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Questions / réponses sur la sexualité

SEXUALITÉ, CONTRACEPTION ET AVORTEMEMENT:

SEXUALITÉ, CONTRACEPTION ET AVORTEMEMENT:

UNE ÉTUDE EXPLORATOIRE DES VARIATIONS ETHNOCULTURELLES D'UNE POPULATION CLINIQUE D'ORIGINE HAÏTIENNE ET QUÉBÉCOISE 1

 

Danielle Bédard*

 

RÉSUMÉ

Cette étude exploratoire basée sur une méthode quantitative et qualitative a comparé les scénarios sexuels, contraceptifs et abortifs de 41 femmes d'origine haïtienne et québécoise en attente d'avortement. Les Haïtiennes montrent une pratique religieuse plus importante, ainsi que des attitudes et des conduites sexuelles plus conservatrices (séduction, masturbation et homosexualité) que leurs consœurs québécoises. Elles utilisent moins les anovulants et font moins usage de moyens contraceptifs ; elles sont aussi plus craintives envers les effets secondaires des méthodes contraceptives. Les partenaires des femmes haïtiennes semblent plus opposés à l'avortement que les partenaires des Québécoises. L'insatisfaction relationnelle est un motif plus souvent invoqué par les Québécoises que par les Haïtiennes pour recourir à l'avortement. Ces résultats suggèrent l'importance de développer le counseling sexologique et péri-avortement en tenant compte de l'appartenance ethnoculturelle de la clientèle.

Mots clés

Avortement ; groupes ethnoculturels ; contraception ; sexualité.

 

Bien que le nombre d'avortements soit à la hausse au Québec, l'on constate que très peu de recherches récentes, tant quantitatives que qualitatives, ont porté sur cette question (Berger, 1984 ; Berger et al., 1984) et elles donnent peu d'indices sur les liens existant entre les sphères sexuelle, contraceptive et relationnelle. De plus, malgré l'importance des groupes d'immigrants au Québec (Maticka-Tyndale et Lévy, 1992), peu d'études ont porté sur les variations ethnoculturelles touchant l'avortement, ce qui peut poser des problèmes aux intervenants-es. La complexité et la pluralité des sphères touchées (santé, sexualité, relation de couple, contraception) sous-tendent la nécessité d'établir des modes d'interventions et d'interactions adaptés aux besoins des clientes, ceci dans le but d'offrir un support optimal dans le respect de leurs caractéristiques.

Parmi les groupes ethnoculturels de Montréal, on peut relever l'importance de la population haïtienne qui possède des caractéristiques culturelles et sociosexuelles que plusieurs études ont mises en relief. Nous nous référerons ici aux recherches les plus pertinentes dans la définition de nos hypothèses. Ainsi, dans la communauté haïtienne, les hommes jouiraient d'un statut supérieur aux femmes qui seraient perçues comme un moyen de valoriser l'identité masculine sur le plan social et sexuel (Adrien et al., 1991). De plus, les normes sexuelles auraient tendance à être plus strictes pour les femmes (pour la virginité prémaritale et l'exclusivité relationnelle, la relation extramaritale étant sanctionnée pour les femmes, non pour les hommes par la loi haïtienne, selon Durand, 1980) qui auraient des attitudes sexuelles plus conservatrices (Adrien et Cayemittes, 1991 ; Maticka-Tyndale et Lévy, 1992).

La structure familiale haïtienne traditionnelle est décrite par Durand (1980) comme étant à la fois patriarcale et matrifocale. Bien que le père représente l'autorité, c'est la mère qui exerce cette autorité et voit au bien-être de la famille ; elle a pour rôle de transmettre et de favoriser le maintien des traditions. La famille est étendue et englobe tant les membres proches qu'éloignés ; l'aspect communautaire y est prépondérant. Le rôle des hommes comme père-époux semble secondaire ; généralement absent, il entretiendrait plusieurs unions parallèles empreintes d'engagements sociaux et amoureux plus ou moins profonds. Sa responsabilité et son engagement à l'égard de sa conjointe et de ses enfants serait donc aléatoire et discrétionnaire ; ce serait alors les femmes qui assumeraient de façon plus pragmatique les responsabilités économiques, psychologiques et émotives à l'égard des membres de la famille (Adrien et al., 1991 ; Labelle et al., 1987). Sur le plan de la contraception, c'est le mari qui déciderait de la pertinence de l'utilisation d'une méthode contraceptive. Durand (1980) souligne que son utilisation semble représenter pour lui une menace à l'exclusivité sexuelle.

À Montréal, les femmes toléreraient moins l'absence de leur conjoint ; elles auraient tendance à se séparer plus facilement qu'en Haïti et à s'orienter vers une exclusivité relationnelle. L'immigration n'aurait cependant pas transformé de façon significative les pratiques amoureuses et sexuelles, et la polygamie demeurerait encore en vigueur (Adrien et Cayemittes, 1991 ; Adrien et al., 1991).

