagement à ces populations perdues et miséreuses… Constatez PARTOUT vos erreurs! Ca ne date pas d’hier ce récit date de 1934!
Bon, je reprends ce récit original:


Ce soir-là, je dînai avec lui en compagnie du capitaine. Et je pus apprécier ses belles qualités d'intelligence et d'abnégation. J'avais déjà connu dans ma vie plusieurs "médecins des lépreux", qui tous étaient des hommes admirables.

J'avais vu notamment, au Cameroun, à Oyen poste situé non loin de la frontière nord du Gabon, un militaire français, le lieutenant Repiton, qui, aidé de sa femme, soignait les lépreux avec un incomparable dévouement sans pour cela être atteint du terrible fléau.

Le docteur Acevedo devait par la suite devenir un de mes amis. Je ne le rencontrais que de loin en loin, dans cette vaste Amérique Latine, mais c'était toujours avec le plus vif plaisir.

La dernière fois, nos chemins se croisèrent à Lima, en 1951. La fortune lui avait souri. Il venait de passer deux années pénibles dans la jungle, avec sa jeune femme, le long d'un affluent de l'Amazone. Mais un peu avant de partir, ils avaient découvert de l'or, beaucoup d'or. Parfois la nature récompense les homme bons. Mais c’est rare.

Le 16 avril, le Commandante Macedo jetait ses amarres sur le petit appontement de bois d'Iquitos, que les habitants de la ville appelaient assez pompeusement el puerto – (le port.)

Il y avait là une petite foule composée de notabilités: des militaires, dont les uniformes ressemblaient à s'y méprendre aux uniformes français, des commerçants, raides dans leurs costumes de cotonnades blanches trop amidonnées, des fonctionnaires, vêtus de serge noire et coiffés de feutres également noirs malgré la chaleur torride, et quelques jolies jeunes femmes, des brunes « Loretanas » en robes bariolées et gaies. On voyait aussi des "péones", indiens et métis.

En veston noir et chapeau de feutre marron, suant et soufflant, une canne à la main, on pouvait remarquer M. Schuher, consul honoraire et commerçant en peaux de bêtes, en sève pour le chewing-gum et autres petits produits locaux.

Je n'avais point vu une telle affluence lorsque j'étais arrivé, quelques mois plus tôt, par l'Adolfo. Il est vrai que l'Adollfo n'était qu'un vulgaire rafiot à côté du
"Commandante Macedo".

* * *

Je gagnai immédiatement le petit hôtel où j'étais descendu lors de mon précédent séjour à Iquitos. Et j'envoyai aussitôt Pablo à la recherche de mon ami Paul Lescuyer. Je recommençais à me faire du souci au sujet de ma demande de concession. Où en était-elle? N'y avait-il pas eu des bâtons dans les roues, comme me l'avait fait redouter le préfet? J'avais hâte de savoir.

Paul Lescuyer ne tarda pas à venir me rejoindre.
Je compris aussitôt à sa mine qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.

Mais c’est à suivre…
domi - 417343lui écrire blog Publié le 09/08/2007 à 01:01 supprimer cette contribution
La suite bientôt
2381954 Publié le 19/12/2008 à 21:55 supprimer cette contribution
A suivre oui mais quand ? Le Domi s'est endormi
domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 12:38 supprimer cette contribution
Je sais
j'ai eu on GROS Pb avec mon portable (DD hs)

Et j'ai perdu TOUT ce que j'y avais écrit (bien fait pour moi, refiler tout cela sur un CD eut été un peu plus malin.)

J'avais terminé "Regain" et ce texte aussi et devais le poster et paf...

J'ai changé de PC et racheté un DD pour l'autre car il fonctionnait très bien encore et me suffit mais je n'ai plus trop le temps en ce moment.

Pour "Regain" faut que je réécrive TOUT! Aucune trace et pour ce livre assez rare puisque tiré uniquement à 8000 exemplaires faut que je re scanne TOUT en OCR, plus corrections, ce qui prends ENORMEMENT de temps. Que je n'ai pas en ce moment

Mon Histoire de Napoléon 3 pareil j'en ai récupéré l'essentiel ICI d'ailleurs.

Mais bon ce n'est pas très important mon travail par contre j'avais sauvegardé sur CD RW ... HEUREUSEMENT.

Désolé.
Paganel, antisémantique - 980920lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 12:39 supprimer cette contribution
Citation:
Et j'ai perdu TOUT ce que j'y avais écrit (bien fait pour moi, refiler tout cela sur un CD eut été un peu plus malin.)
Les clés USB ne sont pas faites pour les chiens, et sont bien plus commodes à utliser - et surtout à transporter - que les CD.



Corsair Flash Voyager - Clé USB 2.0 4 Go (garantie constructeur 10 ans)

17,55 € TTC (115,12 FF)

et on n'en parle plus, de tes histoires de backup !

1,75 € par an. Même pas 15 centimes par mois !
Paganel, antisémantique - 980920lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 12:43 supprimer cette contribution

Ouais, on peut aussi avoir un perforateur de cartes ou de ruban, tant qu'on y est
Paganel, antisémantique - 980920lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 12:49 supprimer cette contribution

Je précise pour ceux qui s'inquiéteraient que la clé USB et le DD ne sont pas photographiés à la même échelle.
1881890 Publié le 29/12/2008 à 12:54 supprimer cette contribution
Citation:
n'empêche que je préfère mes dd

pareil, j'ai le meme
mais j'utilise aussi les clés USB

domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 13:11 supprimer cette contribution
Je le sais cela j'en au une de 1 G cela me suffit mais je suis étourdis

j'oublie de le faire souvent je perd les N° de tel et des tas de trucs c'est comme ça.

depuis tout petit on me dit il est dans la lune heureusement qu'il a sa tête accrochée sur ses épaules etc..

