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PORTRAIT D'UN GROUPE DE FEMMES UTILISANT UNE MÉTHODE
CONTRACEPTIVE APRÈS UNE INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE
Édith Guilbert*, Richard Bradet** et Gaston Godin**
RÉSUMÉ
Cette étude exploratoire vise à
décrire les caractéristiques des femmes utilisant des méthodes contraceptives (les
contraceptifs oraux ou les préservatifs) trois semaines après une IVG. Elle montre que
ces femmes jeunes, sans enfant pour la plupart, ont des attitudes et des comportements
sexuels similaires aux jeunes de leur âge. Leurs aspirations reproductives correspondent
également à celles rapportées chez les Canadiens et Canadiennes, en général. Quoique
se disant soulagées et libérées par leur décision d'avorter, plus de 20% des
participantes expriment des émotions de culpabilité et de tristesse. Corroborant ainsi
la notion que l'IVG est utilisée pour retarder la maternité, cette étude met aussi en
relief la réaction de deuil générée par l'IVG et l'importance d'un support
psychosocial.
Mots clés
Interruption volontaire de
grossesse; avortement; désir d'enfant; contraception; réaction de deuil.

Alors que les taux d'interruption volontaire de grossesse (IVG) sont
stables, depuis 15 ans, dans l'ensemble du Canada (1976: 10,3/1000 femmes âgées de 15 à
44 ans; 1985: 10,2/1000; 1991: 10,9/
1000), ces taux ne cessent de s'accroître, au Québec (1976: 4,8/1000; 1985: 9,7/1000;
1990: 13,4/1000) (Statistique Canada, 1991b; Bureau de la statistique du Québec, 1991).
Cette augmentation s'est produite dans tous les groupes d'âge de femmes de 15 à 35 ans,
si bien qu'en 1992, près d'une Québécoise sur deux était susceptible de subir une IVG
durant sa vie reproductive. Le pourcentage de récidives d'IVG s'est également accru et
représente maintenant le quart des IVG pratiquées au Canada ainsi que dans certaines
cliniques québécoises (Statistique Canada, 1991b; Guilbert, 1993). Mentionnons que ces
chiffres comportent un certain degré de sous-estimations car ils ne tiennent pas compte
des femmes qui se font avorter en dehors du système de santé canadien (aux États-Unis,
dans certaines cliniques privées).
La non-utilisation de contraception, comme facteur de risque principal
de la grossesse indésirée, a fait l'objet de nombreuses études dans la population
adolescente (Morrison, 1985) et adulte (Miller, 1986). Peu d'études, cependant, ont
analysé l'utilisation de la contraception post-IVG. On sait que la majorité des femmes
subissant cette intervention choisissent ultérieurement d'utiliser une méthode
contraceptive: les contraceptifs oraux dans 60% des cas et les préservatifs dans 25 % des
cas (Guilbert, 1993). Entre 70% et 90% de ces femmes maintiennent l'utilisation d'une
méthode contraceptive efficace, 6 à 18 mois après l'IVG (Abrams, 1985; Beard et al.,
1974; Berger, 1982; Evans et al., 1976; Margolis et al., 1974; Selstad et
al., 1975; Zabin et al., 1989). Toutefois, la plupart des études sur ce sujet
datent des années soixante-dix et rapportent des abandons au suivi de 10% à 70% (Abrams,
1985; Beard et al., 1974; Berger, 1982; Evans et al., 1976; Margolis et
al., 1974; Selstad et al., 1975).
Les principaux facteurs associés au maintien de l'utilisation d'une
méthode contraceptive efficace après l'avortement sont, chez les adolescentes (Evans et
al., 1976), avoir plus de 15 ans, de bons résultats scolaires, des opinions
libérales à l'égard de l'IVG et être en faveur des méthodes contraceptives efficaces.
Chez les adultes (Selstad et al., 1975), ces facteurs sont le fait que la femme et
son partenaire soient en accord avec les relations sexuelles prémaritales, le fait
d'être en désaccord avec ses parents sur ce sujet, le fait d'avoir des amies supportant
l'utilisation de la contraception et le fait d'avoir envisagé une IVG en cas de grossesse
indésirée. Parmi une clientèle anglophone, Berger (1982) a observé que l'utilisation
de contraceptifs oraux un an post-IVG était associée à un revenu familial plus élevé,
à une faible parité, au fait de vivre avec le partenaire de grossesse, à une attitude
positive à l'égard des contraceptifs oraux, à une réaction négative face à leur IVG,
et au fait de n'avoir vécu qu'une seule IVG. Quant aux francophones utilisant des
contraceptifs oraux un an post-IVG, elles étaient plus jeunes, vivaient avec leur
partenaire, possédaient une faible connaissance des types de méthodes contraceptives
disponibles et de leur mode d'action, adoptaient une attitude favorable à l'égard des
contraceptifs oraux et de la ligature tubaire, une attitude négative à l'égard des
méthodes rythmiques, et n'avaient eu qu'une seule IVG. Il s'avère donc que le maintien
d'un comportement contraceptif efficace chez les femmes ayant subi une IVG est lié à
plusieurs caractéristiques, parmi lesquelles l'attitude à l'égard de la contraception
constitue un élément déterminant.
