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UNE HISTOIRE SIMPLE

Impression :

(Détail)
PROLOGUE

Autrefois, lorsque je retournais dans la petite ville où je suis né, j’allais visiter ma famille, mes parents et mes frères qui n’avaient jamais quitté la région, mais aussi ces amis d’enfance que je retrouvais par hasard au coin d’une rue ou dans les recoins d’un bistrot. J’y retournais toujours avec le secret espoir d’y trouver une bonne raison de rester et de ne pas repartir vers ma vie qui ne m’offrait pas à cette époque le minimum de volupté qui se charge de vous faire accepter tout le reste.
Dès mon arrivée, dans le domaine familial, nous passions un moment à visiter les derniers changements de la propriété, on se retrouvait autour du repas que la mère, en mon honneur agrémentait souvent d’un gigot d’agneau. Le simple souvenir de ces moments simples et chaleureux m’emplit de joies et de nostalgies. Pourtant, j’avais hâte de les quitter, j’étais pressé de partir pour aller flâner dans les rues du village. Eux, mon père, ma mère, mes frères, étaient là, immuables, je pouvais les retrouver à tout moment, mais le village regorgeait d’informations, de gars, de filles, de nouvelles rencontres qui pouvaient changer ma destinée. En général, j’attendais le moment ou mes parents, installés devant l’écran commençaient à montrer des signes évident de sommeil, je me levais négligemment en leur annonçant que j’allais faire un tour, ma mère; la louve, me donnais les mêmes recommandations que lorsque j’étais adolescent, je l’embrassais, la rassurais et partais rejoindre en courant ma voiture de peur que l’on me rappelle pour de futiles raisons.
Je me souviens que je prenais toujours le même itinéraire. Je prenais la route des « granges» avec l’idée d’y d’apercevoir quelques gibiers sur les routes de ma Touraine, je tournais autour du village pour y repérer des changements, une maison de plus au milieux d’un champ de pommiers en moins, un nouveau sens giratoire, une multitude d’informations que j’aurais sans doute à commenter plus tard dans la soirée avec l’air débonnaire de celui qui sait tout de ce qui se passe et qui semble n’avoir jamais quitté les lieux. Je pouvais circuler ainsi pendant une heure ou deux tant que je n’avais pas accumulé un maximum d’informations entre mon dernier séjour et ma « ré apparition ». J’arrivais enfin « Place de la République », je stationnais ma voiture toujours au même endroit, assez loin pour que l’on ne la reconnaisse pas, assez près pour qu’on la devine. Je sortais en prenant le temps de vérifier le verrouillage de toutes les portières en espérant qu’un vieux copain vienne à ma rencontre. Rare sont dans ma mémoire les moments où les copains sont venus à ma rencontre. Il m’a fallu du temps pour comprendre que l’absence et la distance avaient petit à petit créés des distorsions dans nos relations, que l’alcool au cours d’une soirée pouvait faire oublier un instant mais qui étaient réelles.
J’entrais dans le bistrot, avec l’attitude de l’habitué et l’œil de celui que rien n’étonne tant il appartient au paysage. J’allais de tables en tables saluer les personnes que je connaissais. Je m’attardais un moment avec les uns, un moment avec les autres, aux aguets du moindre signe qui m’aurait montré qu’ils me considéraient toujours comme l’un d’entre eux. Je les avais connus enfants, adolescents, ils étaient devenus des adultes avec des histoires dont j’avais perdu le cours ils étaient ceux auxquels je me raccrochais pour une seule et unique raison « Nous avions l’enfance en partage ».

Chapitre 1
J’ai perdu ce besoin de reconnaissance et bien d’autres choses encore. Aujourd’hui, je me contente de ce qui se passe au jour le jour. Les évènements qui remontent à 6 ans m’ont plongé dans ce que les spécialistes nomment une apathie. Je n’ai simplement envie de rien, sauf de silence et de solitude. Rien de ce qui rempli la vie de mes contemporains ne m’excite. Ni la musique, le cinéma, la politique, les voyages, rien ne provoque plus chez moi cet engouement que j’éprouvais autrefois pour des petits riens. Je fais les choses pour m’occuper, pour chasser le temps qui passe, pour fuir l’ennui et occasionnellement gagner quelques argents pour me nourrir. Je suis devenu un ours.
