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Le poète palestinien Mahmoud Darwich s'est éteint dans un hôpital américain

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samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 10/08/2008 à 02:35 Demander à la modératrice de supprimer ce forum


Le poète palestinien Mahmoud Darwich s'est éteint dans un hôpital américain


Samedi 09 août 2008, 22h43
Mahmoud Darwich, considéré comme l'un des plus grands poètes du monde arabe, qui souffrait de maladie cardiaque, est décédé samedi aux États-Unis dans un hôpital de Houston, où il avait subi une intervention chirurgicale.
"M. Darwich est décédé à 13H35 locales" (18H35 GMT), a indiqué sans autre précision à l'AFP Ann Brimberry, porte-parole du Memorial Hermann-Texas Medical Center à Houston (sud) où il avait été admis.
Mahmoud Darwich se trouvait dans un état critique à la suite d'une intervention chirurgicale, avait expliqué plus tôt un autre responsable de cet établissement.
Selon des proches du poète, ce dernier avait subi une opération à cœur ouvert mercredi dans ce même hôpital et se trouvait sous assistance respiratoire à la suite de complications. Il avait déjà subi deux opérations du cœur en 1984 et 1998.
A Amman, l'ambassadeur palestinien a indiqué à l'AFP que le président palestinien Mahmoud Abbas allait envoyer un avion aux Etats-Unis pour rapatrier la dépouille du poète.
"Un avion présidentiel s'envolera pour Houston ce soir ou demain (dimanche) matin pour ramener la dépouille de Darwich à Amman sous 48 heures", a dit Atallah Kheiry, précisant que le corps serait ensuite acheminé à Ramallah, en Cisjordanie.
Considéré comme l'un des plus grands poètes arabes de sa génération, Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birweh, en Galilée, alors en Palestine sous mandat britannique et aujourd'hui dans l'Etat d'Israël.
Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, ce village est rasé et ses habitants forcés à l'exil.
La famille Darwich s'enfuit au Liban, où elle restera un an, avant de rentrer clandestinement en Israël avec un statut précaire.
Au début des années 1970, il choisit l'exil. Il part pour Moscou étudier l'économie politique puis Le Caire en 1971.
A Beyrouth, en 1973, il travaille comme rédacteur en chef au Centre de recherche palestinien de l'organisation de libération de la Palestine (OLP), rejoignant l'organisation alors en guerre avec Israël.
Après la guerre israélienne au Liban durant l'été 1982, qui a forcé la direction de l'OLP à trouver refuge à Tunis, Darwich reprend la route de l'exil: Le Caire, Tunis puis Paris.
En 1993, il démissionne de l'OLP pour protester contre les accords d'Oslo, estimant qu'ils n'apporteront pas une "paix juste" pour les Palestiniens.
En 1995, après l'avènement de l'Autorité palestinienne, il rentre sur sa terre: la bande de Gaza puis Ramallah.
En mai 1996, il est autorisé à fouler le sol d'Israël pour la première fois depuis son exil afin d'assister aux funérailles de l'écrivain arabe israélien Emile Habibi.
En juillet 2007, lors d'un récital donné en Israël, il ironise sur la prise du contrôle du mouvement islamiste Hamas de la bande de Gaza. "Nous avons triomphé. Gaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des victimes habillées en bourreaux", dit-il avec amertume.
Le poète critique également la "mentalité israélienne de ghetto" et la politique israélienne qui empêche la création d'un Etat palestinien viable.
Au festival des musiques du monde à Arles (sud-est de la France) en juillet dernier, il confiait préférer les thèmes universels de l'amour, la vie, la mort à ceux purement politiques de ses débuts et vouloir être lu "comme un poète", "pas comme une cause".




Pépite 13 - 2203138 lui écrire blog Publié le 14/08/2008 à 01:17 supprimer cette contribution
Samia....
A toutes et tous....
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 14/08/2008 à 20:55 supprimer cette contribution
Mahmoud Darwich poursuit dans ce recueil "Comme des fleurs d'amandier ou plus loin" une recherche commencée il y a au moins dix ans, aux frontières de la poésie et de la prose. Mais au-delà de toute préoccupation technique, demeurent ses choix premiers : en poésie, toute idée, toute pensée doit passer par les sens ; toute poésie est d'abord orale, et par là musique ; et elle s'arme de fragilité humaine pour résister à la violence du monde.