Les orientations religieuses que l'on retrouve dans cette communauté (catholicisme, protestantisme, vaudouisme) exerceraient un rôle prépondérant sur la sexualité en proposant des valeurs qui peuvent nuire à la mise en place de scénarios contraceptifs planifiés et efficaces. Dans les milieux plus religieux, l'utilisation de méthodes contraceptives serait proscrite et l'avortement perçu comme un crime (Alcindor et al., 1983).

La foi en la toute-puissance de Dieu ou des dieux dans la destinée humaine et le fatalisme qui s'y rattache entraîneraient le développement d'un foyer de contrôle externe qui reflète la conviction que des éléments de l'ordre du magique déterminent les événements de la vie (De Ronceray, 1979). Les valeurs religieuses stimuleraient aussi le recours à des méthodes contraceptives de type magico-empirique (macération, potions) et ce serait d'ailleurs un impératif culturel relié à la pratique du vaudou qui expliquerait en partie l'aversion envers le stérilet et le préservatif (Adrien et Cayemittes, 1991 ; De Ronceray, 1979). L'héritage socioculturel a induit une approche plutôt mystique et magique tant de la santé que de la sexualité. Les pratiques contraceptives et la sexualité seraient donc l'objet de tabous en Haïti (Alcindor et al., 1983).

Bien que le préservatif soit largement connu, il resterait peu utilisé. Plusieurs facteurs expliqueraient cette résistance. Ainsi, son utilisation serait d'emblée associée aux relations extraconjugales ou à un manque de confiance entre les partenaires. Une femme possédant un préservatif serait facilement perçue comme une prostituée. Il serait aussi généralement mieux accepté que l'homme décide de son utilisation lors de la relation sexuelle (Adrien et al., 1991).

De plus, le préservatif posséderait la réputation de nuire à la satisfaction sexuelle. Une autre connotation négative qui lui est associée serait en partie issue d'une croyance voulant que le lubrifiant puisse entraîner des problèmes de santé. La population haïtienne aurait tendance à considérer qu'un vagin doit être sec et la lubrification serait signe de maladie. Enfin, la tendance à résister à l'utilisation du préservatif pourrait en partie découler de la répulsion à introduire des objets étrangers dans le vagin. Sur le plan des pratiques contraceptives, les femmes haïtiennes présenteraient des attitudes contradictoires. Bien que le contrôle de la fécondité leur paraît souhaitable, elles auraient tendance à refuser les méthodes proposées par leur médecin ou à ne pas se soumettre à la discipline requise (Alcindor et al., 1983). À Haïti, près de trois femmes sur quatre n'utiliseraient pas de méthodes contraceptives, mais celles-ci seraient plus fréquentes au Québec où la pilule serait privilégiée au détriment du retrait, tandis que le stérilet et la ligature auraient pris plus d'importance (Alcindor et al., 1983).

Ces transformations n'indiqueraient pas nécessairement que les femmes soient informées plus adéquatement des avantages des méthodes contraceptives, mais ceci pourrait être l'indice du maintien d'attitudes de type magique, le taux d'abandon étant important. Les femmes recoureraient davantage aux anovulants suite à une recommandation médicale que par choix personnel. Les facteurs d'acculturation à la société québécoise qui interviennent dans les changements des rôles sociosexuels (Maticka-Tyndale et Lévy, 1992) expliqueraient en partie l'augmentation du pourcentage de femmes qui ont eu recours à un avortement comparativement à celui d'Haïti (Alcindor et al., 1983).

Ces configurations s'éloignent de celles des femmes québécoises de souche dont les scénarios sexuels et contraceptifs se sont modernisés de façon profonde depuis la Révolution tranquille (Gemme, 1989 ; Lévy et Dupras, 1989). Parmi les facteurs contribuant à cette évolution sociale, nous retrouvons le mouvement féministe, l'accessibilité plus grande aux méthodes contraceptives et aux sources d'information sur la sexualité, les percées technologiques réorganisant les tâches des hommes et des femmes au travail et le remplacement d'une morale ascétique par une morale de gratification personnelle (Lévy et Sansfaçon, 1993).

Le bouleversement des valeurs religieuses traditionnelles (virginité prémaritale, sexualité maritale axée sur la reproduction, condamnation de la sexualité prémaritale ou extramaritale, de la contraception et de l'homosexualité) a donné lieu à une plus grande permissivité sexuelle. L'extramaritalité ne serait plus aussi mal jugée, bien qu'elle demeure désapprouvée surtout lorsqu'elle survient dans un contexte non amoureux. L'homosexualité susciterait encore des attitudes négatives en étant perçue comme opposée à la morale. À ce sujet, les femmes seraient plus permissives que les hommes. La sexualité prémaritale serait plus tolérée surtout dans un contexte amoureux et s'accompagnerait d'une plus grande acceptation des contraceptifs. Le contexte amoureux semble être un prérequis également important dans l'expression des activités sexuelles davantage génitalisées.