Quand mon activité de consultant informatique me propose une activité de développement sur une longue période, je retourne au pays, dans mon trou, un habitat troglodytique, qui filtre tous les bruits du monde. Pas de télévision, pas de radio, seul le crépitement du feu de la cheminée me convient. Là, je travaille sans relâche pendant de longues périodes, ponctuées par les quelques repas que je prends avec mes parents. Ils ne me posent pas de questions.
La propriété familiale est adossée à un coteau face à la vallée de l’Indre, dans cette portion que l’on nomme la « Vallée du Lys » en référence à Balzac qui s’est ennuyé un siècle plus tôt au même endroit. Lui fuyait ses créancier, moi, je fuis mon existence.
Je continue d’aller à la pêche, probablement parce que je suis bon dans cette activité. Aujourd’hui, le temps est à l’orage, il ne devrait pas éclater avant le début de la soirée. Idéal pour le sandre. Direction Huisme, cela fait un an que je n’ais pas traqué dans ce secteur. En général, je sélectionne des lieux difficiles d’accès, cela m’assure une garantie de solitude, un pari sur le comportement moyen de mes contemporains. Mon vieux 4X4 est idéal pour ce genre de terrain, boue, branches, souches, il passe là ou les autres renoncent ou cassent. Ce coin que j’ai nommé « Le bout du monde » il y a une vingtaine d’année n’est accessible qu’en été et encore, pas tous les ans.
Il y a une dizaine d’années, j’aimais inviter mes amis à découvrir cette portion de Touraine entre Loire et Vienne, j’étais capable de raconter avec détails l’histoire de cette région de l’antiquité à nos jours, de prendre plaisir à partager ces paysages et ses richesses. Aujourd’hui, je reviens sans doute car cela me rassure, parce que je connais et que je suis devenu indifférent à toute forme de nouveauté. Ici c’est forcément mieux qu’ailleurs.
Après avoir longé la digue de la Loire vers l’Ouest, je pique au sud vers le lit de l’Indre, à l’endroit où les deux vallées se confondent et n’en font plus qu’une. Le sentier qui mène « au bout du monde » est pratiquement effacé par l’absence de l’homme qui déserte peu à peu les zones inondables.
Ici, les paysages changent au rythme des crue, les berges disparaissent un temps, reviennent, s’effondrent, se reforment sous la main chaotique d’une nature qui se joue des terres molles comme les enfants de la pâte à modelé. Voir le monde changer au travers d’un bout de terre, sans l’intervention de l’homme est effrayant pour certains et rassurant pour moi.
Cependant une trace récente dessine un sillon dans l’herbe haute…
La dernière crue à légèrement modifiée le paysage. Un banc de sable s’est formé à la base des racines aériennes du vieux saule, un léger courant caresse la pointe de cet entrelacs de végétal et de minéral parfait pour attirer les petits blancs qui sont la nourriture de mes cibles. Mon regard est attiré par une zone où l’herbe est couchée sur une surface de la taille d’une petite toile de tente. Plus loin dans le sable les traces d’un feu. Il est récent, de ce matin, les cendres sont encore chaudes. Le lieu est propre, aucune autre trace de passage d’humain dans mon « Bout du Monde ». Merci l’étranger, je n’ai pas envie d’être en rogne aujourd’hui.
Je ne déballe pas mon matériel, j’observe tour à tour le cours de l’onde qui progresse lentement au fil d’un courant léger, le frémissement des feuilles, le comportement des araignées d’eau, j’écoute attentivement le piaillement des oiseaux.
Je suis assis, immobile au pied du saule dans cette lecture contemplative, quand le bruit d’un moteur en provenance du sentier m’oblige à sortir de ma torpeur et réassemble un à un les éléments de ce que je suis : un homme primaire aux aguets.
Le bruit est plus distinct, c’est une moto qui se rapproche.
