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Prothèses péniennes externes

Introduction

Les prothèses péniennes externes (pompes) constituent un traitement efficaces des troubles d'érection, principalement ceux d'étiologie organique ou mixte. Comme l'utilisation de ces appareils est de plus en plus importante, le sexologue sera de plus en plus mis en contact avec ceux-ci. Et les patients poseront de plus en plus de questions aux sexologues à propos de ces appareils. Cet article tentera de mieux faire comprendre l'utilisation et l'utilité des pompes.

Composantes mécaniques des pompes

En général, les pompes ont un certain nombre de composantes de base, plus ou moins semblables selon les fabricants :

1) une pompe manuelle ou électrique servant à créer un vide partiel;

2) un cylindre à l'intérieur duquel le patient place son pénis;

3) un adapteur permettrant d'ajuster la dimension du cylindre à la dimension du pénis;

4) des anneaux de constriction servant à empêcher le retour de sang vers le corps.

Bien que les divers fabricants présentent des variations sur la forme de la pompe, du cylindre, de l'adapteur, des anneaux, le principe de base est toujours le même. Un vacuum (pression négative) à l'intérieur du cylindre provoque un afflux de sang à l'intérieur des corps caverneux du pénis et un anneau de constriction empêche le sang de ressortir. Ceci permet d'obtenir et de maintenir une érection suffisamment rigide pour la pénétration.

Technique d'utilisation

La technique d'utilisation est simple. En fait, on peut résumer les manipulations nécessaires au bon fonctionnement de la prothèse pénienne externe en sept étapes :

1) le patient doit assembler les composantes de l'appareil, il peut y avoir deux, trois ou plusieurs pièces à assembler selon les modèles;

2) le patient place ensuite un anneau de constriction de la bonne dimension près de l'ouverture du cylindre;

3) afin d'empêcher l'air d'entrer à l'intérieur du cylindre lors de l'action de la pompe, le patient doit placer une gelée lubrifiante hydrosoluble à l'entrée du cylindre, sur le corps à l'endroit où le cylindre est appliqué et sur toute la peau du pénis (ceci sert surtout à empêcher la peau du pénis d'adhérer à la parois intérieur du cylindre rendant inconfortable l'obtention de d'érection);

4) le pénis doit être placé correctement à l'intérieur du cylindre;

5) le patient actionne la pompe afin de provoquer l'érection, il faut habituellement de 2 à 5 minutes pour provoquer une érection complète;

6) le patient transfère l'anneau de constriction du cylindre sur le pénis;

7) le patient rétablit la pression normale et retire son pénis du cylindre, il peut alors avoir une pénétration.

Le patient peut conserver l'érection ainsi obtenue jusqu'à trente minutes, par la suite il doit impérativement retirer l'anneau de constriction afin de permettre à nouveau la circulation sanguine. Une fois l'anneau enlevé, l'érection disparaît habituellement en quelques minutes.

Il convient de préciser que plusieurs patients rapportent pouvoir maintenir une érection même après l'éjaculation. En fait, tant que l'anneau de constriction demeure en place, il serait possible de maintenir l'érection. Mais, d'autres patients mentionnent une légère diminution de l'érection ou même une détumescence presque complète. Bien que l'érection puisse être maintenue dans certains cas, il ne faut pas conclure à la disparition de la période réfractaire post-éjaculatoire. La période réfractaire est bien présente, mais c'est l'anneau de constriction qui empêche la perte de l'érection.

Les désavantages et les inconvénients de la pompe

Bien que ce procédé est généralement sécuritaire, il convient de souligner certaines différences avec l'érection naturelle. Pour certains hommes, ces quelques différences représentent des inconvénients suffisamment importants pour les empêcher de choisir la prothèse pénienne externe comme traitement, alors que pour d'autres, il ne s'agit que de différences mineures qui n'affecteront pas la qualité de leur sexualité.