Tu ne saura JAMAIS combien j'ai loupé de RDV coquin je me trompe de jour ou de lieu.

un jour (le pire j'étais à Brest, j'y arrive vers 14 heures pour une affaire sérieuse avec un client. je traite mon affaire prends ma commande et j'avais donné RDV à une jolie jeune femme rencontrée à Paris lors d'un Salon où j'exposais. Tu sais ce que c'est on discute on s'invite à la cafette pendant que l'autre garde le stand et connaissant un super château Hôtel un peu lupanar à Poitiers, je l'avais appelée peut après pour lui donner RDV à la gare de Poitier; car

c'était une ingénieur commerciale, femme de tête Bcbg mais vraiment très attrayante intelligente et tout quoi, le piège biologique parfait quoi... J'adore.

La nana toute gaîte prends son vanity case et zou la voila à la gare... Mais j'avais pas regardé la carte (j'les regardent rarement) quand j'ai dit vers 18 h à mon client "excusez moi faut que je file à Poitiers" le mec me regarde et me dit mais vous savez ou c'est?

j'lui répond ,bof avec ma RX5 ça va aller... Tu parles! J'suis arrivé, la pov gosse avait avalé 6 cafés, l'était toute énervée, tout juste si elle ne m'a pas demandé de lui payer le billet de retour pour Paris de suite!

Bon je me suis excusé mettant ça sur le dos de ce client (en plus j'avais pas le tel du bar de la gare et pas de portable ou rares à l'époque) mais bon nous sommes arrivé vers 23heures, rien mangé bien dormis chacun de son côté(tu sais comment elles sont ) Le lendemain on a BIEN mangé j'lui ai fait la totale gentil mignon et le reste du WE fut torride quand même, les femmes sont formidables mais ne crois pas que ce soit exceptionnel, je suis étourdis et puis c'est tout.
Mais c'est sur que parfois c'est Chi*ant

( Y font des crêpes flambées dans leur resto attenant à cet hôtel, super bonnes)Les murs son tapissés c'est très cosy, elles adorent
en plus les chambres donnent sur le Parc les oiseaux gazouillent en fait c'est idéal.
2422872 Publié le 29/12/2008 à 13:16 supprimer cette contribution
ben vi ma clé usb fait 8GB
elle me sers a pomper les patchs ailleurs que chez moi ou je n'ai pas encore l'adsl
domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 13:20 supprimer cette contribution
8G? je ne savais pas que cela existait
en Flash cela doit couter cher même avec des temps d'accès lents non?

Moi je ne suis pas un fan de vidéo donc 1 Giga me suffit amplement.

Il reste u' une VRAIE sauvegarde ne se fait ni sur de la mémoire flash statique ni sur un DD amovible qui à TOUT moment, peut beuguer!

Seul les disques optiques peuvent se reveler infaillibles faut en faire DEUX de deux marques différentes et ne pas graver VITE! (x8) là c'est béton encore faut-il y penser...

Au fait xiane, merci pour le retour sur ONES Le MEILLEUR logiciel de gravure de tous les temps.

(il est tellement bon qu'il ne va plus être vendu puisqu'il fait TOUT même le blue ray) Ça dérange!

Ma copine sur son Viao rose, plus de PB depuis que je lui ai installé. L'autre (roxio ou sonic je crois) elle plantait une fois sur 5!
Merci quand même.
2422872 Publié le 29/12/2008 à 13:23 supprimer cette contribution
ben non 30 euros , a peu pres
c'est pas tres rapide evidemment, mais bon
plus pratique qu'un DVD
1881890 Publié le 29/12/2008 à 13:25 supprimer cette contribution
Citation:
ça dépend de ce que j'ai à stocker et/ou trimballer en fait !

vala
Pour info, j'ai eu des soucis à connecter mon DD ext. sur un multi-ports USB. Apres infos sur le web, j'ai connecté direct au Q du PC et ça a marché parfaitement.

2422872 Publié le 29/12/2008 à 13:27 supprimer cette contribution
ah ben oui le plug /play ne s'etends pas jusqu'aux hubs
1881890 Publié le 29/12/2008 à 13:27 supprimer cette contribution

ben c'est pas intuitif

2422872 Publié le 29/12/2008 à 13:30 supprimer cette contribution
je sais certains perifs ne fonctionnent pas sur les hubs a cause de ça et que je saches il n'existe pas de moyens de les declarer
le plug/play a ses limites , et ce sont d'ailleurs ces limites qui me pourissent la vie sur les E/S DVI/HDMI de mon installation
1881890 Publié le 29/12/2008 à 13:37 supprimer cette contribution

et un fil de pourri ! un !!

2422872 Publié le 29/12/2008 à 13:38 supprimer cette contribution
domi - 417343lui écrire blog Publié le 29/12/2008 à 21:12 supprimer cette contribution
On s'en fiche lorsque je serai prêt à finir ce super récit Zou je te virerai tout cela voilà voila.
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