Je ne suis pas inquiet, en général les amateurs de ce genre d’endroits n’aiment pas partager l’espace. S’il est occupé, ils font demi-tour et vont rechercher un coin moins fréquenté. Cette réaction m’amuse toujours, l’homme aime l’anonymat dans la foule, il n’aime pas être en situation d’être identifié comme unique. Etre seul face à un inconnu, hors de son territoire est une obligation d’avoir à se livrer, se présenter, de respecter la règle, décliner qui l’on est et d’où l’on vient.
Le bruit se rapproche, le 4X4 est visible mais pas moi. C’est effectivement une moto qui avance lentement et m’apparait partiellement au travers des branches plongeantes de l’arbre. Le moteur s’arrête, le conducteur en combinaison noire intégrale assis sur son engin observe le vieux 4X4 et scrute le secteur en cherchant une éventuelle présence humaine. Il descend, pose la béquille et avance lentement dans ma direction en enlevant son casque. Je tourne la tête vers la rivière et fixe un point sur l’autre rive… je ne suis pas là pour faire la conversation. Les pas hésitent, s’arrêtent et se dirigent directement vers moi, je ne bouge pas, je reste immobile, imperméable, telle une statue de marbre face au temps. Je sens dans mon dos le regard de l’autre qui me devine sous le voile du saule, marque une pause, j’entends une respiration que je n’arrive pas à interpréter et une voix hésitante vient casser cette situation que j’ai déjà rendue difficile par mon attitude.
« Bonjour ! » Ce n’est pas une voix d’homme, c’est une voix de femme, hésitante, délicate, sonore et cependant déterminée. Je tourne la tête lentement. Je découvre le visage d’une femme d’une quarantaine d’années. Je fais un signe discret de la tête sous forme de salutation sans prononcer un mot puis mon regard se dérobe et reprend sa position initiale, dans le lointain. Le silence qui s’ensuit est en général fort désagréable pour mes vis-à-vis. Le rôle du rustre me va comme un gant. La voix revient à la charge : « Excuser moi de vous déranger, je voudrais savoir si vous compter rester ici longtemps ? »
La question provoque chez moi un mouvement du corps identique à une piqure de guêpe, seules mes épaules se sont tournées vers l’intruse, c’est un loup qui vient de se mettre en garde, une garde qui précède une attaque.
La stupéfaction que provoque la question sur mon visage et le mouvement de mon corps la fait reculer d’un pas, je n’ai pas encore prononcé un mot qu’elle enchaine :
« Pardonnez moi pour le côté direct de ma question, en fait j’ai une panne sur ma moto que je dois réparer et je me propose d’attendre votre départ pour commencer ce boulot bruyant afin de ne pas vous déranger ».
J’ai la science du silence dans les conversations, cela dérange et abrège les débats. Je me décide enfin à répondre :
« Pourquoi ici, au bout de nulle part ? Y’ a pas assez d’endroits civilisés pour la mécanique ? »
J’ai utilisé la fréquence « Pécore »
Elle me dévisage un bref instant et me désigne un roncier derrière mon 4X4.
« J’ai campé ici cette nuit, j’ai caché mon matériel derrière les buissons et je suis allée faire un essai, je devais absolument revenir ici mais cette fichue machine n’ira pas plus loin tant que je n’aurais pas réparé. »
Je lui répond d’une voix monocorde :
« J’ compte partir juste avant l’orage ».
Son regard évalue rapidement le ciel qui est dégagé :
« Un orage ? Aujourd’hui ou demain ? »
« Dans une heure au plus tard. J’ vous conseille de remonter le sentier d’une centaine de mètres car l’endroit s’ra pourri pour huit jours après l’début d’ l’orage »
Elle prend son temps, me regarde avec insistance, son regard est profond, dérangeant.
« Vous dites ça pour que je vous foute la paix ou j’ai raté un épisode ? »
Dit elle lentement en pointant un doigt vers le ciel sans détacher son regard du mien.