L'étude spécifique des facteurs associés au maintien de
l'utilisation de contraception post-IVG, nécessaire au développement d'interventions de
prévention des grossesses indésirées répétées, doit reposer sur une connaissance
appropriée des caractéristiques des femmes ayant obtenu une IVG. L'étude exploratoire
présentée ici a pour but de décrire les facteurs sociodémographiques, reproductifs,
sexuels, les facteurs liés au désir d'enfant, au risque de grossesse et à l'IVG, d'un
groupe de femmes utilisant une méthode contraceptive trois semaines après une IVG. Cette
étude est préalable à une étude de cohorte de plus grande envergure, basée sur la
théorie sociale cognitive (Bandura, 1986) et sur la théorie du comportement planifié
(Ajzen et Madden, 1986), visant à déterminer les facteurs associés à l'adoption et au
maintien de l'utilisation des contraceptifs oraux et du préservatif durant l'année qui
suit l'IVG.
MÉTHODE
La population admissible à cette étude était constituée de femmes
de 15 ans ou plus, ayant obtenu une IVG à la clinique de planification des naissances du
Centre Hospitalier de l'Université Laval (CHUL) durant l'été 1993, et ayant choisi
d'utiliser les contraceptifs oraux ou les préservatifs, comme méthode contraceptive
après l'IVG. Le choix de ces deux méthodes contraceptives comme sujets d'étude est lié
au fait qu'elles soient les méthodes les plus souvent choisies par les femmes après
l'IVG. Utilisées telles que prescrites, ces méthodes sont associées à un niveau
d'efficacité de plus de 95%.
Lors de leur visite trois semaines post-IVG, les participantes à
l'étude étaient invitées à remplir un questionnaire visant à mesurer une série de
variables sociodémographiques, de variables sur les attitudes et les comportements face
à la sexualité, sur la reproduction, l'avortement et la contraception et certaines
autres variables telles que la consommation de cigarettes, d'alcool et de drogues.
Durant la période de l'étude, 56,8% des femmes ayant obtenu une IVG
au CHUL se sont présentées à la clinique trois semaines après l'IVG et 59,8% des
femmes admissibles ont accepté de participer à l'étude. Les participantes ont rempli un
questionnaire anonyme, d'une durée de trente minutes, seule dans un bureau de la
clinique, et ce, après avoir consenti à participer à la recherche et reçu les
consignes nécessaires de la part de l'assistante de recherche.
Les résultats de cette étude sont présentés sous forme de
fréquences simples ou de moyennes. Ils sont comparés à ceux de plus grandes enquêtes
dans le but non pas de valider les résultats, mais plutôt de mieux situer la population
étudiée. Cette recherche a été acceptée par le comité d'éthique du Centre
Hospitalier de l'Université Laval.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Caractéristiques sociodémographiques
La moyenne d'âge des 68 participantes à l'étude était de 26 ans et
la majorité d'entre elles étaient célibataires (79,4%). Le travail et les études
constituaient leur occupation principale dans des proportions respectives de 44,1% et
39,7%; 38,2% envisageaient de poursuivre leurs études et 50% désiraient continuer à
occuper le marché du travail. Elles résidaient presque toutes dans la région de Québec
(97,1%), étaient francophones (97,1%), catholiques (83,8%) et non pratiquantes (75,8%).
La plupart des participantes avaient complété une scolarité de niveau collégial ou
universitaire (70,6%) tandis que c'était le cas de 32,8% de leurs pères et de 28% de
leurs mères.
Tel que décrit dans la littérature sur les femmes ayant recours à
une IVG (Beard et al., 1974; Berger, 1982; Guilbert, 1993; Margolis et al.,
1974; Miller, 1986; Selstad et al., 1975), les participantes à cette étude sont
donc principalement jeunes, nullipares, célibataires, instruites, étudiantes ou
travailleuses.