L'étude de Samson (1987) sur les valeurs sexuelles en milieu montréalais souligne que l'aspect égalitaire entre les individus semble souhaitable et que l'intégration des dimensions affectives (amour, tendresse) devraient prévaloir sur une sexualité de type performante.

En ce qui a trait à la contraception, une étude réalisée en 1984 (Lapierre-Adamcyk et al., 1986) auprès d'un échantillon représentatif de Québécoises âgées de 20 à 29 ans a démontré que les méthodes contraceptives étaient grandement connues et utilisées. La pilule et le préservatif sont les plus fréquemment utilisés alors que les autres méthodes (le retrait, les méthodes naturelles, l'abstinence, la douche vaginale et le stérilet) le sont moins.

L'utilisation de la contraception serait influencée positivement par différents facteurs comme l'acception de la sexualité, l'affirmation de soi, l'encouragement des personnes significatives (parents, amis, partenaires sexuels) ainsi que la croyance en l'accessibilité de la contraception. Les changements d'attitudes au Québec auraient eu pour effet de promouvoir des activités sexuelles débutant à un âge plus précoce mais aussi des comportements contraceptifs plus efficaces. Cette meilleure congruence entre les attitudes sexuelles et les comportements contraceptifs pourrait expliquer en partie le taux de grossesses adolescentes moins élevé au Québec par rapport à l'ensemble de l'Amérique du Nord (Gemme, 1989). L'étude québécoise de Maticka-Tyndale et Lévy (1992) portant sur la sexualité, la contraception et le sida auprès d'une population de cégépiens a mis en relief certaines différences ethnoculturelles. Selon les résultats, la population haïtienne utiliserait moins de moyens de contraception comme le préservatif et les anovulants et ceci, moins régulièrement que les Canadiens français. Ces derniers démontreraient une permissivité sexuelle plus élevée se traduisant par une activité coïtale plus grande et plus variée que chez les autres groupes ethnoculturels de l'étude. Cependant, le début de la vie coïtale s'effectue autour de 15-16 ans pour les deux sexes et les deux groupes ethnoculturels.

On peut donc, à partir de ces études, postuler qu'il existe des différences significatives entre les femmes de ces deux groupes ethnoculturels quant aux attitudes et aux scénarios sexuels et contraceptifs, aux caractéristiques de la relation interpersonnelle et de la perception de l'avortement. C'est ce que cette étude exploratoire tentera de vérifier afin d'aider à spécifier des pistes d'intervention psychosociale péri-avortement et sexologique mieux adaptées à la réalité des femmes d'origine haïtienne.

 

MÉTHODOLOGIE

Les sujets

Pour cette étude ont été retenues les clientes qui ont accepté de répondre au questionnaire (seules ou avec une aide) sur une base volontaire suite à une consultation pré ou post-avortement correspondant à leurs besoins et selon le protocole en vigueur au CLSC Rivière-des-Prairies. Les clientes devaient être âgées de 14 ans ou plus et enceintes au moment de la recherche. La grossesse avait été prouvée par un test et était survenue dans le cadre d'une relation de couple prolongée. Le nombre de semaines de grossesse était inférieur à 12 semaines et les motifs de consultation se rattachaient directement au processus d'interruption volontaire de grossesse.

L'échantillon se composait de 41 femmes, soit 20 femmes (48,8 %) d'origine haïtienne et 21 femmes (51,2 %) d'origine québécoise. Elles étaient âgées de 14 à 44 ans, avec une moyenne de 22,5 ans qui ne variait pas pour chaque groupe ethnoculturel. La majorité des sujets travaillaient, mais ce pourcentage était plus faible parmi les Haïtiennes (55 % contre 76 % des Québécoises). Le niveau de scolarité était de 11 ans pour les deux groupes et les revenus étaient inférieurs à 15 000 $ pour la très grande majorité des sujets (en moyenne 78 %). La majorité des sujets des deux groupes étaient célibataires (en moyenne 75 %) tout comme leurs partenaires. La majorité des femmes (70,5 % en moyenne) ne cohabitaient pas avec leur partenaire. La durée moyenne du lien amoureux était de 3 ans et 2 mois pour les femmes haïtiennes et de 2 ans pour les femmes québécoises, et dans la grande majorité, elles avaient maintenu un lien avec leur partenaire (100 % des Haïtiennes et 85 % des Québécoises). Sur le plan de l'histoire gestationnelle, la moitié des Haïtiennes et 42,8 % des Québécoises n'avaient jamais vécu de grossesse antérieurement ; 63,3 % des sujets n'avaient pas d'enfant et la très grande majorité (92,5 %) n'avaient jamais eu de fausses-couches, alors que 55 % des Haïtiennes et 61,9 % des Québécoises n'avaient jamais eu d'avortement par le passé. À part l'emploi, on ne constate pas de différences entre les deux groupes.