Je me trouve ridicule, crétin, déplacé, je me sens très con et poursuit en reprenant mon expression naturelle :
« Nous allons avoir un gros orage, je ne plaisante pas. Je n’ai pas pris la peine de sortir mon matériel de pêche… ce n’est pas un hasard. »
Le changement de personnage ne l’a pas du tout étonnée, je me suis mis dans la situation du crétin, elle m’y laisse…
« Comment pouvez vous affirmer une chose pareille ? Le ciel est dégagé ! »
Je prends une profonde respiration avant de répondre :
« Vous ne voyez qu’une partie du ciel, au Sud ouest, vous ne voyez rien, tout est caché par le coteau, c’est de là que viennent les orage par ici…regardez, les araignées d’eau ont disparues, on entend pratiquement plus les oiseaux, il n’y a pas un souffle de vent, si vous prenez le temps de regarder les branches du saule, vous verrez que les chenilles ne sont plus sur les feuilles mais à l’abri sous le bois des branches… Ce sont des signes qui annoncent ce que vous ne voyez pas encore.»
Elle n’a pas cessé de fixer mon regard pendant ma tentative d’ explication, je réalise que je viens de jouer au mec qui prédit la météo en regardant une grenouille dans un bocal, cette situation commence à m’emmerder sérieusement.
« Je ne plaisante pas, je vais vous aider à déplacer vote engin et je vous propose de vous laisser au premier village à quatre kilomètres d’ici avant le début du déluge.»
Elle fixe toujours mon regard, ses yeux sont clairs, presque gris, le contraste avec le noir de sa chevelure est saisissant, le visage est fin, la ligne du cou disparait dans la coque de cuir sans forme de la combinaison.
« C’est gentil mais je pense que je peux me débrouiller seule».
Elle a répondu lentement en détachant chaque mot puis elle se retourne et se dirige vers sa moto dans une démarche pesante de cosmonaute plantée dans des bottes renforcées de métal.
Je l’interpelle en insistant :
-« Surtout, déplacer votre engin un peut plus haut dans le chemin car cela sera vite impraticable ! ». Elle me répond en levant la main sans se retourner, ce geste peut se traduire par un remerciement aussi bien qu’une invitation à aller me faire voir chez les ploucs. Les minutes passent, je l’entends s’agiter sur sa bécane, bientôt c’est un concert de percussions métalliques de plus en plus sonore, de plus en plus nerveux, chaque coup devient distinctement plus désespéré avant de finir dans une apothéose, un cri magistral… « Merde ! Merde ! Merde ! » Le silence reprend ses droits quelques secondes avant d’être interrompu par le lointain premier grondement de tonnerre. Je suis resté figé dans ma position en ressassant le fait que j’ai horreur d’expliquer les choses et que je n’aime pas négocier les évidences. Le bruit des pas revient dans ma direction cette fois je me retourne avant qu’elle ne m’interpelle et je lui lance avec toute l’ironie don je suis capable. « Alors ? ».
« Les araignées et les chenilles ont raison ! Je crois que je vous dois des excuses. J’espère que votre offre tient toujours car mon engin n’ira plus nulle part aujourd’hui et je suis incapable de le déplacer seule sur ce terrain en pente ». Je me lève lentement et me dirige vers le 4X4 sans rien dire. J’ouvre les deux battants des portes arrières et me dirige vers la moto en disant : « Entassez votre matériel dans la charrette du plouc pendant que je déplace votre carrosse, ensuite je vous dépose à Rigny Ussé chez un ami qui a un hôtel. » Le ton est incisif, sans appel, celui que j’utilise pour dire ce qu’il faut faire, qui n’attend aucune réponse. Aucun verbe en réponse, uniquement un mouvement vers les buissons, cela me convient.