En premier lieu, lorsque l'anneau de constriction est en place, la peau du pénis prend une teinte plus bleutée, plus violacée et les veines à la surface de la peau du pénis sont gonflées et engorgées. Certains hommes remarquent une sensation de refroidissement du pénis causée par la diminution de la circulation sanguine. Chez plusieurs hommes qui utilisent la pompe, l'expulsion normale du sperme au moment de l'éjaculation peut être diminuée ou empêchée par l'action compressive de l'anneau de contriction sur l'urètre. Cependant, peu d'hommes notent un changement de sensation au moment de l'orgasme et le sperme bloqué par l'anneau s'écoule hors de l'urètre lorsque l'anneau est retiré.

Par ailleurs, l'érection obtenue avec la pompe ne permet la rigidité du pénis qu'au-delà de l'anneau de constriction (partie distale du pénis). Donc, les racines des corps caverneux ne sont pas rigides ce qui entraîne un certain mouvement de pivot à la base du pénis.

A cela, il faut ajouter la présence possible de complications médicales, qui n'entraînent habituellement pas de conséquences néfastes à long terme : pétéchies (petites taches de sang sur la peau de pénis), ecchymoses (bleus), sensation d'engourdissement du pénis, douleur lors des premiers essais, irritations locales.

Les avantages de la pompe

La pompe présente aussi plusieurs avantages comparée à d'autres traitements médicaux des problèmes de l'érection. En effet, il faut savoir qu'il s'agit d'un traitement non chirurgical et réversible. Donc, si le patient (ou le couple) change d'idée, il sera possible d'aller vers un autre traitement. De plus, les érections obtenues sont de bonne qualité, c'est-à-dire suffisamment rigide pour permettre la pénétration. Ceci sans compter que le taux d'efficacité rapporté dans la littérature est d'environ 90% (Alarie et Villeneuve, 1992; Witherington, 1987; Nadig et al., 1986). Finalement, en terme de coût, ce traitement est moins onéreux que les injections intra-caverneuses ou les implants péniens.

Protocole d'enseignement de la technique d'utilisation de la pompe

Pour se procurer ce type d'appareil, un patient doit obtenir une prescription médicale. Il peut ensuite se procurer l'appareil à divers endroits. Parmi ces endroits, il y a l'Unité de dysfonctions et de développement sexuels (U.D.S.) de l'Hôpital St-Luc. Je m'occupe à cet endroit depuis 1988 du protocole d'enseignement de la technique d'utilisation de la pompe. Lors d'une première rencontre d'une durée d'environ 1 heure, je présente au patient :

1) la technique d'utilisation en détail,

2) la façon d'obtenir les meilleurs résultats possibles (pratique, taille de l'anneau de constriction, etc.),

3) les inconvénients et les dangers de la pompe,

4) les avantages,

5) la garantie, l'efficacité, les différents modèles, les coûts, la façon d'acheter l'appareil, le support technique offert. Des documents sont remis au patient afin qu'il puisse mieux baser sa rélexion sur l'appareil.

Considérations sexologiques à propos de la pompe

Le sexologue clinicien rencontre fréquemment dans sa pratique des hommes qui présentent des troubles érectiles. Parmi ces hommes, une certaine proportion aura un problème d'étiologie organique ou d'étiologie mixte (composante organique et psychogène). Il est bien sûr difficile de connaître exactement l'importance de ce type de consultation auprès du sexologue. Cependant, un survol de diverses études indiquent que des facteurs étiologiques organiques se retrouveraient dans 30% à 40% des troubles érectiles (Blanchette, 1990; Auerback et Kilmann, 1977; Blaivais, 1982; Kaplan, 1974; Levine, 1976; Hatch, De La Pena et Fisher, 1987; Sparks et al., 1980; Jacobs et al., 1983; Schumaker et Lloyd, 1981).

