"Drôle c'est vite dit... on va dire que c'est gentillet." Mon père m'a marié à la tailleuse de pierre, une dame de bonne taille, forte, des bras comme des cuisses qui d'une seule embrassade me tordaient les vertèbres. Au dîner, elle engloutissait une dinde entière, avalait mon dessert et, dans un ultime caprice, me broyait les reins d'un coït bien funèbre. Fatigué et courbatu, au divorce j'accourais mais père, sévère, une nouvelle épouse déjà me cherchait. Alors mon père m'a marié à la bucheronne, solide comme un roc, si bien que je fis dulcinée avec ma voix d'eau claire, elle, son rauque de matrone. Oppressante, avec son pas lourd et empressé, je la fis boire, en l'escortant dans son poison ; mais d'un godet à dix, c'est mézigue qui fut rond. Fatigué et déprimé, au divorce j'accourais mais père, fâché, une nouvelle épouse déjà me cherchait. Mais, tenace, mon père me mariait à la charcutière, elle sentait les abats à plein nez quand elle rentrait si bien que tantôt, je devint végétarien. Quelle offense ne faisais-je pas là à ma mégère, alors, pour ne pas contrarier la bête, j' acquiesçais en gobant illico ses porcs, de la patte au groin. Fatigué et molesté, au divorce j'accourais mais père, furieux, une nouvelle épouse déjà me cherchait. Cette fois mon père, décidé, ma maria à une mannequin, faussement cultivée, conne, comme une adulte en couffin, elle cuisinait, flambait, récurait, je m'ennuyait. Cette fois-là, lamentable, du logis je fuguais, je revins, après des mois d'errances, une moitié à mon bras ; celle-ci, bien à moi, crémailler à barbe au malheur de papa. Indigné et enragé, père saisit son fusil et, menaçant, il fit feu sur mon égérie. |