Il me faut un temps fou pour déplacer l’engin qui est lourd et peut maniable dans ce sentier. C’est un modèle tout terrain, un gros cube. L’air est lourd, humide, pesant, j’arrive avec peine à bloquer la moto contre le tronc d’un peuplier et je reviens vers la voiture essoufflé et trempé de sueur. Elle m’attend près de la voiture, elle a déposé un sac à dos et un sac de voyage dans le coffre. Je referme les portes en disant : « Dépêchons nous de sortir d’ici, cela va être violent ». Sans rien dire elle monte et s’installe, aussitôt, le ciel s’obscurcit au dessus de nos têtes, je démarre lentement, la boîte de vitesse craque comme d’habitude en passant la seconde et nous nous arrachons lentement de ce paradis qui va rapidement devenir un enfer. C’est en arrivant à la route qu’elle se tourne vers moi, je sens de nouveau le poids de son regard sur moi, de nouveau j’éprouve la même gêne, heureusement qu’elle enchaîne avec une voix hésitante. « Même si vous faites tout pour paraître désagréable, je vous remercie de votre aide, vous me sortez d’un sérieux pétrin »
Malgré moi, j’esquisse un sourire et je lui réponds : « …ceinture ».
« Il n’y en a pas, votre tacot est plus ancien que le port obligatoire de la ceinture, à l’époque c’était sans doute une option… Ceci dit, faites attention, vous avez failli sourire, cela peut devenir une petite manie, voir une sale habitude… » .
Je ne réponds rien, je me retiens et j’éclate de rire.
« Vous êtes une drôle de bonne femme, vous me faîtes plus parler en dix minutes que je ne le fait en un mois, vous me faîtes comprendre en cinq secondes sans prononcer un mot que je suis le dernier des ploucs, vous critiquez ma bagnoles qui vous sauve la peau et pour finir vous arrivez à me faire marrer ! Qui êtes vous? Une extra-terrestre?
« C’est vrai que nous ne nous sommes pas présenté…je suis Véronique »
« Enchanté Véronique, je suis Boris… je vais vous laisser chez un ami qui dirige un hôtel sympa dans ce village, nous y sommes dans une minute ».

La façade de l’hôtel est anodine, une petite construction d’un étage de style XVIème, avec la carotte « tabac » au dessus de la porte. Nous descendons du véhicule au moment ou les premières goutes d’eau commencent à s’écraser mollement sur le bitume.
Nous entrons, à première vue, c’est un bistrot de campagne avec un vrai zinc, Eric est derrière son bar en train d’essuyer des verres .
« Boris ! Un revenant ! Comment vas-tu pêcheur solitaire ? »
Eric est un type que j’aime bien, sous son aspect fluet, il y a une véritable force chez cet homme, une volonté et une endurance hors du commun, il suffi de croiser son regards pour savoir que l’on a en face de soi une véritable personne. En quelques années, il a transformé ce bar de village délabré en hôtel de bonne catégorie avec une table gastronomique de qualité.
-Je te présente Véronique, je viens de la sortir du marais, elle est en panne de moto, ton frangin est dans le secteur?
-Il sera de retour dans la soirée, qu’est ce que tu lui veux?
Je sort une carte et un crayon de ma poche de treillis.
- Il faudrait qu’il aille à cet endroit avec un plateau pour récupérer la moto de Véronique. As-tu une chambre de libre ?
- Désolé mon vieux, je suis complet, c’est la semaine du 15 août. Ton frère est complet?
A l’attention de Véronique : « Le frère de Boris tient des chambres d’hôtes à Azay- le- Rideau. »
-« Je ne sais pas. Il ne me parle pas souvent de son affaire. »
-« Attends je l’appelle. . »
En se tournant vers Véronique. C’est le seul homme que je connaisse qui se refuse à avoir un téléphone portable. D’après lui, si on désire avoir de ses nouvelles il faut se déplacer et de plus tomber sur un bon jour… !
En souriant Véronique répond : « Son côté ours n’est donc pas une exclusivité réservée aux dames ? »
-« Pas vraiment, ceci dit vous avez de la chance qu’il ne vous ait pas abandonnée dans la cambrousse. Il en est capable. »
-« Je suis convaincue d’avoir beaucoup de chance. »
-« Eric, tu n’as pas l’air très malin avec ton téléphone dans la main, si tu passais en mode action ? »
-« Installer vous dans la salle de restaurant, je vous emmène une petite bouteille de Chinon. »
Le contraste entre le bar tabac de campagne et la salle gastronomique est saisissant, comme si on passait d’un château du moyen âge à la galerie des glaces de Versailles. La cheminée Renaissance est allumée, les parquets craquent sous les pas. A l’extérieur, Jupiter fait entendre sa voix. La nuit semble être tombée sur la Vallée, le ciel s’est éteint et la pénombre s’installe lentement dans ce cadre hors d’âge, hors du temps.