Le questionnaire

C'est à l'aide d'un questionnaire à remplir et d'entrevues semi-structurées pré et/ou post-avortement que nous avons effectué cette étude. L'instrument utilisé a été élaboré à partir du questionnaire de l'étude montréalaise de Berger et al. (1984) pour la fiche signalétique, l'histoire gestationnelle, l'histoire contraceptive, la relation avec le partenaire et le contexte de l'avortement. Nous avons aussi ajouté des questions sur la religion, la religiosité et la pratique religieuse. Le DSFI (Derogatis Sexual Functioning Inventory), destiné à évaluer le profil psychologique des dysfonctions sexuelles (Derogatis, 1980), a été utilisé pour l'histoire sexuelle, les comportements sexuels, le degré de satisfaction sexuelle et les attitudes sexuelles. Nous avons utilisé les sous-tests pertinents à notre étude dans leur version française (Derogatis, 1982) en y ajoutant une question sur la satisfaction de la relation interpersonnelle.

Les entrevues ont fourni des informations qualitatives et contextuelles non couvertes par le questionnaire ou complémentaires à celui-ci quant à la relation de couple, la sexualité, la contraception et la perception de l'avortement. L'anonymat et la confidentialité ont été respectés en utilisant une numérotation des questionnaires différente des numéros des dossiers du CLSC. Par la suite, les données recueillies ont été traitées statistiquement avec le logiciel Stat-view.

 

RÉSULTATS

Concernant l'identité ethnique, toutes les femmes d'origine haïtienne ont signifié leur appartenance à ce groupe ethnoculturel, nonobstant leur lieu de naissance.

Sur le plan religieux, les Haïtiennes appartiennent à des religions plus diversifiées (catholicisme : 65 %, protestantisme : 20 %, adventisme : 5 %, anglicanisme : 5 %, aucune religion : 5 %) alors que les Québécoises sont toutes catholiques. Les Haïtiennes ont aussi en moyenne une plus grande ferveur religieuse (M = 2,2) comparativement aux Québécoises qui s'estiment peu religieuses (M = 2,81 ; t = 2,208, dl= 39, p = 0,0332). La pratique religieuse des Haïtiennes est également plus assidue et elles assistent plus souvent aux services religieux (M = 2,8) que les Québécoises (M = 3,9 ;t = -3,831, dl= 39, p = 0,0005).

Attitudes sexuelles

Le score total à l'échelle d'attitudes sexuelles révèle que les Haïtiennes sont significativement plus conservatrices (M = 10,8) que les Québécoises (M = 19,2 ;t = -2,078, dl= 37, p = 0,0447). Lorsque l'on compare les réponses à chacun des énoncés, on constate qu'elles entretiennent des attitudes plus défavorables envers la masturbation (M = 0,211) que les Québécoises (M = 1,25 ; t = -2,078, dl= 37, p = 0,0025). Elles sont aussi plus homophobes (M = 0,158) que leurs autres consoeurs(M = 1,25 ; t = 3,116, dl= 37, p = 0,0035) et plus opposées à l'égalitarisme en ce qui concerne les rôles sexuels de séduction (M = 0,368) que les Québécoises (M = 1,28 ; t = -2,463, dl= 37, p = 0,0185).

Activités sexuelles

L'âge du premier intérêt envers la sexualité et celui des premières activités coïtales sont équivalentes pour les deux groupes, bien qu'elles soient plus précoces d'un an pour les Québécoises qui commencent leur vie sexuelle autour de 16 ans.

La fréquence des activités sexuelles est semblable pour les deux groupes. Les relations coïtales ont lieu autour d'une fois par semaine, alors que les autres comportements (embrasser et caresser leur partenaire) se produisent deux à trois fois par semaine. On ne constate presque pas de différences quant aux niveaux de satisfaction sexuelle selon les différentes dimensions considérées. Ainsi, 84,5 % des répondantes se disent satisfaites de leur partenaire, 80 % de la fréquence des relations sexuelles, 74,8 % des préliminaires et 72,5 % de la variété des activités sexuelles, tandis que 72,2 % affirment expérimenter un orgasme satisfaisant. Les femmes haïtiennes ont aussi un niveau de satisfaction sexuelle et relationnelle équivalent à celui des femmes québécoises. Par contre, les activités auto-érotiques (M = 1,1) sont moins élevées chez les Haïtiennes que chez les Québécoises (M = 1,9 ; t = 2,502, dl= 39, p = 0,0167).

