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Exploration du désir sexuel chez quatre femmes dans une perspective féministe

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3.4.3 Les lendemains de l'accouchement

Les répercussions du changement d'image et de rôle qu'amènerait la maternité chez la femme ne se limiteraient pas au temps de sa grossesse. Elles iraient bien au-delà de l'accouchement. Elles se situeraient tant au niveau de la baisse du désir sexuel qu'au niveau de la peur de la douleur physique ou qu'au niveau des transformations du corps. Leur désir sexuel aurait été bouleversé par l'expérience de la maternité. La redécouverte par les femmes de leur corps, serait une étape primordiale qui leur permettrait de donner elles-mêmes un sens à leur désir sexuel.

Masters et Johnson furent parmi les premiers à affirmer que le désir sexuel de la femme variait en intensité au moment de la grossesse. Au cours du dernier trimestre, le désir sexuel décroîtrait: "Moi là, rendue à mon huitième mois de grossesse, j'avais pu de désir du tout." (sic) (2-6) Nous constatons, par nos données empiriques, que le désir sexuel continuerait d'être parfois peu élevé même après l'accouchement. Selon le Collectif de Boston pour la santé des femmes, l'allaitement y serait pour quelque chose : "J'allaitais mon bébé pis euh... j'avais aucun désir sexuel, du tout, du tout. Du tout à cette époque-là." (sic) (2-15)

Lors d'une entrevue accordée à Saillant, Brabant souligne quelques-unes des peurs que vivrait une femme enceinte: peur de l'accouchement, peur d'être une mauvaise mère, etc.. [Isabelle Brabant, Témoignage sur l'accouchement, Rencontre avec Francine Saillant, Tel que cité dans Accoucher autrement: Repères historiques, sociaux et culturels de la grossesse et de l'accouchement au Québec, de Francine Saillant et Michel O'Neill. Montréal: Éditions Saint-Martin, 1987.] Nous constatons que les femmes semblent vivre des peurs au moment de leurs relations sexuelles. Certaines de ces peurs demeureraient présentes après l'accouchement et entraveraient l'expression de leur désir sexuel. Au cours de leur grossesse, France et Line auraient toutes deux ressenti des peurs lors de leurs relations sexuelles. Après leur accouchement, les peurs se seraient transformées, mais seraient demeurées très présentes. Ces peurs semblent être reliées à la douleur physique ainsi qu'à la transformation de leur corps: "J'avais peur que... dans le fond je m'imaginais ça tout massacré parce qu'y avait quelque chose qui avait sorti de là (rires)." (sic) (3-70) "Premièrement, j'avais peur que cela fasse mal parce que des points de suture euh il y en avait encore quelques-uns qui étaient là au début. Effectivement, cela a fait très mal. Ça a saigné beaucoup." (sic) (2-9) "J'avais peur que ça déchire. C'était sensible encore. Non, non c'était bizarre. J'avais des peurs." (sic) (3-69)

D'autre part, suite à leur accouchement respectif, France et Line auraient éprouvé le besoin de redécouvrir leur corps. Suite à la grossesse, ce dernier aurait changé. Il aurait été centré sur les besoins de l'enfant durant un certain temps puis maintenant qu'il leur revenait, il semblait être différent.

Mais euh... non c'est ça après l'accouchement, c'est plus pareil. Ton corps ne réagit plus de la même manière. C'est fait un peu différemment dedans là euh... c'est dur à expliquer là. Ton utérus, on dirait qu'est plus placé tout à fait comme était. Parce qu'un coup qu'y a un enfant qui a passé par là, euh tes organes tu les sens en dedans. Tu les sens beaucoup plus présentes. C'est pas juste dans tête que ça se passe. Ça se passe dans le corps aussi. (sic) (2-9)

France affirme avoir redécouvert son corps comme lorsqu'elle était adolescente. Elle le regardait, le touchait, se demandant comment il devait être. L'accouchement aurait radicalement changé sa sexualité. Elle réalisait alors que son corps semblait avoir la capacité de donner la vie et que cette vie n'était plus à l'intérieur de son propre corps: "Ben mon corps a servi à donner la vie. Fait que quand tu fais l'amour avec quelqu'un, ben tu te dis "je pourrais peut-être donner une autre". Tsé, c'est plus pareil. C'est moins mécanique euh c'est plus différent." (sic) (2-5) Pour Line, le changement se serait produit dans son attitude. Elle serait devenue beaucoup moins gênée sexuellement: "Pis euh la sexualité était complètement différente à partir de là. Complètement différente euh... jamais vécu ça. T'aurais dit tsé... je me suis dégênée plus après ça, après ce moment-là. J'étais vraiment pas du tout gênée là." (sic) (3-72)

De son côté, Line prétend avoir dû redécouvrir son corps suite à son accouchement. Cette redécouverte, elle voulait la faire seule pour ensuite réintégrer son conjoint dans sa vie sexuelle.

Dans ce temps-là, quand je voulais redécouvrir mon corps, c'est ça. Pis après ça je sortais tsé. Je voulais pas... c'était comme je voulais pas qu'il... un partenaire. Mais je voulais me connaître avant pis après ça mon partenaire pouvait embarquer. (sic) (3-73)

Les changements physiologiques du corps de la femme lors de la grossesse, les peurs qu'elle y vivrait de même que la transformation de son corps semblent être d'énormes répercussions de l'accouchement pour la femme. La femme étant occupée à composer avec ces répercussions, le désir sexuel serait moins présent. Ajoutant à ces répercussions le changement de rôle qui s'opèrerait, la femme y vivrait là un des plus grands bouleversements que l'être humain puisse vivre. Elle le vivrait dans sa tête, dans son coeur mais surtout dans son corps. La redécouverte de celui-ci y prendrait alors une très grande importance et demanderait du temps. Très souvent, ni l'importance, ni le temps ne lui semblent reconnus. Il lui serait rappelé très tôt qu'elle devrait s'oublier en tant que femme afin de répondre aux besoins de l'enfant et continuer à répondre aux besoins de l'homme. Nous considérons que cette redécouverte de son corps est primordiale puisque ce serait par cette redécouverte que la femme pourrait donner elle-même un sens à son désir sexuel. C'est également par cette redécouverte qu'elle dénicherait la femme en elle. Son désir sexuel viendrait ainsi se greffer à cette femme découverte en elle.

Dans les trois articles que nous avons présentés, nous avons pu constater l'influence de la maternité sur l'expression du désir sexuel des femmes. Ce facteur particulier, quand il est associé au désir sexuel des femmes, en entraverait l'expression. Préoccupées à s'adapter aux bouleversements qu'amènerait la maternité dans leur vie, les femmes auraient besoin de se retrouver elles en tant que femmes, de se retrouver elles dans leur corps afin que leur désir sexuel se manifeste. Cette étape cruciale que serait leur redécouverte ne leur serait que rarement reconnue et rendue difficile par la valorisation de leur identité de mère. Cette valorisation se ferait au détriment de leur identité de femme. Ainsi, l'expression de leur désir sexuel serait entravée par cette valorisation. Dans la prochaine section de notre étude, nous nous questionnerons quant à la définition et à la description du désir sexuel chez nos sujets.

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Auteur: Nathalie Tremblay

Article original sur http://www.ntic.qc.ca/~blaf/fr/theses/these_NT/index.html
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Cette étude porte sur le désir sexuel féminin. À l'aide d'écrits féministes, nous cherchons à analyser l'influence des facteurs sexistes sur le désir sexuel féminin. Ces facteurs particuliers agiraient de façon à entraver l'expression pleine et entière du désir sexuel de la femme
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