Je s’installe à la table la plus proche de la cheminée. Véronique est restée debout, son regard parcours la pièce lentement, se pose sur chaque détails, reprend son chemin, du bas vers le haut, puis continu son chemin jusqu'à faire un tour complet de la salle. Elle s’installe doucement en fac de moi, se tourne vers la cheminée et reste là, immobile et sans voix.
Eric entre, une bouteille et deux verres à la main.
– « J’ai eu Cathy, il y a une chambre de libre, celle du pigeonnier. La porte est ouverte et la clef est à l’intérieur. Ils ne seront pas là, ils partent chez les parents de Cathy pour la soirée . Je vous laisse un moment j’ai encore à faire de l’autre côté. »
Cathy est ma belle sœur, l’épouse de mon frère Alain, ils ont des chambres d’hôtes dans un habitat troglodytique, a un jet de pierre du trou que je me suis aménagé pour travailler hors de Paris. Mon trou est aussi une cave d’habitation. C’est elle qui saisie la bouteille pour remplir les verres, elle le fait d’un geste machinal et précis. Sans rien dire, elle lève son verre dans ma direction et sans rien dire fait un léger signe de la tête. Je lève également mon verre et comme elle, sans rien dire je lui renvoi son salut et me retourne vers la cheminée.
Véronique boit comme un homme, elle tient son verre comme un homme, elle ne jette pas la tête en arrière pour faire couler le liquide dans sa gorge, elle se tient droite. Le silence s’installe ponctué par le craquement du bois léché par les flammes de la cheminée.
Je me décide à rompre le silence, un peut pour réparer mon image d’ours mal léché.
- « Comment trouvez-vous le vin ? »
-« Il est comme ce lieu, il est vivant. Pourquoi ce sourire ? »
J’ai pourtant était discret, en général les femmes n’aiment pas ce genre de vin, trop corsé, trop tannique, en bref trop fort.
- « Probablement parce que je pense la même chose que vous et que je préfère être près de cette cheminée que dehors sous cet orage. »
-« J’ai vraiment pensé que vous vous moquiez de moi avec vos histoires de chenilles et d’araignées d’eau. »
- « Il suffit d’observer et de faire confiance à son instinct. »
Elle me dévisage un moment avec le même regard qu’elle avait pour inspecter la salle du restaurant.
- « Encore merci de m’avoir sortie du pétrin, si j’étais restée là-bas, je n’ose imaginer dans quel pétrin je serais en ce moment, alors que je suis en train de déguster un vin excellent dans un lieu charmant… pour la bouteille, c’est moi qui invite »
-« Soyez gentille, m’emmerdez pas avec ce genre de truc, je suis un ours pécore et macho, j’ai pas envie de changer sous prétexte que vous êtes au sec ».
-«Bien Monsieur l’ours macho, accepterez vous une cigarette ? »
- « Ok pour une cloppe, mais pas plus, j’ai pas l’habitude de me faire entretenir… »
Nous éclatons de rire en même temps…
- «Qu’est ce que vous êtes venue faire dans le coin ? »
- « Disons que j’ai eu envie de prendre le large pendant quelques temps, histoire de me trouver plus souvent seule en face de moi. La moto me permet de voyager en totale indépendance, je roule quand je veux, je dors où je veux, le plus souvent dans les coins les plus isolés, avoir du temps pour soi est un luxe rare, j’en profite. »
La voix de cette femme est calme, les phrases sont courtes, claires, la voix est timbrée avec une nuance enfantine dans les interrogations J’ai toujours été sensible aux voix, j’y décèle souvent le vrai du faux, les non-dits, les craintes. Je ne fais aucun effort, mon instinct m’envoie des signes, une sensation qui n’a pas besoin de mots.


...../à suivre dans quelques temps


Enregistré le 31 Janvier 2011 à 00:54
par 1791949

Oeuvre Originale

Auteur :
Tnatsiser
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