Scénarios contraceptifs

Les scénarios des deux groupes montrent des différences en ce qui a trait au type de contraceptifs utilisés dans le passé. Un peu moins d'Haïtiennes (80 %) que de Québécoises (95 %) ont utilisé des contraceptifs et l'usage des anovulants se révèle aussi moins répandu parmi les premières (60 %) comparativement aux Québécoises (95,2 %; c2 = 7,424, dl= 1, p = 0,0064). Aucune autre différence significative n'apparaît en regard des autres types de contraception qui sont par ordre décroissant : le préservatif, l'Ogino-Knauss, le retrait, les spermicides et le stérilet. Selon les données obtenues lors des entrevues semi-structurées, les raisons de l'abandon des méthodes contraceptives les plus efficaces (pilule et stérilet) sont principalement reliées aux effets secondaires et à l'irrégularité dans l'usage de la pilule.

Un troisième motif est lié à leur rejet à la suite d'une évaluation médicale, ce qui est moins fréquent chez les Haïtiennes (10 %) que chez les Québécoises (47 %). Les motifs relationnels (séparation) sont choisis par 23 % des Québécoises alors qu'aucune Haïtienne n'en fait mention.

On constate également des différences dans l'usage des contraceptifs dans le mois de la conception, mais non pas dans le type de méthodes. Ainsi, la moitié des femmes haïtiennes n'ont pas utilisé de contraception à cette période comparativement à 14,3 % des Québécoises (c2 = 6,034, dl= 1, p = 0,014).

Le pourcentage de femmes utilisatrices d'une méthode au moment présumé de la conception est aussi plus faible chez les premières (35 %) alors qu'il s'élève à 52,3 % parmi les Québécoises, mais la distribution des méthodes s'avère semblable. Des failles sont aussi perceptibles dans l'assiduité du comportement contraceptif lorsque l'on compare l'utilisation dans le mois précédent la conception et au moment de la conception. Ainsi, les Haïtiennes ont une baisse d'utilisation de 15 % (mois : 50 %, au moment de la conception : 35 %) alors que les Québécoises ont une baisse d'utilisation de 33 % (mois : 85,7 %, moment : 52,4 %). Toutes les femmes qui utilisent des méthodes peu efficaces (Ogino-Knauss, retrait) y ont recours de façon aléatoire selon les connaissances approximatives qu'elles en ont, évaluant leur niveau d'efficacité à un niveau plus élevé que ce n'est le cas réellement.

Les raisons de la non-utilisation au moment de la conception présentent également quelques différences. Ainsi, elles sont prioritairement reliées à un sentiment de fausse sécurité à l'égard de la prise de risque contraceptive (69,2 % des Haïtiennes comparativement à 40 % des Québécoises ; c2 = 3,186, dl= 1, p = 0,0743). Les femmes se sentaient en sécurité, ne pensaient pas devenir enceintes ou désiraient initialement une grossesse. Parmi les Haïtiennes, 30,7 % soulignent des craintes à l'égard des effets secondaires des anovulants alors que ce motif est absent chez les Québécoises. Les motifs sociaux ou religieux sont aussi plus importants : 23 % des Haïtiennes craignent que leurs parents découvrent qu'elles utilisent des contraceptifs ou s'abstiennent de les utiliser pour des raisons religieuses alors qu'aucune Québécoise n'en fait mention. Les aspects contraignants de la méthode contraceptive présente moins d'écarts (38,4 % des Haïtiennes contre 30 % des Québécoises). Les raisons relationnelles (occurrence d'une relation sexuelle non planifiée, partenaire responsable de la non-utilisation des préservatifs, par exemple) sont semblables et rejoignent 15,3 % des Haïtiennes et 20 % des Québécoises. L'abandon des anovulants sur recommandation médicale suite à des problèmes de santé est rapporté par 15,3 % des Haïtiennes et 10 % des Québécoises.

En termes de prospective, presque toutes les femmes prévoient utiliser une méthode efficace dans l'avenir avec un retour massif aux anovulants.

Scénarios liés à l'avortement

Les femmes des deux groupes perçoivent majoritairement (60,5 % en moyenne) de façon positive leur décision d'avorter et la très grande majorité (85 %) d'entre elles ont avisé leur partenaire de leur intention. On ne constate pas de différences dans la prise de décision tant de façon personnelle (en moyenne 48,5 %) qu'en accord avec leur partenaire (44 % en moyenne). Seulement autour de 5 % des femmes en ont discuté avec d'autres personnes. L'opposition envers l'avortement est cependant plus marquée chez les partenaires des Haïtiennes (M = 3,4) comparativement aux partenaires des Québécoises (M = 4,3 ; t = -2,271, dl= 39, p = 0,0287).