Un extrait

Orangé, le soleil entre dans la mer
et l'orange est une lanterne d'eau
sur des arbres froids.
Orangé, le soleil enfante le divin fils du couchant
et l'orange, sa servante, contemple son mystère.
Orangé, le soleil déverse son eau
dans la bouche de la mer
et l'orange a peur d'une bouche affamée.
Orangé, le soleil pénètre le cycle de l'éternité et l'orange est louée par son assassin :
Voici un fruit semblable à un grain de soleil,...

Mahmoud Darwich

Vidéo, heureux sans savoir pourquoi, fleurs d'amandier, cliquez-ici

Vidéo, cilquez-ici, Sur le vent, il marche ; dans le vent, il sait qui il est


Rêved'Orient - 2076403 lui écrire blog Publié le 14/08/2008 à 20:59 supprimer cette contribution
samiamax Merci
cette vidéo, tout ce que j'aime entendre!!
bisou ma belle
2029504 Publié le 14/08/2008 à 21:23 supprimer cette contribution






L'Éloquence du sang

Un texte de Mahmoud Darwich

(extrait du discours prononcé à Ramallah le 25 mars 2002
L'éloquence du sang

"[...] Je sais que les maîtres des mots n'ont nul besoin de rhétorique devant l'éloquence du sang.
C'est pourquoi nos mots seront aussi simples que nos droits : nous sommes nés sur cette terre, et de cette terre. Nous n'avons pas connu d'autre mère, pas connu d'autre langue maternelle que la sienne.
Et lorsque nous avons compris qu'elle porte trop d'histoire et trop de prophètes, nous avons su que le pluralisme est un espace qui embrasse largement et non une cellule de prison, que personne n'a de monopole sur une terre, sur Dieu, sur la mémoire. Nous savons aussi que l'histoire ne peut se targuer ni d'équité, ni d'élégance.
Notre tâche pourtant, en tant qu'humains, est d'humaniser cette histoire dont nous sommes simultanément les victimes et le produit. Il n'est rien de plus manifeste que la vérité palestinienne et la légitimité palestinienne : ce pays est le nôtre, et cette petite partie est une partie de notre terre natale, une terre natale réelle et point mythique. Cette occupation est une occupation étrangère qui ne peut échapper à l'acception universelle du mot occupation, quel que soit le nombre de titres de droits divins qu'elle invoque ; Dieu n'est la propriété personnelle de personne.
Nous avons accepté les solutions politiques fondées sur un partage de la vie sur cette terre, dans le cadre de deux Etats pour deux peuples.
Nous ne réclamons que notre droit à une vie normale, à l'intérieur des frontières d'un Etat indépendant, sur la terre occupée depuis 1967, dont Jérusalem-Est, notre droit à une solution équitable du problème des réfugiés, à la fin de l'installation de colonies.
C'est la seule voix réaliste vers la paix qui mettra un terme au cercle vicieux du bain de sang. L'état de nos affaires est d'une criante évidence, il ne s'agit pas d'une lutte entre deux existences, comme aimerait le montrer le gouvernement israélien : eux ou nous. La question est d'en finir avec une occupation.
La résistance à l'occupation n'est pas seulement un droit. C'est un devoir humain et national qui nous fait passer de l'esclavage à la liberté. Le chemin le plus court pour éviter d'autres désastres et accéder à la paix est de libérer les Palestiniens de l'occupation, et de libérer la société israélienne de l'illusion d'un contrôle exercé sur un autre peuple.
L'occupation ne se contente pas de nous priver des conditions élémentaires de la liberté, elle va jusqu'à nous priver de l'essentiel même d'une vie humaine digne, en déclarant la guerre permanente à nos corps et à nos rêves, aux personnes, aux maisons, aux arbres, en commettant des crimes de guerre. Elle ne nous promet rien de mieux que l'apartheid et la capacité du glaive à vaincre l'âme.

Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir. Espoir de libération et d'indépendance.
Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école.
Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire.
Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang.
Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix.