Attitude et comportement sexuels
Sur le plan sexuel, l'âge moyen des participantes à leur première
relation sexuelle était de 16,8 ans. Les trois quarts d'entre elles (77,6%) avaient un
partenaire sexuel régulier et elles le fréquentaient depuis au moins 6 mois, dans 80,7%
des cas. Le nombre moyen de partenaires à vie des participantes était de 6,3 et 45,6%
d'entre elles avaient eu plus d'un partenaire dans l'année précédant l'IVG. La
majorité des participantes (84,9%) déclaraient avoir, en moyenne, au moins une relation
sexuelle par semaine. Leur attitude face à la sexualité, selon le questionnaire validé
traduit sur le "sexual self concept" (Winter, 1988), était plutôt
positive, puisqu'elles démontraient un score global d'attitude de 1,3 sur une échelle de
[-2; +2].
Le comportement sexuel des participantes ressemble beaucoup à celui
décrit dans les enquêtes canadiennes (Gallup Canada, 1988; King et al., 1989) ou
québécoises sur le sujet (Desjardins et al., 1986). L'âge moyen à la première
relation sexuelle chez les adolescentes de la Commission des Écoles catholiques de
Montréal (Desjardins et al., 1986), était de 16,5 ans. De plus, les résultats d'une
enquête effectuée en 1988 (Gallup Canada, 1988) montrait que 70% des Canadiens de 18-24
ans et 46% des 25-29 ans avaient eu leur première relation sexuelle avant l'âge de 18
ans. En ce qui concerne le nombre de partenaires sexuels, 82,3% des participantes à notre
étude avaient eu au moins trois partenaires sexuels à vie. L'Enquête sur les jeunes
Canadiens face au sida (King et al., 1989) note que 65% des garçons et 47% des
filles de niveau post-secondaire ayant eu des relations sexuelles avaient eu au moins
trois partenaires sexuels à vie. Quant à l'attitude des participantes à notre étude
face à la sexualité, elle est plutôt positive et semble correspondre à l'ouverture des
populations de jeunes Canadiens et Canadiennes à l'égard de la sexualité (King et
al., 1989).
Attitude et comportement reproductifs
Sur le plan reproductif, le nombre moyen de grossesses par femme chez
les participantes à notre étude était de 1,6; de plus, 79,4% d'entre elles étant
nullipares lors de l'IVG et 26,7% ayant déjà subi une IVG antérieurement. Les deux
tiers des participantes disaient désirer des enfants dans l'avenir et le nombre moyen
d'enfants désirés était de 2,6, identique avant et après l'IVG (Tableau 1). Parmi
celles qui désiraient des enfants, les deux tiers (63,7%) désiraient les avoir entre 1
et 6 ans après l'IVG, 9,1% dans l'année qui suivait l'IVG et 22,7% ne savaient pas
quand.
Tableau 1
Désir d'enfant pré et post-IVG des femmes ayant obtenu une IVG et
pratiquant une contraception efficace trois semaines post-IVG
Désir
d'enfant* |
Avant
l'IVG** |
Après
l'IVG |
| |
N |
% |
N |
% |
Désire un ou
des enfants dans l'avenir |
45 |
68,2 |
42 |
61,8 |
Ne désire pas
d'enfant |
17 |
25,7 |
16 |
23,5 |
Ne sait pas |
4 |
6,1 |
10 |
14,7 |
Total |
66 |
100,0 |
68 |
100,0 |

* Rapporté par la femme après l'IVG.
** 2 non-répondantes.


À l'instar des Canadiens et Canadiennes (Statistique Canada, 1991a),
la majorité des participantes à notre étude désiraient avoir des enfants. Statistique
Canada, dans l'enquête sur la famille réalisée en 1991 rapporte que 78% des personnes
âgées de 15 à 44 ans ont l'intention d'avoir des enfants ou les ont déjà eus. La
plupart d'entre elles veulent avoir plus d'un enfant; le plus souvent, elles en veulent
deux. Les femmes de moins de 25 ans sont plus susceptibles que les hommes du même âge de
vouloir plusieurs enfants; par contre, les femmes qui ont un niveau de scolarité plus
élevé et celles qui sont occupées (travail ou étude) prévoient généralement avoir
moins d'enfants que les femmes peu scolarisées ou qui ne travaillent pas à l'extérieur.