Les raisons multiples qui motivent leur décision sont similaires. Pour la grande majorité (en moyenne 68 %), elles portent sur le projet personnel de vie reproductive : refus d'une grossesse à ce moment de leur vie, nombre d'enfants jugé suffisant, âge trop précoce ou trop avancé. Les raisons d'ordre social sont également similaires (en moyenne 58,5 %). Elles concernent les répercussions négatives qu'une grossesse aurait sur le plan de carrière ou les projets d'étude, les relations parentales ou amicales, ainsi que les conséquences financières et les problèmes de déménagement. Les motifs relationnels constituent un troisième groupe de raisons pour 40 % des Haïtiennes et 61 % des Québécoises (c2 = 1,967, dl= 1, p = 0,1607), certaines ne sont pas mariées ou ne veulent pas éduquer un enfant seules, ou encore se trouvent confrontées à des partenaires qui ne veulent pas d'enfant à ce stade de la relation. Les motifs médicaux (santé physique ou mentale) sont avancés en dernier lieu par 21,5 % des répondantes. L'insatisfaction relationnelle constitue une exception significative : 28,5 % des Québécoises l'invoquent alors qu'aucune Haïtienne ne l'a choisi comme motif, bien que certaines disent éprouver des problèmes relationnels (c2 = 4,02, dl= 1, p = 0,045).

 

DISCUSSION

Cette étude exploratoire aide à dégager certaines divergences quant aux scénarios sexuels, contraceptifs et abortifs entre deux groupes de femmes d'origine haïtienne et québécoise en instance d'avortement. Comme le suggéraient les études réalisées sur les Haïtiens, la ferveur et la pratique religieuses sont plus marquées parmi les Haïtiennes comparativement aux Québécoises, ce qui pourrait expliquer la présence d'attitudes sexuelles moins permissives dans l'ensemble, mais aussi par rapport aux comportements qui entrent en contradiction avec les valeurs dominantes religieuses comme la masturbation, l'homosexualité et les rôles sexuels liés à la séduction. Cette dernière divergence semble indiquer le maintien d'un double standard sexuel qui refléterait le maintien d'une conception plus traditionnelle des rapports de sexe.

Si pour l'ensemble des dimensions des scénarios sexuels, on ne constate presque pas de différences entre les deux groupes ethnoculturels, il faut noter cependant le niveau plus bas des conduites sexuelles auto-érotiques chez les Haïtiennes, ce qui est congruent avec la prégnance des modèles religieux. Le processus de modernisation qu'a connu le monde québécois avec l'abandon des référents religieux (Lévy et Sansfaçon, 1993) ne serait donc pas encore très avancé dans le groupe haïtien chez qui la religion occuperait une fonction sociale importante dans le modelage des conduites sexuelles, ce qui se répercute aussi sur le plan contraceptif.

 

Nos résultats confirment à cet égard une plus faible acceptation des méthodes contraceptives chez les Haïtiennes. Cette situation pourrait être due au maintien d'éléments de type magico-religieux dans le champ de la santé et de la sexualité. La valorisation de la fertilité, l'absence d'une information contraceptive (risque de grossesse en l'absence de méthode, taux d'efficacité) pourraient également intervenir dans l'usage plus limité des contraceptifs chez les femmes haïtiennes (Alcindor et al., 1983).

En particulier, la faible popularité des anovulants s'expliquerait par une crainte plus marquée des effets secondaires sur la santé et, notamment, sur la fertilité. Cette non-utilisation pourrait refléter les contradictions entre la fécondité comme élément de l'identité féminine et le désir de planifier les naissances. Les méconnaissances relatives à la physiologie de la reproduction ainsi que la prévalence de grossesses en l'absence de contraception entraînent une prise de risque répétée dans un faux sentiment de sécurité. Le statut plus inégalitaire entre les hommes et les femmes d'origine haïtienne amplifierait les tensions et compliquerait toute tentative de négocier l'usage de contraceptifs. Les femmes haïtiennes seraient ainsi davantage à risque de grossesses non planifiées que les femmes québécoises. Ces dernières cependant ont des pratiques contraceptives plutôt instables, car elles tentent de concilier une sexualité spontanée tout en évitant les désavantages d'une contraception régulière.

Le préservatif conserve une connotation négative en regard de la satisfaction sexuelle, d'où le recours à d'autres formes de méthodes. La négociation de l'utilisation du préservatif semble également ardue pour les deux groupes ethnoculturels. La similarité dans la séquence des contraceptifs utilisés dans le mois de la conception pour les deux groupes ethnoculturels (préservatif, Ogino-Knauss, retrait, spermicide et stérilet) s'éloignent des écrits d'Adrien et Cayemittes (1991), et de De Ronceray (1979). Il se pourrait que les campagnes québécoises de sensibilisation à l'utilisation du préservatif dans la prévention du sida conjuguées au pourcentage d'efficacité contraceptive aient contribué à rehausser l'image du préservatif pour les deux groupes ethnoculturels. Le jeune âge des sujets (22 ans en moyenne) serait-il un facteur d'acculturation contraceptif accéléré pour les participantes haïtiennes ?