De plus, il est rare que le trouble érectile se présente absolument seul, sans être accompagné de difficultés dans la relation de couple, de l'estime de soi, etc. En effet, la présence d'un trouble érectile peut affecter ces éléments de la même façon que ces éléments peuvent affecter la qualité de la fonction érectile.

A cause de la composante organique chez ce groupe de patient, un traitement médical sera souvent nécessaire pour aider à régler le trouble érectile. Il pourra s'agir des implants péniens, des injections intra-caverneuses ou des prothèses péniennes externes. Cependant, les prothèses péniennes externes constituent un traitement beaucoup moins invasif que les implants ou les injections.

Dans un texte récent, des auteurs (Goulet et Blanchette, 1995) parlent de la combinaison possible d'un traitement médical et d'un traitement sexologique : la maximisation de la réponse et de la satisfaction sexuelle (M.R.S.S.). L'utilisation des pompes peut s'insérer facilement à l'intérieur d'un tel processus.

Finalement, les pompes peuvent apporter une aide considérable dans le traitement de certains patients en thérapie sexuelle. En effet, l'utilisation de la pompe, dans certains cas particuliers, va appuyer le travail thérapeutique sexologique et aider le patient à retrouver une confiance dans sa capacité érectile; lui permettant même à la fin de la démarche de ne plus avoir besoin de l'appareil.

Références

Alarie, Pierre; Villeneuve, Richard. L'impuissance, Évaluations et solutions. Montréal, Les Éditions de l'homme, 1992.

Auerback, Roy; Kilmann, Peter R.; The Effects of Group Systematic Desensitization on Secondary Erectile Failure. Behavior Therapy, 8, p330-339, 1977.

Blaivais, Jerry G. The diagnosis and treatment of erectile dysfunction. In Zwi Hoch, Harold I. Lief (eds.). Sexology, Sexual Biology, Behavior and Therapy, Selected Papers of the 5th World Congress of Sexology, Jerusalem, Israel, June 21-21, 1981. Amsterdam-Oxford-Princeton, Excerpta Medica, 1982.

Blanchette, François. L'établissement d'un diagnostic différentiel des dysfonctions érectiles par l'utilisation de la symptomatologie sexuelle présentée. Rapport d'activité présenté à l'Université du Québec à Montréal, 1990.

Goulet, Michel; Blanchette, François. Maximisation de la réponse et de la satisfaction sexuelle (M.R.S.S). Revue européenne de sexologie médicale, 4(16), p30-34, 1995.

Hatch, John P.; De La Pena, Augustin, M.; Fisher, Johnnie G. Psychometric differentiation of psychogenic and organic erectile disorders. The Journal of Urology, 138, p781-783, 1987.

Jacobs, J.A.; Fishkin, R.; Cohen, S. Goldman, A.; Mulholland, S.O. A multidisciplinary Approach to the evaluation and management of male sexual dysfunction. Journal of Urology, 129, p35-38, 1983.

Kaplan, Helen S. The New Sex Therapy. New York, Brunner/Mazel Publishers, 1974.

Levine, Stepen B. Marital Sexual Dysfunction : Erectile Dysfunction. Annals of Internal Medecine, 85, p342-350, 1976.

Nadig, Perry W.; Ware, J. Catesby; Blumoff, Ronald. Noninvasive Device to Produce and Maintain an Erection-Like State. Urology, 27(2), 1986.

Schumaker, S.; Lloyd, C.W. Physiological and psychological factors of impotence. Journal of Sex Research, 17, p40-53, 1981.

Sparks, P.; White, R.A.; Peter, B.; Connoly, M.S. Impotence is not always Psychogenic. Journal of American Medical Association, 243, p750-755, 1980.

Witherington, Roy. External Aids for Treatment of Impotence. Journal of Urological Nursing, 6(1), 1987.



Auteur: François Blanchette M.A., sexologue clinicien et psychothérapeute
E-mail:blaf@ntic.qc.ca
Article original sur http://www.ntic.qc.ca/~blaf/fr/articles/pompes.html
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