Dans notre étude, 68,2% des femmes désirent avoir des enfants dans l'avenir et 20,4% en
ont déjà un. Les participantes à notre étude ne semblent pas différentes des
Canadiens et Canadiennes, en général, quant à leur désir d'enfant et ces résultats
confirment le fait que l'avortement ne constitue pour elles qu'un moyen de retarder la
maternité (Tietze et Henshaw, 1986). D'ailleurs, les différences observées au tableau 1
concernant le désir d'avoir des enfants avant et après l'IVG ne sont pas significatives.
Tout en considérant les limites statistiques liées à notre faible échantillon de
participantes de même que l'intervalle restreint entre l'IVG et la visite de suivi, l'IVG
ne semble pas exercer une influence particulière sur le désir d'avoir des enfants
ultérieurement.
Attitude face à l'avortement
Les réponses des femmes concernant leurs réactions face à l'IVG
révélaient que 92,6% étaient soulagées et libérées de cette décision. Par contre,
elles se sentaient moyennement à fortement coupable ou triste, dans 22,7% et 22,2% des
cas, respectivement.
Selon la revue de Rogers (Rogers et Phifer, 1989), les études portant
sur le statut psychologique 2 à 6 semaines post-IVG montrent que le taux de maladies
psychiatriques ou de dépression et culpabilité post-IVG varie de 0 à 26%. L'incidence
d'hospitalisation pour raisons psychiatriques est, par ailleurs, rarissime (Rogers et
Phifer, 1989). La plupart des femmes se disent soulagées par l'avortement
(Romans-Clarkson, 1989). L'histoire de dépression ou de problème psychiatrique
antérieurs, l'adolescence, l'ambivalence dans la décision d'avorter, l'isolement social,
des valeurs morales en désaccord avec l'IVG, l'absence de support sont autant de facteurs
pouvant précipiter une psychopathologie post-IVG (Romans-Clarkson, 1989).
Le fait que près du quart des participantes ressentent tristesse et
culpabilité, trois semaines post-IVG, montre que l'IVG, quoique faisant suite à un
cheminement décisionnel "volontaire" et rationnel, est une expérience chargée
d'émotions, lesquelles peuvent persister plusieurs semaines après l'IVG. Non pas que
cette décision ne réponde pas à des besoins tangibles et avouables (inopportunité de
la venue d'un enfant, maturité insuffisante pour assurer la survie de l'enfant, refus de
la monoparentalité [Lacourse, 1993]), mais elle peut s'accompagner, à l'occasion, d'une
réaction de deuil.
La réaction de deuil ressentie par certaines femmes après l'IVG
correspond souvent à la perte d'un idéalà idéal de maternité, de famille, de relation
de couple (Panuthos et Romeo, 1984). Cette réaction est d'autant plus forte que l'objet
de perte, le ftus de huit à douze semaines pour la plupart, n'est pas visible aux
yeux de la femme et de son entourage (Woods et Esposito, 1987). L'absence, donc, d'un
être physique à regretter, la résistance sociale aux réactions de tristesse, le
silence qui entoure la problématique de l'avortement et souvent le manque de soutien du
partenaire font en sorte que la femme avortée porte seule le fardeau du deuil (Panuthos
et Romeo, 1984). Il n'y aura ni funérailles ni condoléances, peu de compassion et
souvent même condamnation. Comment pleurer un être que l'on a délibérément éliminé
de sa vie? La honte, la culpabilité, l'humiliation et l'auto-punition seront souvent les
résultantes de ces questions non résolues (Panuthos et Romeo, 1984; Woods et Esposito,
1987). L'absence de jugement et la reconnaissance d'un lien d'attachement au ftus
permettront à la femme d'amorcer un processus de deuil. Plusieurs rituels pourront être
encouragés et la femme sera invitée à ressentir ses émotions et à les partager avec
des personnes accueillantes. Un suivi psychothérapeutique sera parfois nécessaire, sous
forme individuelle ou de groupe de solidarité (Audet, 1989).
Attitude et comportement contraceptifs
Sur le plan contraceptif, 52,9% des femmes utilisaient les
contraceptifs oraux, 47,1% utilisaient les préservatifs. La majorité d'entre elles
avaient déjà utilisé ces méthodes dans le passé (Tableau 2). Un grand nombre des
participantes (95,6%) estimaient qu'elles seraient mécontentes de redevenir enceintes
dans les quatre prochains mois. Elles évaluaient d'ailleurs leur risque de grossesse
comme fort (85,2%), si elles n'utilisaient pas leur méthode contraceptive et comme faible
ou nul (94,0%) si au contraire, elles l'utilisaient.