L'impopularité des spermicides et du stérilet correspondrait à une réticence à introduire des corps étrangers dans le vagin et l'utérus pour les deux groupes ethnoculturels. Il importe de considérer que pour le stérilet, le jeune âge des sujets et le fait qu'elles soient nullipares ne correspond pas au profil médical des candidates idéales pour cette méthode contraceptive. Il se peut que leur médecin leur ait déconseillé d'y recourir ou n'ait jamais suggéré cette possibilité, d'où le petit nombre de sujets qui aient utilisé cette méthode.

Le retour massif aux anovulants que les femmes anticipent indique que celles-ci veulent être protégées plus efficacement des grossesses non planifiées dans l'avenir et que l'avortement n'est pas perçu comme une méthode contraceptive valable.

Les femmes des deux groupes ethnoculturels vivraient un sentiment similaire d'isolement dans la décision de recourir à l'avortement dont les répercussions émotives seraient analogues. À cet égard, toutes les femmes nécessitent un support émotif empreint d'empathie dans une atmosphère non culpabilisante. La dynamique relationnelle semble vécue différemment. Alors que les femmes québécoises se réfèrent à leur insatisfaction relationnelle pour motiver leur décision, les femmes haïtiennes n'y font pas allusion, bien que certaines éprouvent des difficultés sur ce plan. Il se pourrait que les femmes des deux groupes ethnoculturels procèdent selon des référents subjectifs différents pour évaluer la qualité et la stabilité de leur relation amoureuse, et qu'elles y accordent une importance différente comme facteur motivant le recours à l'avortement.

Les Québécoises s'appuieraient sur le référent de la famille nucléaire où le support du conjoint s'avère important, alors que les Haïtiennes se baseraient davantage sur la qualité du support et sur la disponibilité du réseau familial féminin. L'immigration qui a provoqué l'affaiblissement du support familial ne serait pas étranger au recours plus grand à l'avortement à Montréal qu'en Haïti (Alcindor et al., 1983). Cet isolement aurait pu accélérer, pour les sujets de cette étude, l'adhésion aux valeurs nord-américaines en regard de la maternité et du nombre d'enfant jugé idéal. De plus, la prise de conscience de valeurs sociales québécoises tendant à favoriser l'égalitarisme des sexes stimulerait les femmes à tenter de hausser leur statut social ainsi que leurs conditions de vie tant économiques que psychologiques (Adrien et al., 1991). Cela expliquerait en partie que les motifs qui ont mené à ce choix sont similaires pour les deux groupes. Ceci amènerait les femmes à vouloir contrôler leur fécondité par le recours à l'avortement.

Les femmes haïtiennes de notre étude semblent se démarquer des modèles traditionnels par les conduites d'autodétermination dont elles font preuve dans leur processus de décision, d'autant plus que le partenaire est perçu comme réagissant plus négativement devant l'avortement que dans le groupe québécois. Cette réaction peut être liée à l'aspect valorisant de la fécondité féminine sur l'identité sociale et sexuelle masculine. Le processus d'interruption volontaire de la grossesse pourrait à cet égard amplifier la déstabilisation du couple à la suite de cette décision. D'ailleurs, Alcindor et al. (1983) ont qualifié l'attitude masculine "d'incompréhension" à l'égard de l'avortement.

Ces configurations spécifiques selon le groupe nous aident à élaborer des pistes d'intervention éducative et thérapeutique davantage adaptées au profil de la clientèle d'origine haïtienne. La ferveur religieuse, les attitudes sexuelles plus conservatrices et la connotation négative des comportements auto-érotiques appellent à la prudence dans l'élaboration du plan thérapeutique lors de counseling sexologique. Aussi, il conviendra d'en tenir compte par l'adaptation des exercices sexuels d'auto-exploration habituellement recommandés comme préalable aux exercices de sensibilisation corporelle de couple. Nous recommandons de centrer davantage l'approche sur l'aspect dyadique, quitte à les nuancer.

Toute intervention thérapeutique se basant sur l'approche systémique devra tenir compte du double standard régissant les relations hommes/femmes. Il se peut que les couples haïtiens présentent une dynamique relationnelle où il existe plus d'inégalités perceptibles dans les tâches domestiques, les soins aux enfants, etc. Dans ce contexte, le recadrage du problème dans une perspective de responsabilité conjointe pourrait rendre le consensus plus difficile à atteindre. Ceci allongerait possiblement le temps de consultation et pourrait miner la motivation du couple. Cependant, il s'avère essentiel d'établir des bases relationnelles plus satisfaisantes avant de développer l'aspect plus génitalisé de la sexualité. À cette étape, il se peut également que l'équilibre entre les pôles d'activité et de passivité dans la séduction et l'initiative sexuelle nécessite un travail thérapeutique plus profond.