Merci de porter avec nous le fardeau de cet espoir."

samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 15/08/2008 à 13:43 supprimer cette contribution


Qui a oublié cet horrible reportage où un père et son fils contre ce mur, derrière un bidon cachés, prisonniers, et les soldats israéliens jouaient en tirant sur eux,les apeurant quelques instants, et, tout à coup, c'est l'impensable, l'horreur, le petit garçon s'effondra, mort, son père sera blessé, ils ont épargné le père et ils ont tué l'enfant, un enfant qui s'appelait Muhammad, quel horreur.
Mohmoud Darwich écrit un poème à la mémoire de ce petit garçon assassiné, Muhammad:

Muhammad par Mahmoud Darwich

Oiseau terrorisé par l'enfer tombant du ciel,
Muhammad se niche dans l'étreinte de son père :
Protège-moi de l'envol, père,
Mon aile est encore Petite pour le vent . . .
Et la lumière est noire
Muhammad voudrait rentrer à la maison,
Sans vélo . . . ou chemise neuve.
Il voudrait retrouver le banc de l'école. . .
Le cahier de grammaire et des conjugaisons :
Porte-moi Chez nous,
Père, que je fasse mes devoirs
Et accomplisse ma vie, petit à petit. . .
Au bord de la mer, sous les palmiers,
Rien de plus, rien.
Muhammad fait face à une armée, sans pierre ou éclats
Des planètes et il n'a pas remarqué le mur pour y écrire :
« Ma liberté ne mourra pas ».
Il n'a pas encore de liberté
Pour la défendre, pas d'horizon pour la colombe
De Picasso et il n'a pas fini
De naître dans un nom qui lui fait porter la malédiction du nom . . .
Combien encore, naîtra-t-il de lui-même, enfant
Amputé d'un pays... d'un rendez-vous avec l'enfance ?
Où rêvera-t-il, si le rêve le visitait. . .
Et la terre est une plaie . . .
Et un temple ?
Muhammad voit venir sa mort, inexorable.
Mais à se souvient soudain
D'une panthère qu'il a vue à la télé,
Une panthère puissante qui tenait un faon à sa merci
Mais qui, une fois près de lui, sentit l'odeur de lait
Et ne le dévora pas.
Comme si le lait apprivoisait les bêtes sauvages.
Moi aussi, j'en réchapperais, se dit l'enfant
Et il pleure : Ma vie, là-bas, est une cachette
Au fond de l'armoire de ma mère.
J'en réchapperai . . .
Et je témoignerai.
Muhammad, un ange pauvre, à bout portant
Du fusil de son chasseur de sang-froid.
Une heure déjà
Que la caméra capte chacun des mouvements du garçon
Qui s'assemble dans son ombre.
Son visage, telle l'aube, est net.
Son cœur, telle une pomme, est net.
Ses dix doigts, telles des bougies, sont nets
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 15/08/2008 à 13:55 supprimer cette contribution


Suite du poème Muhammad par Mahmoud Darwich

Et la rosée, sur son pantalon, est nette. . .
Son chasseur aurait pu s'accorder un instant de réflexion,
Se dire : je l'épargnerai en attendant qu'il apprenne
A épeler correctement sa Palestine. . .
Je l'épargnerai maintenant, en gage de ma conscience,
Et l'abattrai, plus tard, lorsqu'il se révoltera
Muhammad, Petit Jésus endormi et rêvant à l'intérieur
D'une icône
Faite de cuivre,
D'un rameau de l'olivier
Et de l'âme d'un peuple renaissant
Muhammad,
Sang superflu pour la quête des prophètes,
Monte donc au Jujubier céleste*Ô Muhammad!
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:03 supprimer cette contribution
Les œuvres de Mahmoud Darwich lui ont valu de multiples récompenses dont notamment les Prix Lotus, Lénine de la paix, Médaille de l’ordre du mérite des arts et lettres, Prix de la liberté culturelle de la Fondation Lannan… .
Les oeuvres de Mahmoud Darwich ont été traduit dans au moins vingt-deux langues. Son premier recueil de poésie fut publié quand il avait dix-neuf ans «Asafir bila ajniha», (Oiseaux sans ailes, 1960). En 1964, il sera reconnu nationalement et même internationalement comme une voix de la résistance palestinienne grâce à «Awraq Al-zaytun» (Feuilles d’olives). Ce recueil deviendra très populaire notamment avec le poème Carte d’Identité. Le poème «Inscris : Je suis arabe», le plus célèbre de son recueil Rameaux d’olivier publié en 1964, dépasse rapidement les frontières palestiniennes pour devenir un hymne chanté dans tout le monde arabe. Plusieurs des poèmes de Mahmoud Darwich ont été interprétés par des chanteurs tels que Marcel Khalifa, Majda El Roumi… spécialement Rita, "Les oiseaux de Galilée" et "Je me languis du pain de ma mère", devenus de véritables hymnes pour au moins deux générations dans le monde arabe. L’œuvre de Darwich, essentiellement poétique, aurait été une véritable défense et illustration d’une terre, d’un peuple, d’une culture en même temps qu’une entreprise hardie de genèse littéraire. Elle est hantée d’un bout à l’autre par une seule idée, une seule référence, un seul corps : la Palestine.
La solitude et le désarroi de l’exil exprimés, côtoient l’acceptation noble et courageuse où le désespoir profond devient générateur de création. Son dernier recueil de poèmes traduit de l’arabe en français, par Elias Sanbar, «Comme des fleurs d’amandier ou plus loin» est paru en 2007 chez Actes Sud. Mahmoud Darwich ne mourra jamais, car avant de s’éteindre il accoucha de son dernier livre «L’impression des Papillons» sorti en 2008.



samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:49 supprimer cette contribution
Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, cet oeuvre est traduit de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar
127 pages.
Titre original : Limâdhâ tarakta al-hisân wahîdan
Editeur original : Riad El-Rayyes Books Ltd, 1995.
Arles, Actes Sud, 1996


Présentation de l'éditeur :

C’est comme toujours, au croisement de l’expérience individuelle la plus intime et de la mémoire collective que se situe ici Mahmoud Darwich.
Dans une poésie qui prolonge les mythes du Proche-Orient ancien mais aussi les grandes odes de l’Arabie anti-islamique pour dire l’exil, le temps suspendu, et une identité irréductible, enracinée dans la langue arabe.

Extraits

JE VOIS MON OMBRE QUI S’AVANCE DE LOIN


Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux
J’ouvre sur mes amis qui apportent le courrier du soir
Du pain, du vin, quelques romans
Et, des microsillons

J’ouvre sur des mouettes et des camions de soldats
Qui changent les arbres de ce lieu

J’ouvre sur le chien de mon voisin émigré
Il y a un an et demi, du Canada

J’ouvre sur Abou al-Tayyib al-Mutanabbi
Parti de Tibériade vers l’Egypte
Sur le cheval du chant

J’ouvre sur la rose de Perse qui grimpe
La clôture de fer

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sue ce que je veux

(…)

J’ouvre sur ma langue après deux jours
Un peu d’absence suffit
Et Eschyle ouvrira la porte à la paix
Un bref discours
Et Antoine embrasera la guerre
Et me suffit
La main d’une femme dans la mienne
Pour que j’enlace ma liberté
Et que le sac et le ressac reprennent dans mon corps

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux

J’ouvre sur mon ombre
Qui s’avance
De
Loin

(…)
Par Mahmoud Darwich.
J'ai fait une commande de ses œuvres et d'autres livres que j'ai envie de lire, j'espère qu'ils arriveront à temps.
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:52 supprimer cette contribution
Extrait: Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?


LA NUIT DU HIBOU


C’est un présent que le passé ne rejoint pas
Arrivés à la limite des arbres, nous avons réalisé que nous n’étions plus capables d’attention
Et nous retournant vers les camions, nous avons vu l’absence
Empiler ses objets choisis et dresser
Sa tente éternelle autour de nous

C’est un présent que le passé ne rejoint pas
Le fil de soie coule des mûriers
Lettres sur le cahier de la nuit. Seuls
Les papillons éclairent notre hardiesse à descendre dans la fosse des mots étranges
Cet homme de peine était-il mon père ?
Je parviendrai peut-être à me tirer d’affaire
A naître de moi-même
A choisir pour mon nom des lettres verticales

(…)

C’est un présent qui passe
Ici, les étrangers ont suspendu leurs fusils aux branches d’un olivier
Apprêté un dîner rapide de boîtes métalliques
Puis ils se sont élancés vers les camions

(…)

Par Mahmoud Darwich
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:53 supprimer cette contribution
Extrait: Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

L’ÉTERNITÉ DU FIGUIER DE BARBARIE

- Où me mènes-tu père ?
- En direction du vent, mon enfant

A la sortie de la plaine où les soldats de Bonaparte édifièrent une butte
Pour épier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D’Acre
Un père dit à son fils : N’aie pas peur
N’aie pas peur du sifflement des balles
Adhère à la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons
Gravirons une montagne au nord, et rentrerons
Lorsque les soldats reviendront à leurs parents au lointain

- Qui habitera notre maison après nous, père ?
- Elle restera telle que nous l’avons laissée mon enfant

Il palpa sa clé comme s’il palpait ses membres et s’apaisa
Franchissant une barrière de ronces, il dit
Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifièrent ton père deux nuits durant sur les épines d’un figuier de Barbarie
Mais jamais ton père n’avoua. Tu grandiras
Et raconteras à ceux qui hériteront des fusils
Le dit du sang versé sur le fer

- Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
- Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants

L’éternité ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit
Les loups des landes aboient à une lune apeurée
Et un père dit à son fils
Sois fort comme ton grand-père
Grimpe à mes côtés la dernière colline des chênes
Et souviens-toi. Ici le janissaire est tombé de sa mule de guerre
Tiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous

- Quand donc, mon père ?
- Dans un jour ou deux, mon fils

Derrière eux, un lendemain étourdi mâchait le vent dans les longues nuits hivernales
Et les hommes de Josué bin Noun édifiaient leur citadelle
Des pierres de leur maison
Haletants sur la route du Cana, il dit : Ici
Passa un jour Notre Seigneur. Ici
Il changea l’eau en vin puis parla longuement de l’amour
Souviens-toi des châteaux croisés
Anéantis par l’herbe d’avril, après le départ des soldats

(…)

Mahmoud Darwich
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:55 supprimer cette contribution
Extrait: Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

TELLE LA LETTRE NOUN DANS LA SOURATE DU RAHMN

Dans l’oliveraie, à l’est des sources
Mon grand-père s’est replié sur son ombre abandonnée
Aucune herbe légendaire n’y a poussé
Et le nuage des lilas
Ne s’est pas répandu sur la scène

La terre est vêtement brodé à l’aiguille du sumac dans son rêve brisé
Mon grand-père a bondi de son sommeil
Pour arracher les mauvaises herbes de sa vigne
Ensevelie sous la rue noire

Il m’a enseigné le Coran dans le jardin de myrte, à l’est du puits
D’Adam nous venons et d’Eve
Dans l’Eden de l’oubli
Grand-père ! Je suis le dernier des vivants dans le désert. Montons

Entourant son nom nu de gardiens
La mer et le désert ne connaissaient
Ni mon grand-père, ni ses fils
Debout désormais, autour du noun
Dans la sourate de Rahman
Dieu, sois témoin !

Quant à lui
Né de lui-même
Enterré en lui-même près du feu
Qu’il donne au griffon de qu’il faut de secret consumé
Pour illuminer le temple

(…)

Mahmoud Darwich
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 04:57 supprimer cette contribution
Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

DISPOSITONS POÉTIQUES

Les étoiles n’avaient qu’un rôle :
M’apprendre à lire
J’ai une langue dans le ciel
Et sur terre, j’ai une langue
Qui suis-je ? Qui suis-je ?

Je ne veux pas répondre ici
Une étoile pourrait tomber sur son image
La forêt des châtaigniers, me porter de nuit
Vers la voie lactée, et dire
Tu vas demeurer là

Le poème est en haut, et il peut
M’enseigner ce qu’il désire
Ouvrir la fenêtre par exemple
Gérer ma maison entre les légendes
Et il peut m’épouser. Un temps

Et mon père est en bas
Il porte un olivier vieux de mille ans
Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident
Il se reposer peut-être des conquérants
Se penche légèrement sur moi
Et me cueille des iris

Le poème s’éloigne
Il pénètre un port de marins qui aiment le vin
Ils ne reviennent jamais à une femme
Et ne gardent regrets, ni nostalgie
Pour quoi que ce soit

Je ne suis pas encore mort d’amour
Mais une mère qui voit le regard de son fils
Dans les œillets, craint qu’il ne blessent le vase
Puis elle pleure pour conjurer l’accident
Et me soustraire aux périls
Que je vive, ici là

Le poème est dans l’entre-deux
Et il peut, des seins d’une jeune fille, éclairer les nuits
D’une pomme, éclairer deux corps
Et par le cri d’un gardénia
Restituer une patrie

Le poème est entre mes mains, et il peut
Gérer les légendes par le travail manuel
Mais j’ai égaré mon âme
Lorsque j’ai trouvé le poème
Et je lui ai demandé
Qui suis-je ?
Qui suis-je ?

Mahmoud Darwich
2296826 Publié le 16/08/2008 à 13:53 supprimer cette contribution
merci pour ce forum samia
samiamax - 2220701lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 14:51 supprimer cette contribution
Bonjour dream, merci pour toi de venir me faire un petit coucou, bonne journée.
Pépite 13 - 2203138 lui écrire blog Publié le 16/08/2008 à 16:31 supprimer cette contribution
Samia........
Bonne fin de journée à tous !

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