Tableau 2
Pratique contraceptive antérieure des femmes ayant obtenu une IVG et
pratiquant une contraception efficace trois semaines post-IVG

Méthode
contraceptive antérieure* |
% |

Contraceptifs
oraux |
91,0 |
Préservatifs |
90,8 |
Calendrier et
autres méthodes naturelles |
42,6 |
Coït
interrompu |
36,2 |
Spermicides |
10,3 |
Stérilet |
6,7 |
Diaphragme ou
cape cervicale |
1,6 |
Stérilisation
masculine ou féminine |
0,0 |

* Les femmes pouvaient indiquer l'usage de plus d'une méthode
contraceptive.


Corroborant l'étude de Lacourse (1993) selon laquelle les femmes ayant
vécu une grossesse indésirée développent une attitude rationnelle à l'égard de la
contraception, les participantes à notre étude définissent bien le lien entre
l'utilisation efficace de leur méthode contraceptive et un faible risque de grossesse
indésirée. Par contre, un petit pourcentage de participantes n'est pas absolument
convaincu de cette logique, rappelant ainsi l'expérience de certaines femmes dont
l'attitude rationnelle n'a pu garantir la réussite de la contraception et qui ont vécu
une autre IVG (Lacourse, 1993).
Autres variables
La moitié des participantes étaient fumeuses; 64,7 % de celles-ci
consommaient un demi-paquet de cigarettes et plus par jour. Environ les trois quarts des
participantes (77,9 %) consommaient de l'alcool, mais en faible quantité pour la plupart.
Une proportion de 10,3 % faisaient usage de drogues et 30,9 % avaient déjà eu une
maladie sexuellement transmissible.
Selon l'Enquête Santé Québec de 1987, 62% des filles de 25 ans
avaient pris l'habitude de la cigarette (ministère de la Santé et des Services sociaux,
1992), tandis que 46% des utilisatrices d'anovulants étaient des fumeuses régulières
(ministère de la Santé et des Services sociaux, 1988). Le pourcentage de fumeuses
rapporté dans notre étude cadre avec les données québécoises, mais peut apparaître
surprenant lorsqu'on sait que le tabagisme est associé à un faible degré de
scolarisation (ministère de la Santé et des Services sociaux, 1992) et que les femmes de
notre étude sont plutôt hautement scolarisées.
CONCLUSION
Les participantes à cette étude, utilisatrices de contraception
après une IVG, sont des femmes jeunes, pour la plupart sans enfant, et ayant un
engagement et des ambitions scolaires ou professionnelles. Leur attitude et leur
comportement sexuels sont assez semblables à ceux des gens de leur âge, tandis que leurs
aspirations reproductives correspondent à celles des Canadiens et Canadiennes, en
général. L'IVG constitue pour ces femmes un moyen de résoudre une situation
inacceptable et leur permet ainsi de retarder la maternité. Quoique plutôt soulagées et
libérées par leur décision, plusieurs participantes expriment des émotions compatibles
avec une réaction de deuil, l'IVG étant, pour beaucoup d'entre elles, une expérience
significative. Sur le plan de la contraception, les participantes présentent une
expérience contraceptive assez développée et semblent très motivée à prévenir la
survenue d'une autre grossesse indésirée. Des recherches ultérieures, sur des
populations plus grandes, seraient nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux
connaître les caractéristiques des femmes utilisant une méthode contraceptive après
l'IVG. De plus, ces résultats nous rappellent que le soutien psychosocial aux femmes qui
choisissent l'IVG n'est pas à dédaigner puisqu'il peut les aider à apprivoiser leurs
réactions de deuil.
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PORTRAIT OF A GROUP OF WOMEN USING A CONTRACEPTIVE METHOD AFTER INDUCED
ABORTION
ABSTRACT
This exploratory study was designed to describe the characteristics of
women using a contraceptive method (oral contraceptives or condoms) three weeks after
induced abortion. It was shown that these young women, generally childless, exhibit
behaviors and attitudes toward sexuality and fecundity similar to other Canadian women.
Although these women felt relieved by their decision to abort, more than 20% of them
expressed emotions of sadness and guilt. Supporting the notion that women use induced
abortion as a mean of delaying motherhood, this study also underlines the importance of
mourning reactions after this procedure and the necessity for psychosocial support.
Key Words
Induced Abortion; Child Desire; Contraception; Mourning.
* Chef de service, Clinique de planification des naissances, Centre
hospitalier de l'Université Laval, 2705, boulevard Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 4G2.
** Professeur à l'École des sciences infirmières, Université Laval
(Québec).
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