Tout en tenant compte de la définition culturelle des rôles sexuels, il apparaît opportun de promouvoir l'égalité dans les rapports amoureux et sexuels. À cet égard, il est souhaitable de favoriser une réflexion sur les interdits liés au corps, les pulsions et la satisfaction sexuelle ainsi que sur la soumission féminine. Il serait intéressant sous ce rapport de promouvoir le respect de la femme et de son corps, comme le suggèrent Adrien et al. (1991). Alcindor et al. (1983) ont souligné l'importance pour les intervenants de favoriser la prise en charge personnelle dans le domaine de la sexualité et une plus grande responsabilisation contraceptive.

Ainsi, sur le plan contraceptif, il convient de développer des interventions bien ciblées sur cette population quant aux avantages et désavantages des différentes méthodes et leur efficacité réelle. Une attention spéciale demande à être portée sur les fausses informations et les croyances populaires relatives aux effets secondaires des anovulants sur la santé. Cette éducation se baserait sur une meilleure connaissance du cycle menstruel, de la glaire cervicale (considérée par plusieurs comme anormale), de la prévalence des risques de grossesse en l'absence de contraception et de la physiologie de la reproduction. Puisque les deux groupes ethnoculturels présentent des failles dans le recours aux contraceptifs, il importe de promouvoir tant l'utilisation que l'assiduité contraceptive. Plus d'information demande à être diffusée concernant le rôle palliatif de la pilule du lendemain en l'absence de contraception.

La dissension que soulève la décision de l'avortement dans le groupe haïtien nous amène à considérer que le counseling de couple pourrait être souhaitable (si la cliente le juge à propos) afin de surseoir aux affects conflictuels, de favoriser l'implication du partenaire, une meilleure compréhension du vécu de la femme et une plus grande responsabilisation tant contraceptive que sexuelle. Il serait possible de créer une ouverture et une réflexion sur les intentions reliées au projet de maternité/paternité par la confrontation des traditions culturelles et des besoins personnels. La rencontre permettrait l'élaboration de stratégies relationnelles et contraceptives afin de mener à bien le projet de fertilité ainsi que l'élaboration de stratégies de négociations et d'affirmation en regard des pressions interpersonnelles et sexuelles.

L'accompagnement des jeunes mériterait d'être orienté vers la prise en charge de leur vie sexuelle en offrant des alternatives plus réalistes que l'abstinence. Il serait adéquat d'offrir un support spécifique aux parents concernés (selon les désirs de la cliente) au moyen d'une rencontre individuelle afin de les rassurer quant à l'avortement, les supporter émotivement et les aider à inventorier des façons réalistes de composer avec la vie sexuelle adolescente en période post-avortement.

L'éducation à la sexualité en milieu scolaire pourrait avantageusement viser la responsabilisation masculine à l'égard de la sexualité, de la fertilité et de la contraception, et être secondée par l'implication des ressources communautaires du groupe ethnoculturel.

En conclusion, il apparaît que le counseling pré-avortement pourrait bénéficier d'une intégration plus poussée des dimensions sexuelles, contraceptives et relationnelles afin d'offrir un support optimal qui favorise la congruence des comportements qui s'y rattachent et qui tienne compte de spécificités ethnoculturelles qui sont de plus en plus prévalentes au Québec. Mais plus que tout, l'intervention péri-avortement demande à être adaptée aux caractéristiques et besoins de chaque femme qui vit ce processus d'une façon très personnelle.

 

RÉFÉRENCES

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SEXUALITY, CONTRACEPTION AND ABORTION:

AN EXPLORATORY STUDY OF THE ETHNOCULTURAL VARIATIONS IN A CLINICAL POPULATION OF HAITIAN AND QUÉBÉCOIS ORIGIN

ABSTRACT

This exploratory study based on both quantitative and qualitative methods compares sexual scenarios, contraception and abortion in 41 women of Haitian and Québécois origin waiting to have an abortion. The Haitians revealed more religious practices and more conservative sexual attitudes and behaviours (masturbation, seduction and homosexuality) than their Québécois counterparts. The Haitian subjects used fewer oral contraceptives and fewer contraceptives in general. The sexual partners of Haitian women seemed more opposed to abortion than the partners of French-Canadian women. Dissatisfaction in a relationship was given more often as a motive for seeking an abortion by Québécois women than Haitian women. The results suggest the importance of developing sexological and peri-abortion counselling with the client's ethnocultural background in mind.

Key Words

Abortion ; Ethnocultural Groups ; Contraception ; Sexuality.

 

1. J'aimerais exprimer ma gratitude à M. Joseph Josy Levy, professeur au Département de sexologie de l'UQAM, pour ses conseils, aux instances du CLSC Rivière-des-Prairies qui ont autorisé le projet ainsi qu'aux clientes qui ont pris le temps de participer à cette étude. Je remercie aussi M. Louis-Robert Frigault pour son aide dans le traitement statistique des données.

* Agente de relations humaines-sexologue au CLSC Rivière-des-Prairies, 8655, boul. Perras, Montréal (Québec) H1E 4M7.

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Articles originaux sur http://www.unites.uqam.ca/~dsexo/elysa.htm
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